Et maintenant, les menaces de mort

Réagissant à la publication d’une nouvelle vidéo, Rob Ford s’est excusé et a indiqué qu’au moment de l’enregistrement, il était « très, très intoxiqué ». Malgré son embarras visible, il n’a pas évoqué une possible démission.
Photo: La Presse canadienne (photo) Chris Young Réagissant à la publication d’une nouvelle vidéo, Rob Ford s’est excusé et a indiqué qu’au moment de l’enregistrement, il était « très, très intoxiqué ». Malgré son embarras visible, il n’a pas évoqué une possible démission.

Après le crack et l’alcool, les menaces de mort et les accès de colère. Une nouvelle vidéo mise en ligne jeudi par un quotidien torontois a terni encore davantage l’image du maire Rob Ford. Embarrassé, repentant, celui-ci n’envisage toujours pas de quitter son poste.

 

La vidéo publiée par le Toronto Star montre un Rob Ford très agité, visiblement dans un état second. Pendant l’enregistrement d’environ 90 secondes, il profère des menaces de mort à un individu non identifié. « Je vais tuer ce connard [fucking guy]. Je te le dis, ce sera un meurtre au premier degré. […] Je vais lui déchirer la gorge », crie-t-il à un autre homme, qui n’apparaît pas à l’écran. L’endroit exact où se situe le maire et le contexte dans lequel a été enregistrée la vidéo demeurent nébuleux.

 

Le Toronto Star a accepté de débourser 5000 $ pour mettre la main sur la vidéo compromettante. L’éditeur du journal, Michael Cooke, a indiqué que « l’énorme intérêt public, autant pour Toronto que le reste du monde »,a justifié cette décision.

 

«Très, très intoxiqué»

 

Le maire Ford n’a pas tardé à réagir à la publication de cette nouvelle vidéo embarrassante. Il s’est une fois de plus présenté devant les caméras en affichant un air abattu, le regard fuyant. « J’ai fait des erreurs et tout ce que je peux faire, c’est assurer aux gens… Je ne sais pas quoi dire… Je m’excuse. » Il a admis qu’au moment de l’enregistrement, il était « très, très intoxiqué ». « Je souhaite que personne parmi vous n’ait été ou ne sera dans cet état. » Malgré son embarras, il n’a pas évoqué une possible démission.

 

Pendant ce temps, la grogne s’est encore accentuée à l’Hôtel de Ville de Toronto. De nombreux élus réclament depuis plusieurs jours le retrait du maire, à commencer par le conseiller et membre du comité exécutif Denzil Minnan-Wong, un ancien allié de Rob Ford. « Si le maire ne prend pas la porte, nous allons lui montrer », a-t-il lancé aux représentants des médias.

 

Il a décidé jeudi de renforcer la motion qu’il comptait déjà présenter au conseil municipal la semaine prochaine pour exiger le départ du maire Ford. Sa proposition demande au gouvernement ontarien d’intervenir pour l’écarter. « C’est une situation extraordinaire qui nécessite une mesure extraordinaire. »

 

M. Minnan-Wong a admis que sa motion devra obtenir l’appui d’une « large majorité » pour faire bouger le gouvernement ontarien. S’il souhaite agir, celui-ci devra modifier ses lois actuelles ou adopter une loi spéciale, une manoeuvre risquée étant donné son statut minoritaire.

 

La première ministre d’Ontario, Kathleen Wynne, a refusé de se prononcer sur la question jeudi. « Nous devons laisser le processus suivre son cours », a-t-elle affirmé en marge d’une conférence de presse au sujet des infrastructures de la province.

 

Selon le professeur de science politique à l’Université d’Ottawa Luc Turgeon, il est clair que l’autorité morale du maire de Toronto diminue « de jour en jour ».« Il faut savoir que c’est quelqu’un de très têtu, qui aime vraiment son travail de maire, explique-t-il. Connaissant le personnage, je pense qu’il va s’accrocher malgré tout. »

 

Soutien familial

 

Lors d’une entrevue accordée à une chaîne de télévision torontoise, la mère et la soeur de Rob Ford ont tenu à le défendre.Les deux femmes disent lui avoir notamment conseillé de changer ses habitudes de vie et de consulter un psychologue.

 

Lorsqu’on l’a invité à commenter le dossier de son ami Rob Ford, le ministre des Finances Jim Flaherty a d’abord marqué une longue pause. « Il doit prendre sa décision. Sa famille l’aide sans doute à prendre cette décision. C’est tout ce que je peux dire », a-t-il marmonné, visiblement sous le coup de l’émotion.

 

Et le conseil du nouveau maire de Montréal à son homologue torontois ? « Essayer le Coke diète », s’est contenté de répondre Denis Coderre.

 

La police de Toronto a confirmé la semaine dernière l’existence d’une vidéo montrant Rob Ford en train de fumer ce qui semble être du crack. Le maire de Toronto a d’abord refusé de commenter les révélations des autorités policières, prétextant que le dossier était devant les tribunaux. Il a finalement admis mardi avoir bel et bien « essayé » le crack, alors qu’il était en état d’ébriété.

16 commentaires
  • Josette Allard - Inscrite 8 novembre 2013 06 h 05

    Shame on you...

    Toronto. Pas tant par ce que votre maire semble plus que perdu et le pire maire qu'une ville ait connu depuis des décennies , mais surtout par le manque de réaction du public torontois, qui ne montre même pas son dégoût. Pire, les sondages indiquaient même une certaine remontée dans les appuis au maire malgré ses aveux d'utilisation du crack, donc par la bande, de ses aveux de relation avec des gens peu recommandables.

    • François Dugal - Inscrit 8 novembre 2013 08 h 37

      Monsieur Cossette, la «Ford Nation» envie secrètement l'immunité dont profite cet élu:
      Ébriété avancée, pas de probléme.
      Une pipe bourrée de substance illicite, pas de problème.
      Menaces de morts, pas de problème.
      Que la vie serait agréable si on était pas responsable de ses actes ...

  • Yves Perron - Inscrit 8 novembre 2013 08 h 23

    Hypocrisie Canadienne Anglaise

    ON aime bien accuser les Québécois qui sont capable de regarder leur réalité mais dans le Canada Anglais on est dans le déni. Ce n'est pas demain qu'on aura une commission Charbonneau dans ce pays hypocrite.

    • Grace Di Lullo - Inscrit 8 novembre 2013 09 h 49

      L'année dernière à presque pareille date, soit le 5 novembre, Gérald Tremblay, donnait sa démission. Cette dernière n'a pas été prise en raison de consommations de substances illicites, de malversations, de comportements agressifs filmés a son insu.
      Non, Gérald Tremblay, le maire de Montréal, avant le 5 novembre 2012, est parti car on lui reprochait sa crédulité ou son aveuglement volontaire. Certains diront que c'est déjà beaucoup à lui reprocher, mais on doit avouer que c'est peu si on le compare au maire Ford.

      L'émission Power & Politics, bien qu'ayant une mission orientée vers la scène politique fédérale a davantage traité du sénat que de ce maire. Il a été également interessant pour moi de noter que peu ou pas de gens ont fait un lien entre consommation de produits durs avec le monde interlope.

      Nous voyons donc une faiblesse, celle du traitement à géométrie variable d'une nouvelle et d'un manque de maturité politique.

      C'est le signe d'une maturité politique de notre part, enfin pour l'ensemble des Québécois. En effet, nous avons au moins le courage de nous regarder et de nous critiquer.

      Il faut également avoir le courage de remercier M. Gérald Tremblay, d'avoir eu le comportement qu'il a démontré le 5 novembre 2012 et le juger avec un peu moins de sévérité.

  • Christian Fleitz - Inscrit 8 novembre 2013 09 h 32

    Comment est-ce possible ?

    Quand ce scandale terminera-t-il ? Ce Falstaff fait honte au canadiens qu'ils soient francophones ou anglais, n'en déplaise aux électeurs de cette ville sinistrée par la tête. C'est d'ailleurs à se demander comment ces derniers peuvent témoigner autant d'absence de qualité et de dignité en continuant à soutenir ce personnage. Il est vrai que Falstaff avait ses rieurs et ses sympathisants, mais dans des farces.

  • Grace Di Lullo - Inscrit 8 novembre 2013 09 h 38

    Cet homme est malade, il est souffrant. Je ne crois pas que l'on soit apte dans cet état de gérer une ville comme Toronto. Il est vrai, que de grands malades ont été à la tête de gouvernement, mais il faudrait être en mesure de s'éclipser. Encore faut-il reconnaitre que l'on est profondément malade, ce que je crois que ce maire est incapable et inapte de faire.

    Ce drame est très parlant des dernières années en politique. en affaires et dans le domaine du psycho-pop.

    Dans le domaine politique et d'affaires, il y a ce courant d'absence d'empathies envers le malade et le non productif. Il faut montrer que l'on a aucune défaillance et être en opération 24/7 (* lire twenty-four seven). Ainsi, il faut être en mesure de dire moi je travaillais même malade c'est cela la production, pas de programmes sociaux ou d'aides.

    Dans le domaine de la psycho-pop, c'est le - unconditional love- à la Opra Winfrey, le pardon instantané. Allez, passes à la caméra, ait ton X minutes de gloire, dis ce que tu as fait de mal et on te pardonnera. On tournera la page, comme cela. La sortie de Ford cette semaine avait quelque chose de cela, je l'ai dit, alors on tourne la page.

    Que cela soit du politique, des affaires ou du psycho-pop médiatique, la personne malade a peu d'importance. Il faut consommer et être en opération.

    Cela montre également l'hypocrisie de ces gens. En effet, certains éléments du monde politique, surtout conservateurs, démontrent de l'empathie envers les problèmes personnels de cet homme et les spécialistes psycho-pop analysent les frasques de cet homme en lui offrant peu de possibilités de pardons instantanés, voir de guérisons.

    Il n'est pas en condition ce moment d'oeuvrer 24/7 et il aura besoin d'unconditionnal love à un moment donné dans sa longue remontée vers la vie.

    For your good Mr. Ford, take a leave of absence!

    • François Dugal - Inscrit 8 novembre 2013 11 h 12

      Madame Di Lullo,
      Le maire Ford est démocratiquement élu et il termine son mandat; quel est le probème?

    • Grace Di Lullo - Inscrit 8 novembre 2013 12 h 37

      Monsieur Dugal,

      Il est élu et peut rester.
      Cependant, je crois que lorsque l'on est malade, on a le droit de prendre une pause ou une absence prolongée pour se faire soigner.

      Mon commentaire visait simplement à dire que je trouve, très hypocrites, les tenants de la productivité à tout prix et les psycho-pop.

      Les premiers ont peu d'empathies pour les faiblesses de leurs concitoyens et les seconds sont prêts à faire des rédemptions instantanées devant un aveu. Les premiers ont montré cette semaine qu'ils ont de l'empathie quand cela touche leur famille politique. Cette semaine, CBC avec Ian Hanomansing montrait un clip dans lequel on voyait le Maire Ford en 2006 mentionner qu'on devrait avoir peu de compassions pour des gens consommant de la drogue (je suis poli avec le terme compassion). La famille conservatrice est peut-être silencieuse ou génée, mais est très peu accusatoire ou prête à l'expulser. Elle a de la compréhension envers une faiblesse !

      Les seconds ne sont pas prêts à pardonner rapidement même s'ils sont très ancrés dans le courant des émissions et des publications de la rédemption instantanée.

      Les premiers sont incapables d'accepter une pause et les seconds veulent le voir dans la déchéance avant la rédemption.

      Il a son mandat, il peut rester tant qu'à moi. J'avoue que je trouve cela drôle de les voir. Je suis montréalaise, alors... c'est drôle...nous sommes la province et la ville les plus corrompues, nos politiciens sont .....C'est comme un karma instantané pour Toronto et les médias anglophones. C'est comme le What goes around, turns around. Cela leurs apprendra !

      Il faut également avouer Monsieur Dugal que c'est triste de voir un être humain, peu importe ses opinions politiques, souffrant, sur une scène publique et ne pas prendre l'opportunité de se faire soigner. Je suis peut-être naive, mais il pourrait peut-être nommer un maire suppléant, le temps qu'il se soigne.

      Bon week-end, Monsieur Dugal, toujours un plaisir de vou

  • Denis Miron - Inscrit 8 novembre 2013 09 h 53

    Ubu roi revisité

    Quelles belles cartes postales invitantes en hommage à la ville reine que ces 2 vidéos ! Dans la chanson du roi d’Agobert, celui-ci accepte de remettre ses culottes à l’endroit lorsque St-Éloi lui fait la remarque qu’elles sont à l’envers, mais Rob Ford ne semble pas disposé à faire de même.
    Toronto pourrait avec ces 2 vidéos initier un festival de «théâtre de l’absurde» d’envergure internationale digne de Ubu roi..