Une policière à la tête de Patrimoine canadien

Shelly Glover est députée de la circonscription de Saint-Boniface, au Manitoba.
Photo: La Presse canadienne (photo) Patrick Doyle Shelly Glover est députée de la circonscription de Saint-Boniface, au Manitoba.

Shelly Glover a été dans une autre vie agente d’infiltration pour le Service de police de Winnipeg, au Manitoba. Pendant près d’une vingtaine d’années, la nouvelle ministre du Patrimoine canadien et des Langues officielles a mené des enquêtes sur les enfants victimes d’agression sexuelle, les gangs de rue et les jeunes criminels.

 

Lorsqu’elle a décidé de prendre un congé sabbatique des forces de l’ordre, en 2008, l’agente Glover voulait se lancer en politique pour faire modifier le Code criminel afin de mieux protéger les victimes et faire reconnaître la responsabilité des criminels.

 

Cette année-là, Shelly Glover a été élue députée du Parti conservateur dans la circonscription de Saint-Boniface, au Manitoba, où elle a su conquérir l’électorat francophone. Bien qu’elle soit d’abord anglophone et Métisse, la ministre Glover a appris le français dans divers programmes d’immersion tout au long de sa jeunesse.

 

Son bilinguisme lui a d’ailleurs permis de se distinguer dans l’équipe de Stephen Harper et d’occuper, dès son premier mandat, le poste de secrétaire parlementaire aux langues officielles. En 2009, elle avait fait parler d’elle alors qu’elle avait voté contre le projet de loi sur le bilinguisme des juges à la Cour suprême du Canada.

 

Elle s’était ainsi défendue : « Je suis considérée comme bilingue. Les gens croient que je viens du Québec quand je parle français, mais je dois parfois utiliser les traductions […], il y a des expressions culturelles du Québec que je ne comprends pas. Nous croyons donc que nous avons besoin des meilleurs juges à la Cour suprême avec les meilleures compétences. C’est pourquoi nous ne pouvons pas exiger les meilleures compétences linguistiques, mais les meilleurs juges. »

 

Responsable de la culture

 

Quatre ans plus tard, Shelly Glover se retrouve à 46 ans à gérer l’important portefeuille du Patrimoine canadien et des Langues officielles. À première vue, sa nomination est surprenante, puisque son expertise est loin d’être dans le domaine culturel. Lors de la campagne électorale en 2011, la nouvelle ministre avait du reste cité le livre Taltos d’Anne Rice comme son livre préféré.

 

Elle se vante surtout d’être mère de cinq enfants, passionnée de soccer et femme engagée auprès de divers organismes sans but lucratif. Néanmoins, la nouvelle ministre a déjà dit au Globe and Mail que le jour où elle n’apportera plus d’idées nouvelles en tant qu’élue, ce sera pour elle le temps de se retirer de la politique et de remettre son uniforme bleu. Façon de dire qu’elle reste policière dans l’âme.

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18 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 16 juillet 2013 00 h 33

    Ouais...

    Son raisonnement sur les juges et leurs capacités linguistiques me donne l'impression qu'elle va gagner le prix du meilleur sophisme dimanche prochain à la radio...

    Je dirais même qu'elle se mérite une poutine d'Or.

    • Louka Paradis - Inscrit 16 juillet 2013 22 h 12

      En effet. Le problème que rencontre le gouvernement conservateur, c'est que rares sont les juges compétents et bilingues : ce sont presque tous des francophones ; alors, les pauvres petits chouchoux anglos risqueraient d'être pénalisés, et surtout, en nombre minoritaire. On comprend la suite... Quelle hypocrisie ! Deux poids, deux mesures, même dans le domaine de la justice ; ce n'est pas peu dire. J'ai tellement vu cela dans les ministères fédéraux d'Ottawa. Vivement maîtres chez nous !

      Louka Paradis, Gatineau

  • louis cossette - Inscrit 16 juillet 2013 07 h 59

    Surprenant?

    Pas vraiment, Harper lui-même est fier de dire que son livre de chevet est le Guiness book of records. Devant tant d'inculture du chef pourquoi s'étonner que la nouvelle ministre lise du Rice ou des romans arlequins?

  • Jean-François Haineault - Inscrit 16 juillet 2013 08 h 25

    principe vs principe

    Concernant la question des juges de la court suprème, la question semble être le quel principe doit avoir précéance ? Il y a le principe qui dit que le Canada étant un pays bilingue, il va de soit que les juges de la plus haute instance soit bilingue. Puis il y a le principe qui dit que les juges de la cours suprèmes devrait être les meilleurs juriste du Canada.

    Le nationaliste en moi à de la difficulté à trancher sur cette question, mais je dois au moins admettre que la 2e idée est, à tout le moins, défendable.

    • Sylvain Auclair - Abonné 16 juillet 2013 11 h 08

      Personne n'a jamais affirmé que le Canada était bilingue. Tout ce que le bilinguisme officiel requiert, c'est qu'on puisse traiter avec le gouvernement fédéral en français ou en anglais.

    • Franklin Bernard - Inscrit 16 juillet 2013 15 h 56

      Vous irez le rappeler aux gens de Lac-Mégantic qui auront, tôt ou tard, à traiter avec une nouvelle ministre des Transports, Lisa Raitt, qui ne parle pas un mot de français. Il va leur falloir un interprète. C'est légal, ça?

    • Sylvain Auclair - Abonné 16 juillet 2013 16 h 05

      Bien sûr que c'est légal. Un ministre, ce n'est pas le gouvernement. Son ministère offre certainement ses services aussi en français. Et si on lui envoie un rapport en français, il ne sera pas refusé pour cette raison.

      Attention, je ne dis pas que c'est correct; je dis seulement que l'on surestime souvent le bilinguisme du Canada. Souvent, on s'en sert pour justifier le service en anglais dans les commerces!

  • Jean Martinez - Inscrit 16 juillet 2013 08 h 30

    Langue et justice

    Séparer les compétences linguistiques et juridiques est simplement malhonnête. Comment un citoyen peut-il avoir toujours espoir qu'il aura un procès juste et équitable si les juges du plus haut tribunal ne comprennent pas sa langue? N'y a-t-il également pas une perte d'information dans la traduction?

    Ces questions sont loin d'être banales. D'ailleurs, au Québec, les juges anglophones président les procès dans lesquels les prévenus sont anglophones. C'est, nous dit-on, une question de justice...

  • Patrick Lépine - Inscrit 16 juillet 2013 09 h 33

    La connaissance du code civil québécois...

    Est-ce qu'un "meilleur" juge ne devrait pas possèder quelques connaissances du code civil qui nous est propre?