Harper s'offre un nouveau visage au Québec

Denis Lebel
Photo: La Presse canadienne (photo) Adrian Wyld Denis Lebel
Ottawa — Stephen Harper a changé d’homme de confiance au Québec. Exit Christian Paradis. Au tour de Denis Lebel d’être le bras droit du premier ministre pour la province.

Parmi les quatre ministres québécois de Stephen Harper, le grand perdant est sans aucun doute M. Paradis. Car non seulement il perd ses liens privilégiés avec le premier ministre, mais il quitte en outre l’un des portefeuilles économiques clés, l’Industrie, pour se retrouver au Développement international — une responsabilité qui relève désormais du ministre des Affaires étrangères John Baird — et à la Francophonie.

Paradis perd du galon

Si Stephen Harper a refusé de reconnaître qu’il reléguait M. Paradis vers l’arrière-ban de son cabinet, en coulisse, on concède que le député de Mégantic-L’Érable a perdu du galon. « Le Québec compte pour le premier ministre. On veut faire mieux. On veut un nouveau souffle, une nouvelle paire d’yeux. »

Cette nouvelle lorgnette, c’est le Saguenéen Denis Lebel qui l’offrira. Il convient que la tâche sera ardue, car il hérite de cette responsabilité alors que les conservateurs continuent de chuter dans les sondages, à l’échelle du pays et encore plus au Québec. « Ça va être un travail de titan. Je le sais. On a beaucoup de travail à faire », a-t-il reconnu en point de presse à sa sortie de Rideau Hall, lundi.

Outre son nouveau rôle de conseiller et porte-parole pour le Québec, M. Lebel continuera d’assumer ses responsabilités à l’Infrastructure de même qu’aux Affaires intergouvernementales (dont il avait hérité après le départ de Peter Penashue, qui a démissionné en admettant que sa campagne avait accepté des dons d’entreprises illégaux).

Or, M. Lebel a beau avoir droit à ce vote de confiance du premier ministre, reste que M. Harper lui retire le portefeuille des Transports, qui a été confié à l’Ontarienne — et unilingue anglophone — Lisa Raitt. Quand on lui a demandé s’il subissait lui aussi une rétrogradation découlant de sa gestion de la crise à Lac-Mégantic, survenue alors qu’il était aux Transports, M. Lebel a semblé piqué au vif. « Je pense qu’avec ce que je viens de recevoir comme responsabilités, en plus de lieutenant politique… », a-t-il rétorqué, laissant toutefois sa phrase en suspens.

L’opposition, elle, estime que M. Lebel, tout comme deux de ses trois collègues ministres québécois, a perdu de l’influence au conseil des ministres. « Le Québec perd vraiment beaucoup de plumes dans le cabinet du premier ministre […] On voit très bien dans ce remaniement que les conservateurs n’ont pas grand-chose à se mettre sous la dent quand vient le temps de changer quatre trente sous pour une piastre », a reproché la néodémocrate Rosane Doré-Lefebvre.

Une analyse que partage le Bloc québécois. « Je ne pense pas que l’on puisse dire que l’augmentation des responsabilités de M. [Steven] Blaney est équivalente à la baisse des responsabilités de M. Paradis », a critiqué Daniel Paillé.

Blaney prend du coffre

Le député de Lévis a effectivement hérité d’une promotion, lundi. Et non la moindre, en étant parachuté des Anciens combattants à la Sécurité publique, un dossier phare du gouvernement conservateur qui prône la loi et l’ordre.

À l’inverse, M. Paradis — qui n’a pas voulu accorder d’entrevue au Devoir lundi — a perdu le dernier portefeuille strictement économique détenu par un Québécois. Ce qu’a relevé le Conseil du patronat du Québec, qui s’est dit lundi « préoccupé par la perte potentielle d’influence stratégique des élus du Québec dans les décisions prises par le Conseil des ministres ».

Dernier des pions québécois de M. Harper, Maxime Bernier n’a pas bougé et reste ministre d’État responsable de la Petite Entreprise, du Tourisme et de l’Agriculture. Le Beauceron demeure donc au cabinet tout en conservant un poste discret, lui qui est connu pour son franc-parler qui détonne à l’occasion face au message privilégié par le premier ministre.

Autres dossiers québécois

M. Paillé s’est par ailleurs inquiété de l’arrivée de Jason Kenney à l’Emploi et au Développement social, estimant que c’était la fin du « modeste espoir » qu’il avait de voir Ottawa reculer quant à sa réforme de l’assurance-emploi et celle de la formation de la main-d’œuvre. « Avec Jason Kenney, la porte est fermée, elle est verrouillée. Il nous a habitués à des positions très canadiennes, from coast to coast to coast. » Le leader bloquiste est aussi déçu que Jim Flaherty reste aux Finances, lequel souhaite toujours créer une commission des valeurs mobilières du Canada.
11 commentaires
  • Jacques Morissette - Inscrit 16 juillet 2013 05 h 51

    Changement cosmétique.

    Rusé Harper, est-ce un nouveau visage ou un nouveau masque?

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 16 juillet 2013 06 h 54

      Je remarque que vous ne vous en laissez pas passer. Le doute est toujours le meilleur conseiller !

    • Louka Paradis - Inscrit 16 juillet 2013 22 h 06

      C'est Tartuffe en personne qui a été nommé nouveau lieutenant du Québec. Quelle félonie !

      Louka Paradis, Gatineau

  • Jean Beauchemin - Inscrit 16 juillet 2013 07 h 25

    dernier rôle

    Comme magicien Harper est a bout de ressource , son fond de chapeau est vide surtout avec la dernière tragedie au QC ,le nouveau lieutenant a esquiver les implications directes en ne promettant rien de concret . Mais dans le fond c'est ça un conservateur présent dans parade mais totalement inéfficace.

  • louis cossette - Inscrit 16 juillet 2013 07 h 40

    Lebel

    Pas un nouveau visage et surtout pas quelqu'un de sympathique. Il suffit pour s'en convaincre de voir comment il a agi lors de son bref passage à Lac Mégantic. Décidément Harper abandonne le Québec.

    • Louka Paradis - Inscrit 16 juillet 2013 22 h 02

      M. Lebel, ce faux-frère, n'a pas été à la hauteur comme ministre des Transports et Harper ne voudrait surtout pas qu'il soit égratigné par la négligence de MMA et le laxisme dont a fait preuve le gouvernement conservateur. Alors, pouf ! on change de ministre... Voir l'excellent article de Jean-simon Gagné dans le Soleil : http://www.lapresse.ca/le-soleil/opinions/chroniqu

      Louka Paradis, Gatineau

  • François Dugal - Inscrit 16 juillet 2013 07 h 52

    Tout un changement

    Monsieur Harper change monsieur Paradis pour monsieur Lebel.
    Ben coudonc ...

  • Robert Côté - Inscrit 16 juillet 2013 07 h 57

    L'idéologie n'a pas changé

    Changer les députés de place ainsi que les ministres cela ne change nullement l'idéologie du parti...elle demeure conservatrice!

    L'économie en est la pierre angulaire.Les gens et l'environnement doivent être au service du 1% qui veut continuer à s'enrichir.Le gouvernement n'a qu'un mandat,celui là.

    • Sylvain Auclair - Abonné 16 juillet 2013 14 h 23

      En fait, les conservateurs ne se préoccupent même pas vraiment d'économie. Il a fallu la menace d'une motion de défiance pour qu'ils se lancent dans des mesures de relance économique.