Harper cherche un «nouveau souffle» au Québec

André Bachand
Photo: La Presse canadienne (photo) André Bachand

À deux ans des prochaines élections fédérales et alors que le Parti conservateur fait du surplace en étant bon dernier dans les intentions de vote au Québec, Stephen Harper remanie son équipe de conseillers pour la province. Des changements qui se feront aussi sentir au sein de l’ensemble de son équipe de communication, a appris Le Devoir.

 

Conseiller du premier ministre pour le Québec depuis deux ans, André Bachand quitte ses fonctions. Selon une source, il aurait été renvoyé.

 

Ce changement survient moins de deux semaines après que le premier ministre Harper a aussi changé son homme de confiance au Québec au sein de son Conseil des ministres, remplaçant Christian Paradis à titre de lieutenant politique dans la province par Denis Lebel.

 

Un vieux « bleu » du Québec

 

Se disant lui-même conservateur nationaliste, André Bachand avait été recruté par le bureau du premier ministre en octobre 2011, après que les conservateurs eurent décroché leur majorité.

 

Député progressiste-conservateur de 1997 au début des années 2000, il avait claqué la porte du nouveau parti fusionné en décembre 2003, le qualifiant « de la droite, et certains diraient même de l’extrême droite ». Il a ensuite travaillé comme représentant du Québec à Ottawa, puis s’est réconcilié avec le Parti conservateur en se portant candidat - défait - dans Sherbrooke aux élections de 2008. Il a par la suite été nommé par M. Harper comme ambassadeur du Canada à l’UNESCO à Paris, où il travaillait jusqu’à ce qu’il soit rappelé à Ottawa pour conseiller le premier ministre sur les impacts de ses décisions au Québec et pour l’aider à faire passer son message politique dans la province.

 

Contacté à deux reprises par Le Devoir jeudi, M. Bachand a rapidement raccroché la ligne au nez des journalistes. Il n’a pas donné suite aux appels et, par courriel, a dirigé Le Devoir vers le porte-parole du premier ministre Carl Vallée. Celui-ci s’est contenté de dire que le cabinet du premier ministre « ne commente pas les questions qui concernent le personnel ».

 

Dans les coulisses, on rapporte que certains ont toujours jugé que M. Bachand « n’était pas à la hauteur » (« in over his head » en anglais). « Je ne sais pas à quel point il était utile », a commenté une source.

 

Toutefois, une autre source a soutenu que M. Bachand a fait « un super bon travail » et qu’il n’est pas anormal, après deux ans au bureau du premier ministre, de vouloir changer d’air, semblant ainsi contredire la rumeur voulant que M. Bachand ait été remercié. Interrogée sur le fait que ce départ survient peu de temps après que M. Harper a changé de lieutenant politique au Québec, cette source conservatrice reconnaît que « ça arrive dans le cours normal des choses. Il y a des changements qui se font ».

 

La date officielle de son départ n’a pas été précisée. Il devrait être à Québec vendredi midi avec le premier ministre Harper qui procédera à une annonce.

 

Il sera remplacé par Catherine Loubier, qui a travaillé pour l’ex-ministre Lawrence Cannon et Denis Lebel, a rapporté La Presse canadienne.

 

Un nouveau souffle au Québec ?

 

Cette série d’ajustements dans l’entourage du premier ministre semble témoigner d’une certaine nervosité, ou insatisfaction, de la part de M. Harper en ce qui concerne le Québec. Son parti tire toujours de l’arrière dans les intentions de vote des Québécois, ne récoltant que 8 % dans le dernier sondage Léger Marketing-Le Devoir-The Gazette mené en juin.

 

Lorsque le premier ministre a procédé à son remaniement ministériel à la mi-juillet, on expliquait dans son entourage qu’il avait remplacé M. Paradis par M. Lebel parce que le gouvernement « veut faire mieux [et avoir] un nouveau souffle, une nouvelle paire d’yeux » au Québec.

 

Une source a confié que Christian Paradis est « timide » et qu’il était difficile de le motiver à aller parcourir le terrain, notamment à Montréal - tâche principale d’un lieutenant politique responsable de rallier des troupes au parti.

 

Plusieurs pions seraient en outre en mouvement dans l’édifice Langevin, qui abrite les bureaux du premier ministre. Un conservateur a confié au Devoir qu’il y aura bientôt beaucoup de changement de personnel au niveau des communications stratégiques. M. Harper a perdu son chef de cabinet ce printemps, Nigel Wright ayant été forcé de démissionner lorsque les médias ont appris qu’il avait offert 90 000 $ au sénateur Mike Duffy pour qu’il rembourse ses allocations de dépenses injustifiées au Sénat. Ray Novak - collaborateur de longue date du premier ministre et son employé ayant le plus d’ancienneté - a remplacé M. Wright au mois de mai.

 

 

Avec Hélène Buzzetti

À voir en vidéo