Revue de presse - Un Nobel qui repose de la déprime

Alice Munro est honnête, intelligente, douée, dédiée à son art, discrète : autant de qualités que célèbre son prix Nobel de littérature 2013… et qui manquent cruellement à la vie politique du pays, suggérait-on cette semaine.

 

Le triomphe de l’écrivaine canadienne a été dûment salué dans la presse anglophone. En éditorial, le Toronto Star fait valoir que ce prix, « hautement mérité », vient couronner l’exceptionnel travail de Munro, mais aussi la grande progression de la littérature canadienne depuis un quart de siècle.

 

Lorsqu’elle a débuté, rappelle le Star, l’élite mondiale négligeait les auteurs canadiens - encore plus les femmes. Munro s’est imposée à force de travail fin, et qui plus est en faisant de l’Ontario rurale le décor de plusieurs nouvelles. « Fondamentalement, elle a écrit sur nous », fait remarquer le Star. Le quotidien souhaite que le Nobel permette d’attirer encore plus l’attention du monde sur la littérature canadienne, déjà célébrée par le succès des Margaret Atwood, Michael Ondaatje et autres Yann Martel.

 

Le chroniqueur Michael Den Tandt (National Post) indique quant à lui que la reconnaissance accordée à Alice Munro amène un peu d’air frais dans le cycle des nouvelles. Pour une fois qu’une personne bien est récompensée, dit-il ! « C’est un triomphe juste », souligne Den Tandt en énumérant les qualités de l’écrivaine, qu’il présente comme une « raconteuse de vérités ».

 

Or ce sont bien plus souvent les menteurs immoraux qui triomphent ces temps-ci, fait remarquer Den Tandt. Le maire de Toronto, Rob Ford, l’ancien premier ministre ontarien Dalton McGuinty et le sénateur Mike Duffy le prouvent bien, dit-il. McGuinty va profiter d’une retraite dorée pendant que les Ontariens vont payer pendant des années le prix de ses manoeuvres politiques (référence au milliard que coûtera l’annulation de deux projets de centrales électriques, annoncée en catastrophe durant la campagne 2011).

 

En ce qui concerne Duffy, Den Tandt s’étonne que les révélations de la semaine dernière - selon lesquelles le sénateur aurait versé 65 000 $ à un ami pour, essentiellement, rien - n’aient pas fait plus de vagues. Peut-être, dit-il, parce que la population est désormais persuadée que le Sénat est un « nid de voleurs ».

 

Mais cette résignation est néfaste, pense-t-il. Les politiciens tiennent pour acquis qu’il n’y aura pas beaucoup de conséquences à des « gestes irresponsables, malhonnêtes ou incompétents ». « À Ottawa, de nos jours, la vérité est un anachronisme pittoresque ». Et « l’amoralité triomphe », affirme Michael Den Tandt.

 

Il remarque que le phénomène se transpose aussi dans la fiction, alors que des téléséries comme Breaking Bad ou House of Cards sont portées aux nues. Dans cette ambiance, le triomphe d’Alice Munro fait du bien. Beaucoup de bien, souffle Den Tandt.

 

Discours

 

De scandales il est aussi question dans l’analyse que propose Tim Harper (Toronto Star) du contexte du discours du Trône, qui sera présenté mercredi. Il prévient les conservateurs que le discours n’éclipsera que durant quelques heures les multiples problèmes éthiques qui fourniront de multiples munitions à l’opposition tout au long de l’automne.

 

Harper rappelle le contexte : depuis la fin de la dernière session, on a appris que la sénatrice Pamela Wallin a dû rembourser plus de 100 000 $ au Sénat ; que le sénateur Duffy est soupçonné par la Gendarmerie royale du Canada d’avoir « par tromperie, mensonge ou autres moyens frauduleux floué le Sénat du Canada » ; que l’ancien bras droit du premier ministre, Dean Del Maestro, est poursuivi par le commissaire aux élections fédérales pour dépenses électorales inappropriées ; que la liste des ennuis du sénateur Patrick Brazeau avec la justice s’est allongée ; etc.

 

Tout ça alors que dans le dernier discours du Trône les conservateurs promettaient de « faire preuve d’un leadership responsable fondé sur des principes » et d’offrir un « gouvernement propre et honnête », rappelle Tim Harper. Selon lui, les deux prochaines semaines seront cruciales pour Stephen Harper, qui devra aussi convaincre ses militants réunis en congrès à Calgary qu’il « n’a pas perdu son compas moral ».

 

Desmarais

 

Le décès de Paul Desmarais père a été largement souligné dans le ROC, notamment dans le National Post. C’est d’ailleurs son ami et collègue Conrad Black qui lui a rendu hommage. Black décrit Desmarais comme une « figure remarquable et inspirante de l’histoire canadienne ».

 

Il écrit que Desmarais incarnait déjà à 39 ans (lors de leur première rencontre) ce qu’il serait toujours. « Pour le Québec anglophone, il était le Canadien français idéal, intelligent, bilingue, fructueux, la publicité parfaite de comment le Canada devrait fonctionner. Et pour les Canadiens français, il était un des leurs, quelqu’un de fier de son héritage et qui était en train de réussir dans un milieu dominé par les anglophones. »

 

Son succès ne dépendait que de son « bon jugement et de sa diligence », dit Black en soulignant que Desmarais a « ignoré la persécution fiscale et aussi parfois le climat antagoniste » lié à la question nationale au Québec.

 

Dans le Globe and Mail, on a mis l’accent sur le pouvoir politique de l’homme d’affaires. « Il n’a jamais tenté de se faire élire, n’a jamais accepté un poste au Sénat ou une nomination comme gouverneur général. Mais Paul Desmarais était une force politique unique au pays depuis plus de cinq décennies. »

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