Conseil de la fédération - Pas d’appétit pour le Sénat

Le premier ministre saskatchewanais Brad Wall, qui demande l’abolition du Sénat, s’est heurté à un mur d’indifférence vendredi. Derrière lui sur la photo, Robert Ghiz, de l’Île-du-Prince-Édouard, a dit souhaiter plutôt une réforme.
Photo: La Presse canadienne (photo) Aaron Lynett Le premier ministre saskatchewanais Brad Wall, qui demande l’abolition du Sénat, s’est heurté à un mur d’indifférence vendredi. Derrière lui sur la photo, Robert Ghiz, de l’Île-du-Prince-Édouard, a dit souhaiter plutôt une réforme.

Niagara-on-the-Lake — Le premier ministre de la Saskatchewan ne s’est pas trouvé beaucoup d’alliés pour lancer une campagne prônant l’abolition du Sénat. Brad Wall a fait son laïus vendredi matin au Conseil de la fédération, mais aucun de ses 12 collègues réunis autour de la table pour leur rencontre annuelle n’a senti le besoin de prolonger la discussion.

 

« M. Wall a fait sa présentation ce matin sur le Sénat, on l’en a remercié et il n’y a pas eu plus de discussion », a relaté la première ministre de l’Ontario et présidente du Conseil de la fédération, Kathleen Wynne.

 

M. Wall a récemment indiqué qu’il avait changé d’idée sur la question du Sénat. Après avoir longtemps appuyé les velléités réformatrices du gouvernement conservateur, instaurant dans sa province de manière proactive des élections sénatoriales, il en est arrivé à la conclusion qu’une réforme n’était pas possible. Seule l’abolition est la voie à suivre, selon lui.

 

« Je ne suis pas naïf. Je comprends qu’abolir le Sénat est très difficile, mais je prétends que c’est légèrement moins difficile que de le réformer », a-t-il déclaré en entrevue avec le réseau Postmedia plus tôt cette semaine. « Nous avons cette institution anachronique, qui n’a aucun compte à rendre à personne et qui, nonobstant les scandales, n’a pas de sens dans une démocratie en 2013. » Il entend déposer devant sa législature cet automne un document demandant son abolition.

 

Pas une priorité

 

Vendredi matin, au Conseil de la fédération, il ne s’est pas montré dépité par le manque d’enthousiasme de ses collègues. Seule la Nouvelle-Écosse, dirigée par le néodémocrate Darrell Dexter, l’appuie. « Nous nous entendons tous pour dire que ce n’est pas une priorité, ni pour la Saskatchewan ni pour les autres provinces », a indiqué M. Wall. Mais il persiste. « Si une réforme significative n’est pas possible, alors il n’y a que deux solutions : le statu quo ou l’abolition, et je ne pense pas que 100 millions de dollars [coût de fonctionnement annuel du Sénat] pour le statu quo est le meilleur investissement qui soit. Je préférerais utiliser 100 millions de dollars pour la réforme du système de la santé. »

 

Mme Wynne a insisté : « Je vais attendre le fédéral dans ce dossier. » Elle a indiqué elle aussi que cet enjeu n’était pas prioritaire pour sa province malgré les scandales qui s’accumulent (voir autre texte). « Il y a peut-être de la consternation devant le comportement de certains individus, mais c’est très différent que de discuter d’une institution et d’un débat constitutionnel sur la forme de la confédération. »

 

Le premier ministre de l’Île-du-Prince-Édouard, Robert Ghiz, a pour sa part réaffirmé qu’une réforme est selon lui encore possible. « Je suis encore prêt à essayer d’obtenir un Sénat triple E [élu, égal, efficace]. Mais je ne crois pas que c’est une priorité pour nous. » Il n’a pas pu s’empêcher de lancer une flèche à l’endroit du sénateur Mike Duffy, qui est dans l’embarras pour avoir déclaré son chalet de l’Île comme sa résidence principale afin de toucher des allocations de subsistance alors qu’il habite Ottawa depuis des décennies. « Je croyais que c’était un sénateur ontarien ! », a-t-il lancé, sourire en coin.

 

Lors de la conférence de presse de clôture, la première ministre de la Colombie-Britannique a refusé d’aborder le sujet. « Je ne réponds à aucune question sur le Sénat aujourd’hui », a lancé Christy Clark avec le bagou qu’on lui connaît. Bien qu’elle dise éprouver « beaucoup de sympathie » pour son collègue Wall, elle estime que cette conversation constitue « une distraction majeure ». Sa collègue albertaine, Alison Redford, maintient son appui pour des élections sénatoriales, mais dit ne pas vouloir « passer beaucoup de temps là-dessus ».

 

Dans les coulisses, le Québec explique de son côté qu’il n’a pas, lui non plus, d’appétit pour ce débat, répétant qu’à son avis, toutes les institutions fédérales devraient être abolies ! Néanmoins, on se demande si l’initiative de Brad Wall n’aura pas une conséquence inattendue. Depuis le jugement de la Cour suprême sur la clarté référendaire et la loi fédérale qui s’est ensuivie, on estime que le gouvernement fédéral, tout comme les autres provinces, a une obligation de négocier lorsqu’un des partenaires exige une modification constitutionnelle. On suppute donc que, si M. Wall demandait une telle modification pour abolir le Sénat, il pourrait forcer les autres provinces et Ottawa à se prononcer aussi.

 

Rappelons que le chef du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair, a aussi lancé une campagne pour l’abolition du Sénat, « Remballons le tapis rouge ». Celle-ci n’a pas pour l’instant recueilli beaucoup d’appuis, mais M. Mulcair a promis de soulever le sujet chaque fois qu’il est en déplacement.

5 commentaires
  • Claude Lafontaine - Abonné 27 juillet 2013 10 h 16

    Manque total de leadership

    Ce n'est pas notre priorité, attendons que le fédéral prenne l'initiative, en somme le fruit n'est pas mûr selon le Conseil de la fédération !

    En même temps, on sent bien peu de support au maintien du Sénat. M.Wall celui qui a osé soumettre cette question et qui semble avoir sérieusement réfléchi aux options qui se présentent en est venu à la conclusion que l'abolition pure et simple du Sénat était l'option la plus logique et la plus simple à réaliser (e NPD et le BQ sont du même avis); il ne manque que la volonté politique et de toute évidence le Conseil de la fédération ne l'a pas, même le gouvernement Harper qui prêchait l'abolition du Sénat il y a quelques années semble avoir mis l'idée de coté.

    Nous sommes toujours en démocratie, quel résultat pourrions nous bien obtenir d'un référendum canadien sur le maintien ou non du Sénat ? D'abord il faudrait relever un défi, soit d'expliquer à la population la raison d'être du Sénat, sa mission et ce qu'il apporte, ce serait aussi difficile à faire que d'expliquer la "Sainte trinité" ! Ensuite en espérant que la majorité a bien compris poser la question : On maintien tel quel, on réforme, ou on abolit ? Si un tel référendum était vraiment dans l'air et si j'étais un sénateur, je me chercherais vite un autre passe-temps.

    C'est le manque flagrant de leadership de nos élus qui me frappe le plus dans ce cas-ci, les premiers (ières) ministres, ont fait le choix de ne mettre aucune pression sur le gouvernement Harper pour remettre la question du Sénat à l'ordre du jour même en sachant qu'il serait probablement enclin à le faire s'il avait l'appui du Conseil de la fédération. Tout ce beau monde a d'autres préoccupations, on ne veut pas ici refléter vers le haut ce que la base pense qui serait le mieux pour elle, on laissera l'initiative au monarque. On sent bien aussi l'anxiété à chaque fois qu'il est question d'ouvrir la constitution.

    Moins de leadership et plus de lourdeur administrative que ça.. tu meurs !

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 28 juillet 2013 05 h 36

      «Moins de leadership et plus de lourdeur administrative que ça.. tu meurs !»

      Ouais, le sénat comme propos a son importance. Sauf que... Ce n'était pas le sujet de la rencontre.

      Je félicite les participants de ne pas être tombé dans la trappe.

      Si j'étais méchant, je penserais que le sujet du sénat fut télégraphié par le fédéral pour semer la zizanie. Il vient d'où Brad Wall ? De Saskatchewan ? Hum !!!

      Je suis beaucoup trop soupçonneux, bien sûr !

    • Claude Lafontaine - Abonné 28 juillet 2013 13 h 59

      @ pierre lefebvre
      Vous dites : " Ouais, le sénat comme propos a son importance. Sauf que... Ce n'était pas le sujet de la rencontre."
      Mais quels étaient donc les sujets de cette rencontre, vous les connaissez ? Je croyais plutôt que ces rencontres des premiers (ières) ministres avait pour but d'échanger sur tout sujet qui les préoccupent et qu'ils pourraient avoir de commun,la question du Sénat pouvait certainement en être une et quant à moi ce M. Wall peu importe de quelle province il est pouvait très bien suggérer de mettre ce point là à l'ordre du jour, ce qui a été fait, mais il n'y a pas eu de consensus pour aller plus loin.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 29 juillet 2013 06 h 25

      Le sujet de la rencontre était «la subvention canadienne à l'emploi» M.Lafontaine et je continue à croire que le «sénat» aurait noyé le poisson.

      C'est la plus vieille tactique du monde dans une réunion pour défaire les consensus que de présenter un sujet sur lequel nous savons d'avance que les participants ne sont pas d'accord.

      Il faut se poser la question : À qui profite le projet de subvention ?...
      Certaines provinces de l'ouest manquent de main-d'œuvre, celles de l'est ont beaucoup de main d'œuvre saisonnière, donc du monde à rien faire une partie de l'année. Vase communiquant ? Voilà pour ma question «d'où vient M.Wall.»

      Tant qu'au consensus, nous lisons ce matins autant d'articles sur le fait que celui-ci est maintenu que sur le sujet que les participants n'ont pas voulu parler. Nous avons donc un score de 1 à 1. Je déduirais que le «putsch» à réussi à 50%.

      Ma dernière question est celle-ci : Qui va pousser sur quels articles pour amasser le plus de points possible ?

      À réfléchir.

      Merci de votre attention.

  • Michel Bernier - Inscrit 28 juillet 2013 07 h 44

    Sénat

    Plusieurs d'entre eux ont sans doute l'espoir caché de s'y retrouver un jour....Quelle belle retraite dorée!