Matières dangereuses - Hausse importante du trafic au Canada

Entre 2007 et 2011, 27 accidents ont été répertoriés lors de transports par train de matières dangereuses.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Entre 2007 et 2011, 27 accidents ont été répertoriés lors de transports par train de matières dangereuses.

Au-delà du pétrole transporté par train, c’est l’ensemble du secteur du transport des matières dangereuses (TMD) qui connaît un essor important au Canada. De 2009 à 2012, le trafic a ainsi augmenté d’entre 10 % et 25 %, selon les moyens de transport. Cela représente des dizaines de millions de tonnes métriques de produits dangereux en plus.

Selon différentes données de Transports Canada obtenues par Le Devoir, les matières dangereuses sont plus présentes partout, autant sur les routes et sur les voies ferrées que sur les voies navigables du pays.

 

Le bond de TMD le plus important est enregistré sans surprise par le transport par train. Quelque 259,4 millions de tonnes métriques de matières dangereuses ont circulé sur les voies ferrées canadiennes en 2012, soit une hausse de 51,7 millions par rapport aux chiffres de 2009, ou 25 % d’augmentation.

 

Mise en lumière par la tragédie de Lac-Mégantic, la hausse du transport de pétrole par train (de 500 wagons en 2009 à quelque 140 000 prévus en 2013) représente le tiers de cette augmentation, indique le ministère.

 

Les chiffres de Transports Canada montrent aussi que 22,2 millions de tonnes métriques de matières dangereuses ont été acheminées par bateau au Canada en 2011, soit 2,6 millions de plus qu’en 2009. La hausse est de 13 %.

 

Le TMD par camion est quant à lui passé de 78,2 millions de kilogrammes en 2009 à 85,8 millions en 2011, c’est-à-dire une augmentation de 8 %. On dénombre annuellement un peu plus de quatre millions de livraisons de matières dangereuses par camion, indiquent des données de Statistique Canada tirées de l’Enquête sur l’origine et la destination des marchandises transportées par camion.

 

Les chiffres du ministère ne tiennent pas compte du pétrole transporté par pipelines - dont la gestion est assurée par l’Office national de l’énergie. Il y a deux ans, le réseau était évalué à 71 000 kilomètres, sans compter les projets en cours d’approbation.

 

Un rapport présenté en décembre 2011 par le commissaire à l’environnement et au développement durable (qui relève du bureau du vérificateur général) calculait que 45 % du TMD se fait par voie terrestre, contre 39 % par voie ferroviaire, 15 % par voie maritime et moins de 1 % par voie aérienne.

 

Des piles à l’uranium

 

Ce qui circule sur les routes, les cours d’eau et les voies ferrées canadiennes est très varié : acide sulfurique, propane, essence, piles au lithium, isotopes médicaux, uranium, mercure présent dans les appareils électroniques, etc. Il y a trois ans, la valeur combinée des expéditions de produits chimiques et pétroliers excédait les 100 milliards de dollars.

 

Transports Canada répertorie neuf classes de produits dangereux, comprenant les explosifs, les gaz, les liquides et solides inflammables, et les matières comburantes, toxiques, corrosives ou radioactives. La réglementation de l’organisme fédéral se fonde sur une liste établie par les Nations unies.

 

Les termes de la loi de 1992 sur le TMD indiquent que les marchandises dangereuses doivent être classifiées convenablement et « transportées dans un contenant approprié ». Transports Canada est chargé du respect des règles en vigueur.

 

Gestion critiquée

 

Si Transports Canada souligne que, « chaque année, plus de 30 millions d’expéditions de marchandises dangereuses ont lieu au Canada, et [que] 99,999 % d’entre elles se rendent à destination sans incident », des centaines d’incidents sont néanmoins recensés.

 

Le rapport du commissaire à l’environnement montrait qu’entre 2007 et 2011, on avait dénombré 416 accidents par transport routier, 27 par transport ferroviaire, 13 par transport aérien et aucun sur la voie maritime. Un millier d’accidents étaient aussi survenus sur les lieux de manutention, avant ou après le transport.

 

Dans son rapport, le commissaire critiquait la gestion du TMD par Transports Canada, soulignant notamment que « bon nombre de produits comptant parmi les plus dangereux circulent depuis des années sans que le ministère ait effectué une vérification approfondie des plans d’intervention immédiate en cas d’urgence ». Il mentionnait aussi que Transports Canada n’avait pas d’« approche cohérente » en matière de vérification de conformité.

 

Ces matières dangereuses circulent un peu partout, autant en zones rurales qu’en zones urbaines. Le plus souvent, cela se fait en catimini. « La loi n’oblige pas les compagnies à divulguer des renseignements aux collectivités », dit le ministère dans une réponse courriel.

 

Une étude à Ottawa?

 

Pour le critique néodémocrate en matière de transport, Robert Aubin, l’augmentation du trafic de matières dangereuses amène un « grand sentiment d’inquiétude qui a atteint un paroxysme avec Lac-Mégantic ». M. Aubin plaide pour que le Comité permanent des transports fasse une étude sérieuse de toute la question cet automne.

 

« Des municipalités sont inquiètes, elles ne savent pas ce qui se passe sur les routes et les voies ferrées, dit-il. Je comprends que ça peut prendre un certain pourcentage de confidentialité, mais si on avait au moins l’assurance que les collectivités ont les ressources pour réagir en cas de problème… »

 

M. Aubin ne « pense pas que les gens sont alarmistes en posant des questions » comme l’ont fait récemment les maires d’une quarantaine de municipalités opposés au transport d’uranium hautement enrichi sous forme liquide. « Il y a eu suffisamment d’incidents pour que les gens soient inquiets, et tant que nous n’aurons pas de réponses précises à nos questions, ça va continuer, estime le député. L’idée n’est pas d’arrêter le transport des matières dangereuses, mais de donner l’assurance que les gens vivent en sécurité dans leurs communautés. »

23 commentaires
  • Josette Allard - Inscrite 16 août 2013 03 h 57

    Harper irresponsable

    Le gouvernement fédéral ayant la responsabilité en matière de règlementation du transport par voie ferrée démontre ainsi son mépris quant à la question de la sécurité des citoyens canadiens , si l'on doit croire le rapport du vérificateur à l'environnement. Il revient donc aux citoyens de poser la responsabilité du premier ministre lui -même puisque ce dernier est le chef de l'état.

    • Michel Richard - Inscrit 16 août 2013 10 h 02

      1) le gouvernment fédéral est responsable de la réglementation des voies ferrées inter-provinciales. Les chemins de fer qui sont entièrement au Québec, sont sous la juridiction de Québec. Les deux gouvernements réglementent essentiellement de la même façon, fait qu'un gouvernement n'est pas plus responsable ou irresponsable que l'autre.
      2) je ne sais pas où vous voyez du mépris. Un avion s'écrase, pensez-vous que le gouvernement est méprisant ? Un autobus quitte la route en bas d'une longue pente, quelques années après qu'un autre autobus ait quitté la route exactement au même endroit, Québec est-il méprisant ?
      3) C'est terrible ce qui s'est passé à Lac-Mégantic, mais arrêtez d'en faire une question nationale !

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 16 août 2013 13 h 16

      Monsieur Richard,

      Harper et son gouvernement sont directement responsables de ce qui est arrivé à lac Mégantic. À cause de ses politiques pro-pétrole anti-citoyens. Ce n'est pas du mépris mais le sens commun qui le dit. Il est coupable au premier degré.

    • Michel Richard - Inscrit 16 août 2013 17 h 04

      M Francoeur,

      Voyons donc. Directement responsable ? Est-ce que c'était un employé du gouvernement qui a stationné le train ? Est-ce que c'est M Harper qui a décidé de transporter du pétrole sur ces voies ? Est-ce que c'est le ministre du transport qui a mis les mains sur les locomotives et les wagons pour en faire l'entretien ?

      Ce qui m'horipille c'est qu'on a jamais (à ma connaissance) dit que le gouvernement de Québec était responsable des accidents d'autobus qui se sont produits à Saint-Joseph de la Rive, deux fois, exactement au même endroit, à quelques années d'intervale.

      Mais là, parce que c'est fédéral on crie à la responsbilité "directe" !

      Voyons donc, c'est impensable de dire que le Premier Ministre est directment responsable. Il n'était pas là !

      Les coupables au premier degré sont ceux qui avaient ce train entre les mains, le conducteur (peut-être), son employeur (presque certainement), le service d'entretien (peut-être) etc . . .

      Le rapport du bureau de la sécurité des transports nous parlera des événements tragiques de ce soir là, nous parlera des faits, comment pouvez-vous attribuer une responsabilité alors que vous ne savez même pas ce qui s'est passé.

      Vous le faites parce que ça fait votre affaire de viser cette cible.

      Je crois que le sens commun dit le contraire de ce que vous croyez.

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 17 août 2013 00 h 08

      Monsieur Richard,

      L'auteur d'un crime n'a pas à tenir l'arme. Selon sa condition et sa puissance, plusieurs lui rendront ce service. Lisez Shakespeare. Monsieur Harper est directement responsable parce qu'il a permis et planifié cette situation.

      Quant aux accidents d'autobus, ils demeurent des accidents.

    • Jacques Moreau - Inscrit 17 août 2013 12 h 53

      Est-ce que Stephen Harper est la personne qui a composé les règles et lois des chemins de fer? J'en doute, il n'était pas encore née quand les chemins de fer ont été mis en place. Il n'a aucune expérience comme cheminot ou conducteur de train, à ce que je sache. Harper doit donc, passer les lois qui lui sont suggérés, par des groupes qui lui font des recommandations, eux même prenant en considération, risques et réalités économiques.

  • Mario Leroux - Inscrit 16 août 2013 06 h 32

    Loi sur la Sécurité civile

    Le Québec a adopté cette loi en 2001 et elle n'est toujours pas en vigueur faute de règlements.Un article de la Loi prévoit que les Municipalités informent le Gouvernement des matières dangereuses présentes sur leur territoire.Il ne s'agit pas du transport de ces matières mais plutôt de leur entreposage;mais puisque ces matières sont entreposées c'est qu'elles ont été transportées!
    Voici les matières présentes en quantité importante au Québec:propane,essence,acide sulfurique,dioxyde de soufre,nitrate d'ammonium,chlore,ammoniaque,benzène,soude caustique et j'en oublie quelques-unes.On attend quoi pour adopter ce règlement?

  • France Marcotte - Abonnée 16 août 2013 06 h 57

    Ne pas trop en savoir

    Si on me disait que, quand j'emprunte en hiver les routes gelées du Québec dans ma petite Yaris, je côtoie camions citerne d'acide sulfurique, propane explosif, etc..., si je le savais, qu'est-ce que je ferais?

    En fait, je ne peux me permettre d'y penser, je dois aller travailler.

    Je fais un acte de foi, je me croise les doigts et je ne m'en plains pas, voilà comment je nous protège moi et les miens.

    Ah j'oubliais, un vieux chapelet rouillé dans le fond de ma sacoche.

    • Christian Fleitz - Inscrit 16 août 2013 10 h 21

      ''La foi du charbonnier'' dans la destinée ? C'est, effectivement une solution pour la réduction du stress à défaut d'être une précaution réelle.

    • France Marcotte - Abonnée 16 août 2013 10 h 28

      Vous êtes certain, M.Fleitz, de ne pas saisir l'ironie de mon commentaire?

    • Patrick Lépine - Inscrit 16 août 2013 10 h 49

      Sous le capot de votre yaris, vous transportez vous-même de l'acide sulfurique, c'est l'électrolyte de votre batterie, en plus des litres d'essence nécessaire à l'alimentation de votre moteur à "explosion interne".

      Différents types de dénomination sont apparus au fil des ans, notamment moteur à "combustion interne" ou "thermique", on a ainsi déterminé que comme la réaction n'était pas supersonique, il s'agissait d'une «combustion» contrôlée par l'allumage des bougies, bien que les moteurs diesels eux peuvent bénéficier d'un effet de "déflagration", alors que pourtant c'est la combustion la plus naturelle, puisque le mélange s'enflamme sous l'effet de la pression et de la chaleur dégagée, il s'auto-allume au point le plus élevé de la course du piston.

      Ce sont ces particularités qui font que l'armée l'a adoptée dans plusieurs applications. Le fait que le moteur ne nécessite pas d'électricité pour tourner et s'alimenter le rendait propre à une utilisation en cas d'exposition aux radiations et autres environnements perturbateurs pour l'électronique. Mais aujourd'hui sur les routes, les moteurs diesels sont truffés pour beaucoup d'électronique, et le moindre fil corrodé peut leur causé une panne sérieuse.

    • Christian Fleitz - Inscrit 16 août 2013 11 h 47

      Regrets, vous cotoyant sur ces rubriques, j'aurai du saisir l'ironie...
      Quelle pénitence ??

    • France Marcotte - Abonnée 16 août 2013 12 h 58

      Sous le capot de ma Yaris, il n'y a pas un camion-citerne d'acide sulfurique...

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 17 août 2013 09 h 00

      Mme Marcotte, pour qu'il y ai de l'acide sulfurique dans votre Yaris (si peu qu'il y en aie) ça prend des camions citernes pour l'apporter à la manufacture de Yaris.

      Suggestion : Changez votre Yaris pour un tank si vous voulez protéger votre petite famille sur la route !

      P.S. Ceci est de l'humour !

      Peut-être pas du plus grand, mais j'ai lu pire.

    • Jacques Moreau - Inscrit 17 août 2013 12 h 55

      La meilleure façon d'éviter tout accident sur la voie publique est de ne pas mettre un pied dans la rue. La "vie" est une occupation risquée.

  • Nicole Moreau - Inscrite 16 août 2013 07 h 59

    ce qui me frappe, c'est que

    le commissaire à l'environnement a déjà souligné dans un rapport que Transport Canada n'effectue pas de vérification des plans d'intervention en cas d'urgence et n'a pas d'approche cohérente en matière de vérification de la conformité du transport des matières dangereuses.

    que faut-il en comprendre si ce n'est que le fédéral croit qu'il n'a pas de responsabilité en cas d'accident, comme l'a dit récemment Denis Lebel, ancien ministre des Transports et maintenant lieutenant du Québec pour le parti conservateur et ce, même si c'est le fédéral qui est supposé encadrer le secteur ferroviaire par exemple.

  • Richard Coulombe - Inscrit 16 août 2013 09 h 09

    Sensasionalisme ....

    Article incomplet. Le volume des TMD (à l'exeption des produits pétroliers) est probablement encore bien inférieur à ce qu'il était en 2008, soit avant la crise économique mondiale. Je dis probablement car l'auteur a choisi (volontairement?) l'année 2009 comme référence, alors que les volumes ont atteint leur point le plus bas, ce qui fait gonfler les pourcentages d'augmentation pour la période et rend le titre de l'article plus sensationnel. Pour exciter les "je m'oppose à tout" ?

    En fait, ces données ne représentent que du rattrapage, ce qui indique une certaine reprise de l'économie. On devrait s'en réjouir, car plus d'emplois et de revenus pour l'État.

    Pour ce qui est des produits pétroliers, il est vrai que les volumes actuels sont faramineux. Ce sera aux autorités de bien contrôler ce secteur d'activité, et aux activistes de cesser de s'opposer aux pipelines.

    Une question: si on développe l'exploitation des réserves pétrolières au Québec, on le transportera comment le pétrole ?

    • Patrick Lépine - Inscrit 16 août 2013 10 h 53

      Une question; si on utilisait l'électricité et le développement d'énergies propres tels le moteur-roue pour propulser nos véhicules? Où iraient donc vos profits?

      Monsieur Coulombe, vous sortez tout droit d'une autre époque, celle des belles histoires des pays d'en haut, et malheureusement, je dois bien vous le dire, vous n'y tenez pas le rôle le plus enviable...

    • Jacques Moreau - Inscrit 16 août 2013 14 h 10

      Comme de nombreuse matières dangereuses sont utilisées pour manufacturer d'autre produit, pour rafiner le minerais des mines, etc... il vas de soit que pour réduire leur transport; il sera désirable de faire manufacturer à l'extérieur du Canada. Malheureusement la relocalisation des dépôts de minerais n'est pas facile.

    • Michel Richard - Inscrit 16 août 2013 14 h 34

      Le moteur-roue, c'est une farce. C'est facile d'avoir des solutions idéales . . . . dans nos rêves

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 17 août 2013 09 h 07

      M. Coulombe. «plus d'emplois et de revenus pour l'État.»

      Nous travaillons tous pour notre perte, mais nous travaillons !