Le spectre du Sénat plane toujours sur les conservateurs

Calgary – La pause dans la saga du Sénat n’aura duré que trois jours. Ce lundi matin, les parlementaires reviennent à Ottawa, et les sénateurs devront décider de l’avenir de leurs collègues Patrick Brazeau, Mike Duffy et Pamela Wallin. Les questions entourant la gestion du cas Duffy par le Parti conservateur restent pourtant entières, ni le premier ministre ni les responsables de la formation n’ayant fourni d’explications au cours du congrès bisannuel qui s’est terminé samedi soir à Calgary.

 

Le Sénat devrait pouvoir voter ce lundi ou mardi la motion gouvernementale infligeant aux trois sénateurs une suspension sans salaire tout en maintenant leur couverture médicale. À cause de problèmes de procédure parlementaire, ce vote n’a pu avoir lieu comme le souhaitaient les conservateurs vendredi dernier, juste à temps pour le discours tant attendu de leur chef.

 

Le spectre du Sénat a plané tout le week-end sur le happening conservateur, mais les réponses attendues à certaines questions ne sont jamais venues. Ainsi, personne n’a expliqué pourquoi le Parti conservateur (PC) avait jugé bon de rembourser à Mike Duffy ses frais de justice de 13 560 $, frais engendrés pour concocter l’entente avec Nigel Wright par laquelle c’est l’ancien chef de cabinet du premier ministre et non le sénateur lui-même qui a remboursé au Sénat les dépenses litigieuses de 90 000 $.

 

Le grand argentier de la formation, le président du Fonds conservateur du Canada et sénateur Irwin Gerstein, a livré samedi un discours à propos de la santé financière du PC. Il a abordé le sujet, mais ne l’a pas expliqué pour autant.

 

« Premièrement, j’ai été absolument clair avec Nigel Wright [sur le fait] que le Fonds conservateur du Canada ne payerait pas les dépenses sénatoriales du sénateur Mike Duffy et ne l’a pas fait. Deuxièmement, à la demande de Nigel Wright, le Fond a payé les frais de justice jusqu’à un maximum de 12 000 $ plus taxes parce qu’à l’époque, le sénateur Duffy était un membre du caucus conservateur et, comme vous le savez, le Fonds paye à l’occasion les frais de justice des membres de son caucus comme le font d’autres partis. »

 

Si la première partie de cette déclaration s’est valu une ovation des militants, la seconde a été accueillie par un silence glacial.

 

Depuis des semaines, le premier ministre et ses troupes qualifient cette entente entre Nigel Wright et Mike Duffy d’« inacceptable ». Pourquoi alors avoir sciemment remboursé les frais de justice pour la rédiger ? Vendredi soir, dans son discours aux militants, Stephen Harper n’a pas davantage fourni d’explication. Il a repris sa ligne d’attaque, à savoir que les trois sénateurs ont fait quelque chose qui, dans le secteur privé, leur aurait valu un congédiement. Ils ne devraient donc plus toucher de salaire.

 

Le premier ministre ne s’est pas rendu disponible aux journalistes à la fin du congrès de Calgary, samedi. Ceux-ci ont toutefois choisi de faire fi de la barrière virtuelle érigée pour les garder à l’écart des délégués. Ils se sont approchés de Stephen Harper alors qu’il quittait la salle et lui ont demandé d’expliquer le second chèque à Mike Duffy. M. Harper n’a pas répondu. Son entourage était catastrophé.

 

Il se trouvait ce week-end des députés pour critiquer la gestion de la crise sénatoriale par l’équipe du premier ministre. « Ne pas communiquer ne fait jamais office de stratégie de communication », déplorait un député de l’Ouest, qui ne voulait pas être nommé.

 

Par ailleurs, les militants ont voté une multitude de résolutions au cours du week-end sur des sujets à caractère social.

 

Euthanasie : les militants ont dit « non » à toute future loi autorisant l’euthanasie ou le suicide assisté. Les militants du Québec ont voté « oui ».

 

Avortement : les militants ont réservé une rebuffade à l’aide parlementaire conservatrice en dénonçant les avortements sexo-sélectifs. Le gouvernement conservateur avait empêché qu’une motion des siens sur ce sujet soit votée à la Chambre des communes.

 

Syndicats : quatre résolutions ont été adoptées par lesquelles les cotisations syndicales servant à de l’action politique ne seraient plus obligatoires. L’adhésion au syndicat ne le serait plus non plus.

 

Finances : les militants ont appuyé l’idée de Maxime Bernier de plafonner les dépenses d’Ottawa à 300 milliards de dollars, mais le Parti a fait en sorte que cette résolution n’atteigne pas la plénière.

 

Religion : les militants ont appuyé la soustraction des organisations confessionnelles à l’application de la Charte des droits et libertés afin de pouvoir discriminer les groupes qui ne partagent pas leur vision.

 

Constitution : les militants ont dit non à la formule « un membre, un vote » pour choisir leur prochain chef. Mais ils ont aussi dit « non » à ce que des résolutions - comme celle-ci - constamment battues puissent sans cesse revenir à l’ordre du jour.

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