Harper mise sur des valeurs sûres

Le gouverneur général David Johnston a livré mercredi au Salon rouge le septième discours du Trône du gouvernement Harper. La lecture a débuté par une minute de silence à la mémoire des victimes de Lac-Mégantic, mais le discours contenait peu de détails sur les mesures qu’Ottawa entend prendre pour resserrer la sécurité ferroviaire.
Photo: La Presse canadienne (photo) Sean Kilpatrick Le gouverneur général David Johnston a livré mercredi au Salon rouge le septième discours du Trône du gouvernement Harper. La lecture a débuté par une minute de silence à la mémoire des victimes de Lac-Mégantic, mais le discours contenait peu de détails sur les mesures qu’Ottawa entend prendre pour resserrer la sécurité ferroviaire.

La longue lecture de David Johnston, faite comme il se doit dans la Chambre rouge du Sénat, a débuté par un moment de silence en mémoire des victimes de la tragédie de Lac-Mégantic. Cependant, le discours a offert peu de détails sur les mesures qu’entend prendre Ottawa pour resserrer la sécurité ferroviaire, si ce n’est que « des mesures ciblées seront prises pour rendre le transport des marchandises dangereuses plus sécuritaire » et que les compagnies de chemin de fer devront contracter une « assurance additionnelle ».

Le chef du Bloc québécois, Daniel Paillé, a d’ailleurs dénoncé ce manque de contenu. « Lac-Mégantic, c’est important depuis le début de l’été et on est le 16 octobre. Il y a quelqu’un qui est en retard là-dedans, et c’est le gouvernement du Canada. »

C’est du côté des finances publiques que le gouvernement annonce une nouvelle priorité. Après avoir réitéré son intention d’équilibrer les finances publiques d’ici 2015, il promet de déposer un projet de loi qui rendra obligatoire « l’adoption de budgets équilibrés en temps normal et fixera un calendrier précis pour le retour à l’équilibre budgétaire en cas de crise économique ». La mesure est ironique quand on sait que l’administration de Stephen Harper a renoué avec l’encre rouge dès l’été 2008, alors que la crise économique n’avait pas encore frappé. Ottawa a enregistré cinq déficits consécutifs jusqu’à présent et ajouté 140 milliards de dollars à la dette du Canada.

Le chef libéral, Justin Trudeau, n’a pas manqué de railler le gouvernement à ce chapitre. « Un gouvernement qui a eu plus de réussite à déséquilibrer le budget, à transformer en déficit un surplus budgétaire n’a pas de leçons à faire. »

Le discours promet de nouvelles réductions d’impôt pour les petites et moyennes entreprises lorsque les surplus seront de retour et un gel des dépenses de fonctionnement de l’État.

 

Protéger la police… canine

Sans surprise, le discours du Trône fait la part belle aux questions de justice. Le gouvernement veut que désormais, « une sentence à vie soit bel et bien un emprisonnement à vie » et non une incarcération de 25 ans comme c’est le cas en général. Le chef du NPD, Thomas Mulcair, y voit « de la viande rouge pour [l] a base réformiste » du Parti conservateur.

On annonce non pas une charte, mais une Déclaration des droits des victimes. Et fidèle à son habitude de s’inspirer de faits divers pour rédiger sa législation pénale, le gouvernement promet d’adopter la loi Quanto sur la protection des animaux policiers. Quanto est ce chien policier d’Edmonton qui a été poignardé la semaine dernière alors que lui et son maître poursuivaient un voleur de voiture. En Saskatchewan, blesser un chien policier peut valoir jusqu’à deux ans de prison.

Le gouvernement entend interdire aux compagnies d’assurance de faire de la discrimination sur la base d’analyses génétiques et il reviendra à la charge avec son projet de loi encadrant la remise en liberté des personnes reconnues non criminellement responsables de leurs actes.

Autre nouveauté, le gouvernement déposera une réforme approfondie de la Loi sur la citoyenneté, « la première en plus d’une génération », mais aucun détail n’est fourni pour l’instant.

Comme l’avaient laissé entendre diverses fuites au cours des derniers jours, le discours du Trône promet aux consommateurs qu’Ottawa se portera à leur défense. On envisage de réduire les frais d’itinérance pour la téléphonie cellulaire et de permettre aux téléspectateurs de ne payer que pour les chaînes qu’ils souhaitent en « exige [ant] que les chaînes soient dissociées dans les forfaits tout en protégeant les emplois ». Ottawa entend aussi interdire les frais imposés aux consommateurs qui désirent une facture papier.

Ces suggestions s’inspirent de changements qui devaient arriver, discours du Trône ou pas. Par exemple, le CRTC doit lancer jeudi prochain une consultation sur le futur de la télévision au cours de laquelle la facturation à la carte doit être soulevée. Quant aux frais d’itinérance, le CRTC les a déjà plafonnés au début de l’été à 100 $ par mois. De plus, il a demandé début septembre aux fournisseurs d’expliquer leurs méthodes de facturation dans le but éventuel d’encore intervenir.

Thomas Mulcair n’est pas impressionné par ce qu’il considère être une tentative pour faire oublier le scandale du Sénat. « Ça prendrait plus qu’une version édulcorée de certaines propositions de longue date du NPD pour que Stephen Harper convainque les Canadiens que tout d’un coup, il s’intéresse aux questions concernant les consommateurs. »

Par ailleurs, le discours ne manque pas de réitérer les dadas du gouvernement avec un long passage sur la chose militaire, un rappel que la garde des enfants est l’affaire des parents et non « des bureaucrates et des lobbyistes » et le rappel que le « gouvernement appuie Israël, ardent et unique champion de la démocratie et de la liberté dans une région dangereuse ». Le gouvernement répète son intérêt pour le Grand Nord, y compris sa volonté de cartographier le plancher océanique arctique dans le but d’y confirmer sa souveraineté. On refait par ailleurs la liste des célébrations à caractère militaire à venir, dont les guerres mondiales, et on promet, sans détailler, de rétablir « des traditions militaires ».

Enfin, comme prévu, la jeune Pakistanaise Malala Yousafzai, qui fait la promotion de l’éducation des filles, recevra une citoyenneté honorifique canadienne. C’est la sixième accordée dans l’histoire du Canada, et la quatrième accordée par Stephen Harper. Dans le passé, Nelson Mandela et le Dalaï-Lama l’ont reçue, notamment.


Un retour perturbé

La première journée de retour du Parlement ne s’est pas déroulée comme prévu pour Stephen Harper. Un colis suspect a forcé l’évacuation pendant quelques heures de ses bureaux de l’édifice Langevin et un homme a été arrêté en lien avec l’incident par la GRC. Le premier ministre n’était pas présent pendant cet incident puisqu’il prononçait un discours devant ses troupes réunies en caucus. Le discours n’a cependant obtenu à peu près aucune couverture médiatique parce que les journalistes en ont été interdits d’accès. Seules les caméras étaient admises. Les médias ont refusé cette condition. Ils se sont présentés devant les portes de la réunion et ont fait savoir que les caméras n’entreraient pas sans eux. Après délibérations, le bureau du premier ministre a offert de laisser entrer un seul journaliste qui serait les yeux et les oreilles des autres. Autre refus. Les portes n’ont donc jamais été ouvertes. Toutefois, la caméra du réseau Sun TV, qui avait fait savoir qu’il ne serait pas solidaire, est entrée par une porte de derrière. Le réseau a ensuite revendiqué l’« exclusivité ». En fin de journée, le Parti conservateur a envoyé à ses militants une lettre reprochant à « l’élite médiatique » d’avoir battu « un record de bassesse » pour avoir « boycotté » le discours du premier ministre et lui avoir préféré la « rencontre du NPD où ils ont été accueillis par des vivats et des applaudissements ». 

6 commentaires
  • Pierre Desroches - Inscrit 17 octobre 2013 01 h 07

    ........ valeurs sûres ?

    Au Québec, nous sommes représenté dans ce gouvernement par des valeurs sûres que sont les élites suivante: Denis Lebel, Christian Paradis, Steven Blaney, Jacques Gourde et l'ineffable Maxime Bernier. Stivident que l'on a là un remake de la Ribouldingue :)

    • François Dugal - Inscrit 17 octobre 2013 09 h 41

      Monsieur Desroches, la Ribouldingue était supérieure, car il y avait un scénario.

    • Julie Carrier - Inscrite 17 octobre 2013 12 h 04

      Oui, vous faites vraiment honte à La Ribouldingue. Au moins, La Ribouldingue avait quelque chose d'intelligent à dire, pas juste les mensonges.

  • Guy Lafond - Inscrit 17 octobre 2013 06 h 43

    "Tenter d'équilibrer les finances publiques d'ici 2015"


    Et ce tout en respectant le code d'éthique, s'il vous plaît.

    • Julie Carrier - Inscrite 17 octobre 2013 12 h 07

      J'en doute. La seule éthique que ce gouvernement connaît est celle du bulldozer et nous, nous sommes correct et vous, vous ne l'êtes pas.

  • Roxane Bertrand - Abonnée 17 octobre 2013 14 h 50

    Caméra cachée!

    Si j'ai compris le principe :"poser pas de question et passé le mot!"

    Il est peut-être très timide notre premier ministre, les journalistes l'indisposent.