Livre - Le hockey selon Stephen Harper

Stephen Harper avait disputé une partie de hockey lors d’un périple économique en Inde l’an dernier.
Photo: La Presse canadienne (photo) Sean Kilpatrick Stephen Harper avait disputé une partie de hockey lors d’un périple économique en Inde l’an dernier.

À l’origine, il y a une dizaine d’années, on avait proposé à Stephen Harper d’écrire un bouquin sur la politique. Le chef de l’opposition à Ottawa n’avait cependant pas tardé à trouver que cela faisait un peu trop de politique dans sa vie et il a plutôt choisi de se tourner vers la passion de sa jeunesse, le hockey. L’histoire du hockey, pour être précis, « ce passe-temps qui m’a aidé à compenser ma terrible inaptitude sur la glace » selon ses propres termes. À raison de 15 minutes par jour entre 2004 et 2011 alors même qu’il passerait au fauteuil de premier ministre du Canada, cela finira par donner Un sport légendaire : les Maple Leafs d’autrefois et l’essor du hockey professionnel, paru cette semaine.

 

Toronto « la pure »

 

On plonge donc dans le sport au tournant du XXe siècle rongé par l’obsession de l’amateurisme et en proie à l’hypocrisie qui accompagne nécessairement les questions liées à l’argent. On plonge, et pas à moitié : plus de 400 pages d’un récit minutieux, détaillé presque à l’excès, où prennent forme des idées d’un autre âge dont on a tendance à se gausser aujourd’hui tellement elles paraissent loin mais qui étaient bien réelles, campées dans un univers révolu.

 

Le cadre : Toronto « la pure » qui veut montrer à tout le monde comment faire, l’immoralité d’être payé pour jouer au hockey, les aventures (éphémères) du premier club professionnel de la ville créé en 1906 et l’appât du gain qui, on s’en doute, triomphera au bout du compte.

 

Par-delà les comptes rendus de matchs et les jeux de coulisses, on rend visite à un sport qu’on aurait bien du mal à reconnaître aujourd’hui. La terne luminosité des amphithéâtres qui rend difficile de suivre l’action. La patinoire dépourvue de lignes rouges et bleues. Sept joueurs de chaque côté. Le gardien qui n’a pas le droit de retenir la rondelle, ni même de s’agenouiller. Passes vers l’avant interdites. L’arbitre muni d’une cloche parce qu’il fait trop froid pour utiliser un sifflet. Les joueurs sanctionnés qui vont à la bande parce que le banc de punition n’existe pas encore. Les coins de patinoire qui sont de vrais coins, à angle droit.

 

Sur terre battue

 

Trop froid ? C’est forcé, même si on joue à l’intérieur : la glace artificielle reste pour l’essentiel à inventer. Trop froid, mais pas tout le temps. Témoin cette rencontre de janvier 1908 entre Berlin (Kitchener) et Toronto : « Le Toronto News parla de “ hockey sur terre battue ” et remarqua qu’“ à la fin de la partie, il ne restait guère plus de dix mètres de glace sur toute la patinoire. Dans ces conditions, les joueurs qui étaient plaqués le long des bandes y plongeaient tête première. La rondelle était pratiquement impossible à distinguer du mélange de gadoue et de sable qui tenait lieu de patinoire ”. »

 

Si, en sautant d’un siècle à l’autre, on note d’importantes différences, il reste tentant de repérer les similitudes. Celle-ci, par exemple : en 1908-1909, des propriétaires d’équipes se plaignaient de la hausse des salaires qui allait les acculer à la faillite tout en offrant de plantureux contrats aux meilleurs joueurs. Il fallait bien un politicien d’envergure pour rappeler qu’au fond, le changement relève peut-être plus de la formule que d’autre chose…

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