Transport ferroviaire - Ottawa connaissait les limites des freins

Il est déjà clair que le freinage du train ayant déraillé n’était pas suffisant.
Photo: - Le Devoir Il est déjà clair que le freinage du train ayant déraillé n’était pas suffisant.

Les limites des systèmes de freinage des trains sont connues depuis plus de 15 ans dans l’industrie ferroviaire canadienne. Or, à défaut d’une réglementation sévère d’Ottawa, les mesures de précaution étaient jusqu’à présent laissées au bon vouloir des entreprises et de leurs mécaniciens.

L’enquête du Bureau de la sécurité des transports (BST) progresse à Lac-Mégantic, et bien qu’il reste encore beaucoup à faire, il est déjà clair que le freinage n’était pas suffisant sur le train qui s’est emballé pour finalement dérailler, exploser et détruire le coeur de la municipalité estrienne. « Le train est parti à la dérive. Donc, il n’était pas immobilisé convenablement », a simplement conclu le gestionnaire des opérations ferroviaires du BST au Québec, Ed Belkaloul, en faisant le point sur l’enquête de son organisme, vendredi après-midi. Les enquêteurs du BST ne savent toutefois pas encore si le freinage n’a pas tenu parce que le mécanicien n’avait pas appliqué un nombre suffisant de freins ou si ces freins étaient défaillants. M. Belkaloul a aussi refusé de dire combien de freins auraient été nécessaires pour que ce soit sécuritaire.

 

Vendredi, le BST a pourtant officiellement demandé à Transports Canada (TC) de resserrer sa réglementation sur les freins, comme il l’avait déjà fait précédemment. « En 1996-1997, on avait donné une recommandation », a expliqué vendredi Ed Belkaloul. L’organisme était intervenu à la suite d’un accident de train au nord de Sept-Îles. Dans son enquête, il avait relevé que la force de freinage appliquée sur les trains était trop laissée à l’arbitraire.

 

« C’est des éléments mécaniques qui sont ajustables à la main, donc ça dépend de la force physique de l’individu […], de l’état de la mécanique, des différentes pièces, etc. Donc, vous avez une énorme variabilité. »

 

L’industrie et le ministère fédéral des Transports avaient été alertés, mais selon le BST, les règles sont restées trop vagues. Par exemple, le Règlement d’exploitation ferroviaire du Canada stipule simplement qu’il faut qu’il y ait « un nombre suffisant » de freins, déplore-t-il.

 

L’organisme croit aussi que les exigences doivent être précisées en fonction de l’endroit. Ainsi, les précautions à prendre ne sont pas les mêmes dans les Prairies et à Lac-Mégantic, où le train circulait sur une pente.

 

Lorsqu’on lui a demandé si TC avait manqué de sévérité dans ses règlements, le coordonnateur du BST a attendu avant de répondre « qu’il faudrait demander à Transports Canada pour cet aspect-là ». Il a ensuite souligné que son organisation n’avait pas de « pouvoir exécutif » et reconnu que rien n’obligeait TC à appliquer ses recommandations. En plus des freins, le Bureau recommande au gouvernement de s’assurer que les trains contenant des matières dangereuses ne soient pas laissés sans surveillance.

 

Par ailleurs, les enquêteurs poursuivent leur analyse de l’état de la voie ferrée et continuent leurs entrevues avec les employés de la compagnie Montreal, Maine and Atlantic Railway, les dirigeants de celle-ci, les pompiers et tout autre témoin pertinent. L’analyse des données de la boîte noire du train se poursuit, de même qu’une inspection minutieuse des wagons-citernes et de leur contenu. Les enquêteurs se penchent également sur l’impact que pourrait avoir eu le fait de n’avoir qu’un seul mécanicien pour s’occuper du convoi.

 

Un total de 47 décès

 

De son côté, la Sûreté du Québec a finalement chiffré le nombre de victimes de la catastrophe, qui s’élève à 47. Auparavant, on parlait d’une « cinquantaine » de personnes. Pour la première fois depuis le drame, le personnel de la SQ sera au repos ce samedi, le temps qu’arrivent des grues pour déplacer les wagons.

 

L’inspecteur Michel Forget a expliqué vendredi que son équipe avait bouclé la première phase de l’enquête, et que l’arrivée de ce matériel était nécessaire à la seconde phase et à une analyse plus fine des lieux. Son personnel de terrain, qui compte une trentaine de personnes, sera de retour dimanche.

 

Les équipes du Service des incendies et les techniciens qui pompent le pétrole vont quant à eux rester sur place toute la fin de semaine.

 

M. Forget a par ailleurs réagi avec fermeté à une nouvelle qui rapportait que des employés de la MMA s’étaient fait dire de ne pas parler aux enquêteurs. « La SQ va poser des questions à tout le monde si elle veut poser des questions, a-t-il dit. J’invite ces gens à nous contacter. »

 

Aucun nouveau corps n’a été trouvé sur le site vendredi, mais le Bureau du coroner en a identifié trois parmi ceux qui avaient déjà été découverts. Leur identité sera dévoilée sur son site Web dimanche.

 

De l’aide pour les travailleurs

 

Les commerçants et travailleurs ont quant à eux reçu de bonnes nouvelles au cours de la journée. Le gouvernement du Québec a annoncé qu’il verserait 5000 $ à tous ceux qui ont perdu leur gagne-pain dans la catastrophe afin de leur donner les moyens de réorganiser leur vie.

 

Environ 100 personnes sont touchées par cette mesure, qui fait partie des 60 millions de dollars déjà promis par la première ministre Pauline Marois. Les chèques devraient être distribués dès mercredi prochain.

 

La ministre déléguée à la Politique industrielle et à la Banque de développement économique Élaine Zakaïb a aussi annoncé que Québec allait financer la création d’un centre-ville temporaire à Lac-Mégantic pour permettre aux entreprises de redémarrer leurs activités plus rapidement. L’emplacement de ce quartier et les délais restent toutefois à déterminer par la municipalité. Une réunion sur le sujet doit avoir lieu lundi.

 

 

Avec La Presse canadienne

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