Grève des diplomates - Les universités à l’affût pour leurs étudiants étrangers

Pancartes à la main pour exprimer leur mécontentement, plus de 200 agents du service extérieur ont manifesté mardi devant les bureaux du premier ministre Stephen Harper, à Ottawa.
Photo: La Presse canadienne (photo) Sean Kilpatrick Pancartes à la main pour exprimer leur mécontentement, plus de 200 agents du service extérieur ont manifesté mardi devant les bureaux du premier ministre Stephen Harper, à Ottawa.

Ottawa — Alors que les grèves tournantes se poursuivent et que les négociations sont au point mort, les diplomates martèlent que leurs moyens de pression coûteront cher au gouvernement puisque les demandes de visas ne cessent de s’accumuler, retardant ainsi l’arrivée de milliers de touristes, de travailleurs temporaires et d’étudiants étrangers. Mais si l’industrie touristique partage ce constat alarmant, du côté des universités et des agriculteurs on ne tire pas encore la sonnette d’alarme.

 

Le conflit de travail entre Ottawa et les agents du service extérieur est préoccupant, certes, conviennent les universités québécoises. Or, puisque les étudiants ne sont attendus qu’à la rentrée, en septembre, il est encore trop tôt pour savoir s’ils auront bel et bien du mal à arriver à temps pour entamer leurs cours.

 

« Pour le moment on est en attente, on regarde ce qui se passe, et on va s’adapter », a expliqué Mathieu Filion, de l’Université de Montréal, dont la cohorte de 45 000 étudiants en compte 4000 de l’étranger. Même son de cloche à McGill (8300) ou à Concordia (6300), où on a contacté les élèves pour leur proposer de reporter quelque peu la rentrée, afin de les accommoder.

 

« Ça peut ressembler à la situation de la grève étudiante, illustre Bernard Garnier, vice-recteur à l’Université Laval (2000 étudiants étrangers). On fait du sur-mesure, programme par programme. »

 

Délai en vue

 

En grève depuis deux mois et demi, les diplomates ont haussé le ton lundi, en interrompant leurs services dans les quinze centres d’immigration les plus importants à l’étranger - une poignée d’employés sont toujours au travail dans les bureaux visés. Les grèves ont déjà des impacts. Le ministère de l’Immigration a averti des universités - dont Sherbrooke - que les demandes de visa en provenance de la Chine et du Royaume-Uni, notamment, ne seront pas traitées dans les délais habituels.

 

L’Association des universités et collèges du Canada s’inquiète de perdre ces 100 000 étudiants étrangers, non seulement pour l’année mais pour toute la durée de leurs études s’ils choisissent par souci de simplicité d’aller étudier ailleurs. « S’il y a des délais, on peut perdre ces étudiants-là à d’autres marchés », a noté Nina Di Stefano, en citant une étude commandée par les Affaires étrangères qui évalue que les élèves étrangers engendrent des retombées économiques de 8 milliards par année.

 

Les diplomates comptent sur ces retards pour forcer la main du fédéral dans le conflit de travail. « Même si ces effets ne se sont pas encore manifestés, ça ne veut pas dire que le gouvernement ne devrait pas agir de façon responsable en acceptant notre offre d’aller en arbitrage », a affirmé le président du syndicat, Tim Edwards, en réponse aux réactions récoltées dans le monde universitaire par Le Devoir.

 

Secteur agricole

 

Les négociations ont achoppé avant même que débute la médiation, la semaine dernière, lorsque le syndicat a rejeté certaines des conditions qu’avait voulu imposer le fédéral. Le bureau du président du Conseil du trésor, Tony Clement, a rétorqué qu’il envisagerait « toutes les options pour trouver une solution », réitérant que les diplomates « demandent une augmentation de salaire considérable qui n’est ni juste ni raisonnable pour les contribuables ».

 

Du côté du secteur agricole, on ne s’inquiète pas non plus outre mesure pour l’instant. La plupart des travailleurs étrangers sont arrivés au début de la saison, à la fin du printemps, avant que ne débutent les grèves. Les agriculteurs surveilleront cependant la situation en vue de la récolte des pommes à l’automne, a-t-on indiqué à l’Union des producteurs agricoles.