Ouverture du congrès conservateur: la crise au Sénat prend toute la place

Calgary — Le scandale qui se déroule au Sénat est sur les lèvres de tous les délégués réunis à Calgary vendredi pour le congrès du Parti conservateur. L'idée lancée par le ministre Maxime Bernier de tenir un référendum sur l'abolition pure et simple de la Chambre haute en 2014 n'a pas trouvé beaucoup de preneurs.

«Je pense qu'il n'y a pas d'appétit pour des réformes constitutionnelles. Par contre, il y a un appétit certain pour réformer le Sénat», a expliqué le ministre de la Sécurité publique et collègue québécois, Steven Blaney.

Même tiédeur de la part du sénateur Claude Carignan, leader su gouvernement au Sénat. «Cela revient à mettre la charrue devant les boeufs», pense-t-il. Il faut plutôt attendre l'avis de la Cour suprême qui devra répondre au renvoi d'Ottawa d'ici environ un an. «Je pense que M. Bernier a parlé à titre individuel. Moi c'est ce que j'entends de la base. Les gens qui sont ici me disent qu'ils sont en complet appui avec les motions [pour suspendre sans salaire Patrick Brazeau, Mike Duffy et Pamela Wallin] et me disent de continuer notre travail.»

Idem du côté du ministre Christian Paradis. «Ce n'est pas une bonne idée de discuter de cela avant la décision de la Cour suprême.»

L'ex-ministre de l'Environnement et député Peter Kent, aime l'idée de l'abolition du Sénat, mais la trouve trop compliquée à mettre en oeuvre. «La réalité, c'est que le défi constitutionnel que pose l'abolition du Sénat est probablement plus grand que ce que le Canada ne doit subir maintenant ou dans un avenir rapproché. [...] Si c'était possible d'abolir je crois qu'il y aurait un nombre significatif de membres du caucus qui l'appuyait. Mais c'est plus facile à dire qu'à faire.»

Une autre idée chère à Maxime Bernier, celle de geler les dépenses d'Ottawa à 300 milliards de dollars par année pendant quatre ans une fois que le déficit sera résorbé, n'a pas trouvé beaucoup de preneurs non plus dans les rangs ministériels. M. Bernier distribuait même des macarons aux militants pour appuyer cette résolution.

«Je pense qu'il faut conserver de la flexibilité. Personnellement, je suis contre cette mesure-là», a déclaré le ministre Paradis. L'ex-conseiller de Stephen Harper pour le Québec, André Bachand, pense de même. «Un budget, ça se fait dans la réalité. […] C'est la philosophie de l'Institut économique de Montréal.»

Plus tôt cette semaine, le ministre des Finances, Jim Flaherty, s'était dit opposé à cette idée car le gouvernement devait conserver une marge de manoeuvre en cas d'imprévus. À cela, M. Bernier répond: «Jim a dit, "Ah c'est dangereux, s' il y a des imprévus comme Lac-Mégantic, on n'aura pas l'argent." C'est tout à fait faux. Il y toujours des rubriques prévues pour les imprévus.»

À terme, un plafonnement des dépenses à 300 milliards impliquerait des coupures de 35 milliards de dollars par année, selon les prévisions du ministère des Finances! À titre de comparaison, l'exercice de rationalisation entamé par M. Flaherty en 2012 prévoit des réductions de 5,2 milliards… en deux ans! Cela ne fait pas peur à Maxime Bernier. «Les politiciens vont devoir prioriser et prendre des décisions difficiles pour pouvoir diminuer les impôts des gens, leur redonner leur argent dans leurs poches. Avoir plus de liberté, avoir moins de gouvernement dans nos jambes. C'est une résolution qui respecte l'esprit conservateur et libertarien et je suis bien heureux de la prôner.»

Enfin, les militants ont rejeté une fois de plus, au grand soulagement des militants du Québec et du ministre de la Justice Peter Mackay, une énième résolution instaurant la formule «un membre, un vote» lors de la sélection du futur chef. Cette formule aurait eu pour effet de noyer la voix des militants du Québec et de l'Est du pays dans une marre de militants de l'Ouest. Pour éviter que ce genre de résolutions ne soient encore débattues à l'avenir, le Parti conservateur décidera samedi s'il interdira à l'avenir le dépôt d'une résolution ayant déjà été défaite à deux congrès précédents.
 
3 commentaires
  • Benoit Toupin - Abonné 1 novembre 2013 16 h 26

    Source du mal et symptomes


    Dans toute cette saga, j'espère que nous n'oublirons pas que le mal origine de nominations partisanes inappropriées. Que ces nominations ont été faites par un premier ministre élus par 39% des 60% électeurs ayant votés soit 24% des électeurs; c'est ce qu'il faut, au Canada pour devenir le monarque élu. Que la constitution de 1982 et le système électoral canadien rend légal pareil aberration. Que tous les monarques élus trouvent la chose bien commode; qu'ils nous dirons tous que changer les choses n'est que futile chicane.

    Les frasques de nos sénateurs ne sont que les symptômes de la maladie. L'abolition du Sénat, envisageable et pour plusieurs souhaitable, ne sera toujours qu'un placébo.

    Le vrai remède c'est revoir les bases de la démocratie. Si celà est devenu impossible au Canada, une solution apparait: Quitter la galère et faire le ménage de la démocratie québécoise en vue d'en faire un pays.

  • Josette Allard - Inscrite 1 novembre 2013 17 h 28

    Changer la conversation

    C'est ce à quoi s'emploieront les Conservateurs durant ce congrès. Le véritable sujet est pourtant de savoir si Harper nous a menti depuis le printemps dernier. Mais de celà aucun des moutons conservateurs n'osera parler.

  • Josette Allard - Inscrite 1 novembre 2013 17 h 50

    Sondage Nanos

    Publié aujourd'hui. Les deux tiers des canadiens ne croient pas les explications d'Harper dans la destin de la crise qui secoue le sénat et spécialement l'affaire Duffy.