Le Parlement comme vous ne l’avez jamais vu - Le hasard, gardien de la sécurité?

Ce document de la GRC désigne Arthur Bremer, qui se trouvait sur le passage du président américain Richard Nixon, en visite à Ottawa, le 14 avril 1972.
Photo: Associated Press Ce document de la GRC désigne Arthur Bremer, qui se trouvait sur le passage du président américain Richard Nixon, en visite à Ottawa, le 14 avril 1972.

La Chambre des communes d’Ottawa n’a pas été victime, heureusement, d’une fusillade comme celle du caporal Denis Lortie, qui s’était introduit à l’Assemblée nationale du Québec pour y faire trois morts et treize blessés en 1984. Mais si le Parlement fédéral s’est avéré plus chanceux que son petit frère québécois, c’est surtout par un simple concours de circonstances. Car les tentatives d’attentat n’ont pas manqué. Elles ont simplement toutes échoué.

Si le hasard en avait été autrement, la colline parlementaire aurait pu faire les manchettes de la planète en devenant le lieu de l’assassinat de… Richard Nixon. Ratée, la tentative d’attentat a plutôt inspiré un succès cinématographique américain.

 

En visite officielle dans la capitale fédérale en avril 1972, le président américain était venu prononcer un discours devant les députés et sénateurs canadiens. À sa sortie du Parlement, il y a foule. Un des curieux massés autour de la flamme du centenaire avait une sombre mission en tête : devenir l’une des personnes les plus célèbres de la planète - en assassinant l’un des politiciens les plus célèbres de la planète. Revolver en poche, Arthur Bremer était prêt, en position. L’automobile transportant Richard Nixon approchait. Mais l’escorte policière était fort imposante et, faute d’avoir une bonne ligne de tir, M. Bremer a été forcé de renoncer à sa cible.

 

Richard Nixon s’en est tiré sain et sauf et Ottawa a évité de justesse de devenir la scène d’un drame international. De son côté, Arthur Bremer n’a pas pour autant renoncé à son macabre fantasme. Deux mois plus tard, le candidat aux primaires démocrates américaines George Wallace s’est avéré moins chanceux que le président. Lors d’un rallye, Arthur Bremer s’est approché de lui et l’a frappé de cinq balles à l’abdomen qui le laisseront paralysé.

 

Le legs historique de Bremer ne s’arrête pas là. Ses journaux intimes, découverts à la suite de son arrestation, deviendront célèbres. « Je commence maintenant mon journal intime relatant mon plan personnel de tuer par revolver soit Richard Nixon ou George Wallace », écrivait Bremer au printemps 1972. Ses récits ont inspiré le scénario du film Taxi Driver, de Martin Scorcese, et le personnage incarné par Robert De Niro. L’oeuvre cinématographique a à son tour incité John Hinckley Jr. à tenter d’assassiner le président Ronald Reagan, en 1981…

 

Mauvais calcul

 

Autre coup de chance, notamment pour les politiciens et journalistes qui étaient aux Communes ce jour-là : l’attentat à la bombe raté qui aurait pu ravager la Chambre basse le 18 mai 1966.

 

Paul Joseph Chartier croyait lui aussi avoir bien prévu son coup. Armé d’une bombe artisanale, il allait larguer son engin explosif sur le plancher des Communes, en pleine session parlementaire. Au moment de perpétrer son crime, il se dirige vers une salle de toilettes du Parlement, à quelques mètres de la Chambre, pour y allumer ses dix bâtons de dynamite. Mais Chartier a mal calculé… le temps qu’il faudrait à la mèche de ses explosifs pour se consumer.

 

Plutôt que de tuer des dizaines de députés fédéraux, le premier ministre et les chefs d’opposition, Paul Joseph Chartier s’est fait exploser lui-même. Dès qu’ils ont entendu la déflagration, les journalistes qui étaient dans les tribunes de la Chambre ont accouru. Joyce Fairbairn - devenue plus tard sénatrice libérale - aurait rapporté par la suite que le plancher du troisième étage du Parlement était alors « un peu collant », relate Kevin Bosch.

 

Cet employé libéral de longue date, mordu de politique, a une foule d’histoires méconnues comme celle-ci à raconter lors de ses visites guidées thématiques qu’il a baptisées « Tournée sexe, sang et entrailles ». L’explosion ratée de Chartier serait notamment à l’origine de ce dernier qualificatif…

 

Là encore, si des politiciens comme Lester B. Pearson, John Diefenbaker et Tommy Douglas ont eu la vie sauve - et des carrières bien remplies par la suite -, c’est grâce à une simple erreur de calcul d’un aspirant assassin.

 

Détournement de bus

 

La colline parlementaire a enfin été la scène d’un autre branle-bas, le 7 avril 1989, lorsqu’un homme d’origine libanaise a détourné un autocar pour débarquer dans l’enceinte parlementaire avec 11 otages à son bord.

 

Charles Yacoub voulait braquer les projecteurs sur le conflit qui opposait le Liban et la Syrie. Il a donc pris d’assaut un autobus Greyhound qui venait de quitter Montréal pour New York. À sa sortie de la métropole québécoise, Yacoub a pris peur en apprenant que l’un de ses prisonniers était en fait un policier hors service. Il a sommé l’homme de quitter le véhicule, et ce dernier a immédiatement alerté les autorités. La Sûreté du Québec a été mise sur le coup - mais pas la GRC ni la police provinciale de l’Ontario. C’était donc la surprise lorsque l’autocar a défoncé le portail de l’enceinte parlementaire pour aborder la pelouse de la colline, où il s’est enlisé.

 

Pendant plusieurs heures, Yacoub a tenu les policiers en haleine en affirmant avoir une bombe à bord du véhicule volé. L’histoire ne dit pas s’il avait en effet un engin explosif, mais il était muni d’un fusil, puisqu’il a tiré quelques coups de feu. Tout au long de cette confrontation, députés et employés se sont sauvés par les portes arrière du Parlement, certains rampant au sol pour s’évader sans danger.

 

Des victimes de l’alcool ?

 

Des décès, il y en a néanmoins eu au Parlement. Notamment lors du grand feu de la mi-février 1916, qui a ravagé l’enceinte parlementaire pour n’épargner que la bibliothèque, sauvée par un commis qui a fermé les portes coupe-feu en fer en fuyant les lieux.

 

Sept personnes ont perdu la vie dans le brasier : quatre pompiers, deux femmes âgées qui ont tenté de récupérer leur manteau de fourrure avant de braver le froid de l’hiver, et un député.

 

La Chambre siégeait encore ce jour-là, lorsqu’un cigare resté allumé dans une corbeille à papier s’est vite transformé en brasier. Presque tous les élus ont réussi à quitter les lieux, parfois à quatre pattes pour se protéger de la fumée, comme ce fut le cas du premier ministre Robert Borden.

 

Mais le libéral Bowman Brown Law n’a pas été épargné.

 

Lors d’une de ses visites guidées, Kevin Bosch s’est vu offrir une explication au malheureux sort du député. L’épouse d’un sénateur apparentée à M. Law lui a confié - après avoir d’abord hésité - qu’on racontait dans sa famille que le député s’était assurément endormi sous l’emprise de l’alcool, lui qui aimait tant picoler. À l’époque de l’incendie, il y avait un bar sous la Chambre des communes, ce qui rend ce récit bien possible, convient M. Bosch.

 

La cloche de l’ancienne Tour Victoria est encore aujourd’hui exposée sur la colline parlementaire, à l’ouest de la nouvelle Tour de la Paix qui l’a remplacée. Elle y repose en angle, car c’est ainsi qu’elle serait tombée lorsque la tour s’est écroulée sous la proie des flammes. Mais avant que la tour ne s’effondre, la cloche aurait sonné, pour une dernière fois, les douze coups de minuit, selon ce que veut la légende.

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