Le sanctuaire des chats du parlement n’est plus

En 2004, le refuge a stérilisé tous les chats, et la population a décliné petit à petit. En 2012, il ne restait plus que six chats, qui ont été répartis dans des foyers.
Photo: La Presse canadienne (photo) Tom Hanson En 2004, le refuge a stérilisé tous les chats, et la population a décliné petit à petit. En 2012, il ne restait plus que six chats, qui ont été répartis dans des foyers.

Cet hiver, alors que janvier tenaillait rudement la capitale fédérale, quatre habitués de la colline parlementaire ont pu enfin se blottir au chaud. Bugsy, Ti-gris, Coal et Spot avaient trouvé un foyer. Leur départ a marqué la fin d’une institution à Ottawa : le sanctuaire des chats du parlement.

Les chats du parlement d’Ottawa ont fait le tour du monde. Au moins trois séries télévisées ont parlé du phénomène (Working Animals, Animal Magnetism et Life’s Animal Miracles), et certaines ont été diffusées aussi loin qu’au Japon, en Suède et en Nouvelle-Zélande. Le sanctuaire avait sa place dans les guides touristiques. Tout visiteur le moindrement averti terminait sa tournée de la colline parlementaire par cet endroit blotti sous les arbres, derrière la clôture de fer forgé marquant la fin de la colline et le début de la falaise qu’elle surplombe.

 

L’assemblage de cabanes de bois a abrité jusqu’à 28 chats, mais il était aussi visité par des marmottes, des écureuils, des tamias rayés et des oiseaux alléchés par la nourriture qui y était servie chaque jour. La fin du sanctuaire a toujours fait partie des scénarios envisagés par son dernier responsable, Brian Caines.

 

Population déclinante

 

« En 2004, tous les chats déjà là ont été stérilisés, explique-t-il, et les chats qui s’ajoutaient parce qu’ils étaient abandonnés par leurs propriétaires étaient capturés et confiés à la Humane Society. Alors, la population est devenue stable. […] Dès lors, j’ai su que cela se terminerait un jour. Mais ça a pris fin plus vite que je ne l’avais envisagé ! » Le temps, le froid, les prédateurs (renards, coyotes et martres) ont en effet fait leur oeuvre, réclamant une à une les vies félines.

 

Jusqu’au point où, en 2012, il ne restait plus que six chats. À sa dernière visite, le vétérinaire a tranché que Fluffy et Bébé étaient trop vieux et ne supporteraient pas un hiver supplémentaire. Ils ont été adoptés. « Alors, il n’en restait plus que quatre. Bien franchement, il existe beaucoup de maisons où il y a quatre chats. Ça n’avait plus de sens de continuer », explique M. Caines.

 

Lui-même en a donc pris deux sous son aile, et deux bénévoles en ont pris chacun un. Trois employés du ministère des Travaux publics ont démoli la structure à la mi-janvier, à la demande des bénévoles. Il ne reste plus de l’institution, qui existait depuis les années 1970, qu’une petite pancarte expliquant sa fermeture.

 

« Nous voulions que ce soit clair qu’il n’y a plus de chats là pour que les gens ne continuent pas à y abandonner leur animal », justifie M. Caines. Il assure qu’à aucun moment il n’a subi de pression du ministère ou du Parlement pour fermer le sanctuaire, qui a déjà été visité par le couple Stephen et Laureen Harper, amoureux réputés des chats.

 

Brian Caines reconnaît qu’il est légèrement triste de la fin de l’aventure. « J’admets que cela requiert un peu d’ajustement, confie-t-il. Je suis content que les chats n’aient pas à subir un autre de ces durs hivers d’Ottawa. Mais j’ai dû adapter ma routine. Je suis retraité et j’allais nourrir les animaux chaque matin. »

 

On ignore d’où exactement provenaient les premiers habitués du sanctuaire. Certaines versions font remonter leurs origines au colonel John By, qui les aurait amenés avec lui en 1826 lors de la construction du canal portant son nom. Tous s’entendent par contre pour dire que le parlement disposait jusqu’en 1955 de sa cohorte de chats errants pour chasser la vermine. Les animaux ont par la suite été nourris ici et là par quelques âmes charitables.

 

C’est dans les années 1970 qu’Irène Desormeaux a commencé à s’en occuper de manière plus systématique. Lorsqu’elle est tombée malade, René Chartrand, qui habitait le même édifice qu’elle, a pris la relève. En 2008, juste après que Le Devoir eut parlé de ce sanctuaire pour la première fois dans ses pages, M. Chartrand, aujourd’hui âgé de 92 ans, a dû passer le flambeau à Brian Caines.

 

Le sanctuaire fonctionnait grâce à la grande générosité des visiteurs. À un point tel qu’en 2010, la boîte à dons a été retirée, car l’argent récolté surpassait les besoins envisagés pour le futur. Trois ans plus tard, le groupe de bénévoles dispose d’une somme résiduelle dont le sort sera déterminé au cours des prochaines semaines. Beaucoup d’argent ? «Assez pour être plutôt généreux», se borne à dire M. Caines.

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