Calgary - L’ombre du Sénat plane sur le congrès conservateur

Le discours de Stephen Harper faisait partie d’un plan pour donner un second souffle au gouvernement conservateur, ébranlé par le scandale du Sénat.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jeff McIntosh Le discours de Stephen Harper faisait partie d’un plan pour donner un second souffle au gouvernement conservateur, ébranlé par le scandale du Sénat.

Le Sénat était sur les lèvres de tous les délégués du Parti conservateur réunis en congrès à Calgary vendredi, et le premier ministre Stephen Harper avait un message simple à leur livrer dans son discours d’ouverture: peu importent les détails de l’affaire, les trois sénateurs doivent payer leurs malversations. La légalité possible de leurs gestes, selon M. Harper, importe peu.

« Dans la vie privée, nous serions congédiés pour avoir fait quelque chose qui ressemble à ça », a lancé M. Harper en faisant référence aux dizaines de milliers de dollars en dépenses illégitimes que Patrick Brazeau, Mike Duffy et Pamela Wallin auraient générées. Il écarte du revers de la main les réticences de ses critiques, qui font valoir que les règles soi-disant bafouées ne sont pas claires, comme l’avait conclu la firme Deloitte. « Je me fous de ce que nos adversaires disent. Nous ferons ce qui est bien. »

 

M. Harper s’est cependant peu épanché sur le sujet. Tout au plus a-t-il réitéré que le Parti conservateur désire réformer le Sénat et qu’il en a été empêché par les partis d’opposition en situation minoritaire, et qu’il en est désormais empêché par les tribunaux (une référence à la récente décision de la Cour d’appel du Québec).

 

Ce discours faisait partie d’un plan en trois actes pour donner un second souffle au gouvernement conservateur d’ici l’élection de 2015: prorogation, discours du Trône et message aux militants. Il a été accueilli poliment par une foule d’environ 2000 personnes peu enthousiastes.Stephen Harper a ainsi rappelé les racines populistes du PC, qui n’est pas « guidé par la soif du pouvoir et de privilèges », en insistant sur sa non-appartenance aux « élites ». Stephen Harper a tourné son regard résolument vers l’élection de 2015. « En 2015, nous ne choisirons pas le gagnant de Star Académie. Nous choisirons celui qui va diriger notre économie. » Ce qui disqualifie le libéral Justin Trudeau ou le NPD, selon lui. Il a aussi prophétisé que « beaucoup plus de Québécois voter [ont] » pour le PC.

 

Malgré le désir du chef conservateur de parler économie, c’est surtout du Sénat que les délégués ont discuté toute la journée. Fait étrange, plusieurs gros canons du gouvernement se sont portés à la défense de l’ancien chef de cabinet de M. Harper, Nigel Wright, pour qui le premier ministre a pourtant eu des mots très durs au courant de la semaine. Le ministre de la Justice, Peter MacKay, a soutenu que M. Wright, malgré son chèque de 90 000 $ à Mike Duffy, était « quelqu’un qui est honnête, qui a travaillé fort pour notre parti dans le passé ». L’ex-ministre et député Peter Kent a parlé de Nigel Wright comme d’une personne « honorable » qui a « bien servi le pays ». La veille, c’est le ministre Jason Kenney qui s’était porté à la défense de ce même M. Wright, dont Stephen Harper a pourtant dit qu’il l’avait « trompé ».

 

Pas d’appétit référendaire

 

Malgré le malaise, peu de militants se sont dits d’accord avec l’idée lancée par le ministre Maxime Bernier de tenir un référendum sur l’abolition du Sénat dès 2014. « Je pense qu’il n’y a pas d’appétit pour des réformes constitutionnelles », a dit le ministre de la Sécurité publique, Steven Blaney. Même tiédeur de la part du ministre Christian Paradis, qui pense qu’il faut d’abord attendre la décision de la Cour suprême. L’ex-ministre de l’Environnement et député Peter Kent aime l’idée, mais la trouve trop compliquée à mettre en oeuvre. « C’est plus facile à dire qu’à faire. »

 

Une autre idée chère à Maxime Bernier, celle de geler les dépenses d’Ottawa à 300 milliards de dollars par année pendant quatre ans une fois que le déficit sera résorbé, n’a pas trouvé beaucoup de preneurs non plus dans les rangs ministériels. M. Bernier distribuait des macarons aux militants pour l’appuyer.

 

« Je pense qu’il faut conserver de la flexibilité. Personnellement, je suis contre cette mesure-là », a déclaré le ministre Paradis. L’ex-conseiller de Stephen Harper pour le Québec, André Bachand, pense de même. « Un budget, ça se fait dans la réalité. […] Ça, c’est la philosophie de l’Institut économique de Montréal. » Plus tôt cette semaine, le ministre des Finances, Jim Flaherty, s’était dit opposé à cette idée. « Jim a dit : “ Ah, c’est dangereux, s’il y a des imprévus comme Lac-Mégantic, on n’aura pas l’argent. ” C’est tout à fait faux, lui répond M. Bernier. Il y a toujours des rubriques prévues pour les imprévus. » Un tel plafonnement des dépenses impliquerait à terme des compressions de 35 milliards de dollars par année. À titre de comparaison, l’exercice de rationalisation actuel prévoit des réductions de 5,2 milliards… en deux ans.

 

Enfin, les conservateurs ont rejeté, au grand soulagement des militants du Québec et du ministre Peter MacKay, une énième résolution qui aurait instauré la formule « un membre, un vote » lors de la sélection du futur chef. Pour éviter que ce genre de résolution soit encore débattue à l’avenir, le Parti décidera samedi s’il ne serait pas avisé d’interdire le dépôt d’une résolution à un congrès si celle-ci a déjà été battue à deux reprises.

Ce texte a été modifié après sa publication.

4 commentaires
  • Josette Allard - Inscrite 2 novembre 2013 08 h 26

    L'ombre du chef

    En réalité c'est l'ombre faite à son parti par Harper , dans la gestion de l'affaire Duffy , qui hante ce congrès et qui va continuer à susciter des débats dès le retour en chambre lundi prochain. Le sondage Nanos, publié hier, démontre que plus des deux tiers des Canadiens ne croient pas le PM dans ses explications de la gestion de l'affaire Duffy.

  • Carole Dionne - Inscrite 2 novembre 2013 09 h 05

    Si cela peut planer

    Jusqu'au prochaines élections. Je me pose des questions. Comment peut-on voter conservateur? Y-a-t-il quelque chose dans l'eau en Beauce pour que Bernier ait de si forte majorité? Et ceux qui votent pour Gourdes? Où ont-ils la tête?


    La réponse éternelle: " je l'aime"!!!

    • Réal Paquette - Inscrit 2 novembre 2013 11 h 42

      Je me pose la même question que vous chère dame mais au provincial. Quand je vois que dans les sondages le parti libéral réussis encore a aller chercher aux alentours de 30% du vote j'ai des hauts le coeur!!. Pendant les dix dernières années combien en argent sonnant toutes leurs magouilles ont-elles coûtés aux Québécois. Et pourtant encore 30% pourcent voteront pour eux. Mais j'imagine que dans ce 30% une très forte majorité des familles votant pour eux on un nom de famille se terminant par A ou I ou O......j'en ai mal au coeur! J'ai tellement hâte qu'un groupe se lève et fasse tout un ménage mais je rêve car la corruption incrustée est là pour rester.

  • Pascal Barrette - Abonné 2 novembre 2013 13 h 01

    Le pouvoir versus le droit

    «La légalité possible de leurs gestes, selon M. Harper, importe peu. « Dans la vie privée, nous serions congédiés pour avoir fait quelque chose qui ressemble à ça », a lancé M. Harper».

    Votre amorce, Madame Buzzetti, résume bien la mentalité de ce parti: comme les dirigeants d'entreprises privées, nous savons ce qui est bien, peu importent les enquêtes. Preston Manning a même prétendu à la CBC que parce que du secteur public, les trois sénateurs devraient être considérés coupables jusqu'à preuve d'innocence. La norme éthique des conservateurs n'est plus le droit régi par des principes comme la présomption d'innocence mais le privé versus le public, la réaction impulsive versus le discernement, le «knee jerk» versus l'entendement, le pouvoir versus le droit.

    Pascal Barrette, Ottawa