Remaniement - Harper bat ses cartes en vue de 2015

Le cabinet de Stephen Harper prend un peu de poids en gagnant deux ministres pour un total de 38.
Photo: La Presse canadienne (photo) Sean Kilpatrick Le cabinet de Stephen Harper prend un peu de poids en gagnant deux ministres pour un total de 38.

Ottawa — Le premier ministre Stephen Harper a modifié comme prévu la composition de son cabinet, injectant une bonne dose de sang neuf mais conservant dans plusieurs postes clés ses hommes de confiance. Son quatuor économique reste le même, à une grosse différence près : Christian Paradis perd l’Industrie, ce qui marque du coup une perte d’influence du député de Mégantic-L’Érable.

Le cabinet de Stephen Harper prend un peu de poids en gagnant deux ministres pour un total de 38. Les femmes y restent très minoritaires, occupant 12 postes contre 10 auparavant. L’injection de jeunesse que promettait l’entourage de M. Harper et qu’il vantait encore lundi ne se matérialise quant à elle pas tout à fait : des neuf promus (si on compte Rob Moore, qui n’était pas au précédent cabinet, mais qui l’a déjà été dans le passé), seuls trois sont dans la trentaine : Michelle Rempel (ministre d’État à la Diversification économique de l’Ouest, 33 ans), Pierre Poilièvre (Réforme démocratique, 34 ans) et M. Moore (Agence de promotion économique de l’Atlantique, 39 ans).

 

Qu’importe, ce message de jeunesse était essentiel à l’exercice de lundi et s’est matérialisé de diverses manières : pour la première fois de l’histoire, le gouvernement a d’abord utilisé le compte Twitter du premier ministre pour divulguer les changements apportés à son cabinet. « J’ai dit à tous mes ministres au début de ce Parlement que je cherchais à apporter un changement de génération pendant ce mandat, et aujourd’hui est une étape importante à cet égard », a expliqué M. Harper en point de presse.

 

Mme Rempel a salué la jeunesse et l’« importante » présence féminine dans ce cabinet. « En tant que jeune femme en politique, je suis très heureuse de voir la représentation féminine au cabinet augmenter. C’est un niveau très élevé de présence féminine », a-t-elle dit en point de presse. Lorsqu’on lui a rappelé qu’il n’y a que 32 % de femmes, elle a changé de discours. « Les femmes du Canada savent désormais que nous sommes ici par mérite, nous travaillons pour obtenir ce que l’on a. »

 

Plusieurs gros canons de l’équipe Harper restent en poste. C’est le cas de Jim Flaherty (Finances), Tony Clement (Conseil du Trésor) et Ed Fast (Commerce international), qui forment l’équipe économique de M. Harper. À la place de M. Paradis à l’Industrie, qui en constituait le quatrième pilier, M. Harper a choisi son ex-ministre du Patrimoine, le jeune et bilingue James Moore.

 

Joe Oliver continuera à défendre les sables bitumineux, et les oléoducs devant être construits pour les transporter, aux Ressources naturelles. John Baird conserve les Affaires étrangères tandis que Gerry Ritz reste à l’Agriculture et Bernard Valcourt, aux Affaires autochtones. Peter MacKay et Rob Nicholson s’échangent les responsabilités : M. MacKay quitte la Défense, qu’il occupait depuis six ans, et hérite de la Justice.

 

M. Harper entend-il parachever ce remaniement avec un changement d’orientation ? Il faudra attendre l’automne et son discours du Trône pour connaître la réponse. Les troupes conservatrices se disent cependant toujours obsédées par la recherche de la stabilité économique.

 

Des ascensions…

 

Les promotions et les rétrogradations sont, comme toujours dans ce genre d’exercice, au rendez-vous. Dans la catégorie des chanceux, on retrouve notamment Steven Blaney, qui passe des Anciens Combattants à la Sécurité publique, poste primordial, s’il en est, dans ce gouvernement au fort penchant sécuritaire. M. Blaney remplace Vic Toews, qui a annoncé sa retraite la semaine dernière.

 

La très discrète Leona Aglukkaq quitte la Santé pour endosser les habits de ministre de l’Environnement. Son ancien titulaire, l’ex-journaliste Peter Kent, quitte le cabinet bien qu’il ait signifié son intention de rester en politique au-delà de 2015. Plus tôt cet été, M. Kent avait causé la surprise en diffusant un communiqué de presse clamant qu’il serait heureux de servir comme simple député d’arrière-ban. Seuls deux autres ministres quittent le cabinet sans retraite à l’horizon : Gordon O’Connor, dont le poste de whip sera occupé par John Duncan, et le ministre d’État (Transports) Steven Fletcher.

 

Quatre nouveaux ministres obtiennent d’emblée un ministère d’importance. Chris Alexander (44 ans), ancien ambassadeur du Canada en Afghanistan, hérite de Citoyenneté et Immigration, ancien fief de Jason Kenney. Le volet multiculturalisme du poste en est détaché et confié à Tim Uppal. L’ex-policière bilingue de Saint-Boniface Shelly Glover atterrit directement au Patrimoine (voir autre texte en page A 3). La marque de confiance peut étonner, elle dont les dépenses électorales se sont retrouvées sous la loupe d’Élections Canada récemment. Kellie Leitch, chirurgienne orthopédique pour enfants, remplace Lisa Raitt au Travail.

 

La nomination qui risque le plus d’étonner est l’attribution de la Réforme démocratique à Pierre Poilièvre, un député acerbe réputé ultra partisan. M. Poilièvre défend systématiquement en Chambre le Parti conservateur quand celui-ci est pris en faute pour ses pratiques électorales douteuses. In and Out, plafond de dépenses défoncé par Peter Penashue, appels frauduleux de Pierre Poutine : chaque fois, M. Poilièvre est monté au front pour dire que tout allait bien. C’est désormais lui qui aura la responsabilité de déposer et de défendre la réforme de la Loi électorale promise justement l’an passé dans la foulée des appels automatisés. Le NPD comme le Parti libéral ont dénoncé cette nomination. « On ne confie pas la bergerie au loup ! », estime le libéral Dominic Leblanc.

 

… et des rétrogradations

 

Du côté des rétrogradés, on retrouve Christian Paradis, qui perd l’Industrie pour atterrir à l’ACDI, une agence désormais placée sous l’égide du ministère des Affaires étrangères. Dans une moindre mesure, Denis Lebel perd le ministère des Transports, qui s’est trouvé au coeur de l’actualité depuis le déraillement de Lac-Mégantic. Il conserve la responsabilité des infrastructures et du pont Champlain et devient lieutenant pour le Québec (voir autre texte en page A 3). C’est Lisa Raitt qui hérite des Transports.

 

Rona Ambrose quitte les Travaux publics, où elle avait récupéré l’épineux dossier de l’achat des avions militaires F-35, pour atterrir à la Santé. Ce poste fait peu parler de lui depuis que l’accord avec les provinces sur le financement du système de la santé a été renouvelé. La relève sera assurée par Diane Finley, qui laisse derrière elle la réforme de l’assurance-emploi, qu’elle a dû défendre depuis un an au Développement des ressources humaines. Jason Kenney remplacera Mme Finley.

 

L’ancien chef de police torontois Julian Fantino, qui s’occupait de l’ACDI, passe aux Anciens Combattants. Quant à Gail Shea, elle revient aux Pêches et Océans et cède sa place au Revenu à Kerry-Lynne Findlay.

 

Les partis d’opposition n’ont sans surprise rien trouvé de positif à cette redistribution des cartes. Ils estiment au contraire qu’il consacre le statu quo.

 

Le NPD a rappelé que le ministre des Finances était encore en poste malgré ses déficits, que le leader en Chambre, Peter Van Loan, se maintenait malgré sa partisanerie, ou encore que Gerry Ritz conservait l’Agriculture bien que le plus important rappel de viande contaminée de l’histoire du pays se soit déroulé sous son règne. Ce remaniement, a soutenu la députée Megan Leslie, démontre que chez les conservateurs, « on place la partisanerie au-devant des bonnes politiques publiques ».

 

Le libéral Dominic Leblanc parle pour sa part d’un apport « cosmétique » de la jeunesse, dans la mesure où ils sont nommés à des postes de ministre « junior » (ministre d’État) « sans réel pouvoir ». « Ajouter des visages juniors ne change rien à la réalité que ce sont les mêmes visages fatigués qu’on retrouve dans les postes clés et que c’est Harper qui est le seul à prendre des décisions », dit-il.

 

 

Avec la collaboration de Marie Vastel

15 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 16 juillet 2013 05 h 38

    Lisa Raitt et l'accès au fleuve à Québec

    L'accès au fleuve à Québec sera désormais entre les mains de Lisa Raitt plutôt qu'entre celles de Denis Lebel. On verra, comme dirait l'autre !
    Québec: http://www.gensdebaignade.org/documents/Acces_aux_

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 16 juillet 2013 06 h 57

      Avez-vous remarqué que la ministre aux langues officielles est unilingue ?

      Ça promet !

    • Loraine King - Abonnée 16 juillet 2013 12 h 55

      Madame Glover parle anglais et français et s'identifie en tant que Métis. Le français est de toute évidence une langue seconde pour madame Glover.

      https://www.youtube.com/watch?v=DIC2rY6xtjM

  • Jacques Morissette - Abonné 16 juillet 2013 06 h 00

    Harper bat ses cartes?

    En effet, il bat ses cartes, n'étant plus capable de les paqueter, vu que l'oeil de plus en plus critique de la population le surveille de plus en plus.

  • Marcel Bernier - Inscrit 16 juillet 2013 06 h 01

    Inutile...

    Battre les cartes quand on a que des deux de pique dans notre jeu! Inutile, quand on sait qu'on est le gouvernement le plus rétrograde connu jusqu'à maintenant au Canada. Inutile quand on a un vendeur de pétrole et un « preacher », un vrai, pas comme dans les vues, en guise de premier ministre d'un parlement ontarien qui siège à Ottawa.

  • Claude Smith - Abonné 16 juillet 2013 07 h 18

    Perte d'influence ???

    Avec la perte de Christian Paradis au ministère de l'industrie, il semble que la
    province de Québec ait perdu de l'influence. La question à se poser est la suivante :
    comment peut-on perdre ce qu'on n'a plus depuis belle lurette ?


    Claude Smith

  • Gabriel RACLE - Inscrit 16 juillet 2013 08 h 41

    Politicien

    Une fois de plus, Harper montre qu'il n'est qu'un politicien au petit pied. Ce qui l'intéresse, ce n'est pas le mieux-être de ses concitoyens, le meilleur état du pays, non, c'est sa réélection. J'espère qu'aux prochaines élections on le jugera sur cette politique politicienne.

    • Grace Di Lullo - Inscrit 16 juillet 2013 10 h 18

      Tout est fait pour l'extérieur du Québec, il mise ailleurs sa réélection. À mon avis, il réussira.

      L'Ouest est gagné.
      L'Ontario sera un peu plus difficile,mais il gagnera.Il a déjà des pions sur l'échiquier et il sait bien jouer.
      Les Maritimes, il peut espérer certaines circonscriptions.
      Le Pacifique, il a des zones acquises.

      À moins d'un changement majeur, il gagnera.

    • Richard Coulombe - Inscrit 16 juillet 2013 11 h 46

      Tous les politiciens font la même chose. Regardez ce que le PQ a fait pour assouvir les aspirations de madame: manigances avec les syndicats et les étudiants, le tout arrosé de fausses promesses. Non, on doit être honnête et reconnaître que cela existe partout, et que le Québec ne fait pas exception .....