Suspensions au Sénat - Les conservateurs reportent le débat

Des manifestants anti-Stephen Harper ont accueilli les délégués conservateurs à Calgary jeudi.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jeff McIntosh Des manifestants anti-Stephen Harper ont accueilli les délégués conservateurs à Calgary jeudi.

Ottawa — Aux prises avec le risque que le scandale au Sénat vole la vedette au premier ministre et au congrès de son parti, les sénateurs conservateurs ont préféré éviter de siéger ce vendredi, quitte à reporter à la semaine prochaine le sort de leurs collègues qui s’apprêtent à être suspendus.

 

Après avoir pesté toute la semaine que les débats sur la suspension des sénateurs Mike Duffy, Patrick Brazeau et Pamela Wallin s’étiraient par la faute des libéraux, les conservateurs ont ajourné le Sénat jeudi, après deux heures de travaux.

 

C’est la tradition que de prendre congé pour permettre aux sénateurs d’assister aux congrès de leur formation, a souligné le leader du gouvernement au Sénat, Claude Carignan. Or, quelques minutes plus tard, il a reconnu qu’il ne savait pas combien de ses collègues feraient le voyage jusqu’à Calgary pour participer à la rencontre conservatrice. « Comme on a changé nos plans, je sais que plusieurs sénateurs ont annulé leur vol et leur hôtel », a-t-il convenu.

 

Les sénateurs reprendront donc leurs débats lundi, pour voter lundi ou mardi sur les motions du gouvernement prévoyant la suspension des trois sénateurs déchus, sans salaire mais avec régime d’assurances (maladie, vie et dentaire).

 

On ne sait pas encore si des conservateurs pourraient s’opposer à l’initiative de leur gouvernement - et combien le cas échéant. Le sénateur Carignan a indiqué que le vote serait libre, mais jeudi, ceux qui s’étaient dit contre au départ étaient plus discrets.

 

Le congé du Sénat ce vendredi permettra surtout aux conservateurs de s’assurer de contrôler le message médiatique de la journée, alors que Stephen Harper doit s’adresser à ses troupes en soirée. Car si le Sénat avait siégé, les sénateurs Duffy, Brazeau ou Wallin (tous trois nommés par le premier ministre) auraient pu profiter de leur immunité parlementaire pour lancer d’autres allégations qui auraient rapidement fait leur chemin jusqu’à Calgary, et monopolisé les discussions des conservateurs. Le sénateur Carignan a nié que ce soit la raison de l’ajournement de la Chambre.

 

Malaise à Calgary

 

Malgré tout, sur le plancher du congrès on parlait bel et bien du scandale des allocations de dépenses que les sénateurs n’auraient pas dû se faire rembourser.

 

Mais aussi de la gestion de toute cette affaire. « J’aimerais que le dossier soit réglé, mais il ne l’est pas. Les sénateurs n’ont pas voté encore, a déploré le député Maxime Bernier, qui en avait contre ses collègues de l’autre Chambre. Ils ne la gèrent pas bien [la crise]. Regardez ce qui se passe. »

 

Et pendant que les conservateurs et la classe politique parlent du Sénat, on en oublie d’autres dossiers, a quant à lui regretté l’ex-ministre Stockwell Day. Il estime que « la question du Sénat est en train de prendre trop de place ». « Ça revient à demander si le premier ministre dit la vérité et ce qu’il savait. Je crois personnellement qu’il dit la vérité, d’autres pensent peut-être que non. Ça n’aide pas, surtout quand on essaie de propager un autre message, sur l’économie », a confié cet ancien proche de M. Harper.

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