Revue de presse - Une fleur et beaucoup de pots pour le PQ

Personne ne pourra accuser le Globe and Mail de ne pas prendre le projet de Charte des valeurs québécoises au sérieux : le grand quotidien pancanadien a publié une dizaine d’éditoriaux sur le sujet depuis un mois. Et pour la première fois cette semaine, le Parti québécois a récolté des félicitations.

 

Des félicitations, oui, mais pas nécessairement celles que Pauline Marois pouvait espérer. Vendredi, le Globe envoyait en effet quelques fleurs au PQ… pour la sortie de Jean-François Lisée visant à calmer un peu le débat. Le PQ mérite dans le même sens d’être applaudi pour avoir rapidement dénoncé les incidents racistes évoqués dans divers médias, soutenait l’équipe éditoriale du journal.

 

Voilà pour les fleurs. Tout le reste relève du pot. Les trois éditoriaux publiés cette semaine par le Globe sont aussi cinglants que les précédents. Si le PQ a dû lancer un appel au calme, il ne faut pas oublier qu’il a lui-même mis le feu aux poudres, dit-on. La Charte a fourni une occasion malheureuse d’exprimer des comportements xénophobes et intolérants. « L’environnement fiévreux créé par la Charte a enhardi ceux qui nourrissent des sentiments haineux à l’endroit des immigrants et des minorités », écrit le Globe.

 

Le Québec n’est pas plus raciste ou xénophobe que les autres provinces canadiennes, dit le quotidien. Les crimes haineux y sont même moins nombreux que la moyenne canadienne. Mais il semble y avoir un « trait culturel » particulier au Québec, pense-t-on : la franchise (« candour »), qui ferait qu’« un bon nombre » de Québécois n’ont pas peur d’exprimer des opinions aux relents racistes.

 

Le Globe poursuit en disant que ces opinions sont dénoncées aussi vigoureusement au Québec qu’elles le seraient ailleurs au Canada. Mais il soutient qu’il incombe à ceux qui lancent les débats menant à ces dérives de s’assurer qu’ils n’attisent pas les discours haineux. En ce sens, la tâche du PQ n’est pas terminée.

 

La veille, le Globe qualifiait de honteuses les analogies faites par le gouvernement Marois entre la Charte des valeurs et celle de la langue française. Le petit quiz comparatif concocté par le PQ ne vise qu’à « démontrer que la réception négative faite à la Charte est la preuve de ses vertus et que l’histoire montrera que ceux qui s’y opposent aujourd’hui auront tort demain ».

 

« C’est ridicule », écrit le Globe. La loi 101 répondait à « un problème spécifique et documenté », soit le déclin de la langue française et la prédominance de l’anglais dans le monde des affaires. Et cette Charte s’appliquait à tout le monde, rappelle-t-on.

 

La Charte des valeurs, elle, est totalement injustifiée, répète le Globe. Il soutient que personne dans le gouvernement n’a démontré l’existence d’un réel problème impliquant des fonctionnaires qui portent des signes religieux ostentatoires. « La nouvelle Charte ne corrige rien, et cible injustement une faible minorité de gens de différentes religions sans déranger le moindrement la vaste majorité non religieuse des Québécois. »

 

La seule chose que les deux projets ont en commun est donc le mot « charte »… et la « grande capacité du PQ à fomenter des tensions culturelles », écrit le Globe and Mail.

 

Plus tôt, mardi, le journal se réjouissait de voir que des gens comme Maria Mourani ou Gabriel Nadeau-Dubois s’opposaient à la Charte. Il y a donc des « raisons d’espérer » que le gouvernement Marois aura de la difficulté à faire adopter son projet, dit-on.

 

Se brûler

 

Au Toronto Star, l’équipe éditoriale estime que le « PQ mérite la réaction brutale » (backlash) réservée à son projet. « Si vous jouez avec le feu, vous risquez de vous brûler », rappelle le Star. Le quotidien observe que les critiques se font de plus en plus nombreuses pour dénoncer le projet de Charte : les maires de la région de Montréal, les deux principaux élus québécois fédéraux (Thomas Mulcair et Justin Trudeau), des souverainistes, le premier ministre Harper, Philippe Couillard, Gérard Bouchard, Charles Taylor, et une bonne moitié de la population - ce qui est « tout à l’honneur des Québécois », écrit-on.

 

Pauline Marois espérait sans doute stimuler la base péquiste et attirer de nouveaux électeurs francophones avec ce projet, pense le Star. « Mais elle est en train de faire fuir les nationalistes qui ont des principes. »

 

Dans le Calgary Sun, Warren Kinsella consacre pour sa part une chronique pour saluer la réaction de MM. Harper, Trudeau et Mulcair au projet de Charte. « Ils auraient pu demeurer discrets. Maintenir ce que Brian Mulroney appelait avec humour un “silence courageux”. Mais ils ne l’ont pas fait. » Kinsella écrit que « la bataille pour un Canada divers et uni ne sera jamais tout à fait terminée. Mais c’est encourageant de voir nos leaders (et nos citoyens) répondre d’une seule voix au racisme et à la bigoterie ».

 

Mulcair et Layton

 

La publication d’un livre sur les dix ans de Jack Layton à la tête du NPD (écrit par un de ses proches conseillers, Brad Lavigne) fait dire au chroniqueur Tim Harper (Toronto Star) que « le fantôme de Jack Layton va planer au-dessus de l’épaule de Thomas Mulcair » au cours des prochaines semaines.

 

« Nous ne saurons jamais comment Layton aurait réagi face à la menace posée par Justin Trudeau», écrit Harper en rappelant qu’il a fait ses deux meilleures campagnes contre des leaders libéraux relativement fragiles (Stéphane Dion et Michael Ignatieff).

 

Layton a certes été très efficace comme chef d’un troisième parti. Il a fait progresser le NPD à un niveau inespéré. Mais comme dans toute ascension, c’est la dernière étape qui est la plus difficile, souligne Harper.

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