Vic Toews - Un gros canon de Harper s’en va

Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Vic Toews
Photo: La Presse canadienne (photo) Adrian Wyld Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Vic Toews

Ottawa — La rumeur circulait depuis… cinq ans. Elle s’est finalement concrétisée lundi matin, par la voie d’un communiqué de presse. Vic Toews, le ministre fédéral de la Sécurité publique à l’éternelle moustache blanche surmontant une tout aussi éternelle absence de sourire, quitte la politique. Il laisse derrière lui son poste de ministre et de député, ainsi qu’un dernier fait d’armes l’ayant rendu plus discret.


Ministre de la Sécurité publique depuis janvier 2010, Vic Toews avait auparavant dirigé le Conseil du Trésor et, pendant la première année du nouveau gouvernement conservateur, piloté le ministère de la Justice. Au total, le Manitobain de 60 ans aura siégé 12 ans et demi à la Chambre des communes, à quoi s’ajoutent ses quatre années passées à la législature provinciale en tant que ministre. Né au Paraguay, M. Toews parlait aussi l’espagnol ainsi que le Plautdietsch (bas-allemand des mennonites), sa langue maternelle.


« Lorsque je suis entré en politique fédérale en 2000, c’était avec l’intention d’apporter une contribution positive au Canada en faisant partie du mouvement pour unir les conservateurs d’à travers le pays. […] Je quitte la vie publique à un moment où, je crois, notre pays est plus sensible aux besoins des victimes, est plus responsable sur le plan fiscal et est plus sécuritaire pour les citoyens et les générations à venir », écrit M. Toews dans son communiqué de presse.


Dès l’été 2008, alors que le gouvernement conservateur était encore minoritaire et que la fièvre électorale s’emparait de la Colline du Parlement, la rumeur voulait que M. Toews quitte son poste pour se faire nommer juge fédéral. Le National Post avait pudiquement révélé que M. Toews craignait de ne pas se faire réélire parce que ses commettants avaient appris qu’il divorçait d’avec sa femme, après 32 ans de vie commune, ayant enfanté un fils avec sa jeune adjointe parlementaire.


Cette fois-ci encore, la rumeur d’un poste de juge circule, mais M. Toews y répond par la bande dans son communiqué de presse. « Je quitte la vie publique pour me consacrer à ma famille et pour poursuivre de nouvelles occasions dans le secteur privé. » Sur les ondes de la radio CHSM, il a indiqué avoir promis à sa nouvelle conjointe de quitter la politique lorsque leur enfant entrerait à l’école. « Il entre en première année cette année et je crois qu’il est temps de partir. »


En 2008, les déboires matrimoniaux du ministre n’avaient pas trouvé preneur dans les médias. Les choses ont changé à l’hiver 2012 quand M. Toews a déposé le très controversé projet de loi C-30 octroyant aux autorités policières le droit de surveiller sans mandat les comportements des Canadiens dans Internet. Le ministre invoquait le besoin de l’État de traquer les cyberprédateurs sexuels, même si tous les internautes étaient visés. Dès les premières critiques entendues, M. Toews a déclaré en Chambre à l’intention de son critique : « Soit il est avec nous, soit il est avec les pédophiles. » La guerre était déclarée.


Un mystérieux justicier, qu’on apprendra plus tard être un adjoint libéral, ouvre alors le compte Twitter Vikileaks30 et y égrène les détails croustillants de l’acrimonieux divorce. Son raisonnement ?Vic Toews veut en savoir plus sur vous, apprenons-en plus sur Vic Toews. Même le groupe Anonymous y est allé de menaces vidéo sur YouTube. Le projet de loi a été abandonné.


Le NPD n’a pas pleuré le départ de M. Toews. La députée Françoise Boivin, qui lui a souvent fait face à titre de critique en matière de Justice, a souligné qu’elle laissait l’hypocrisie à d’autres. « Je ne m’ennuierai pas de ses insultes gratuites, qu’il semait à tout vent, régulièrement, en Chambre, en comité ou ailleurs. »


Remaniement ministériel en vue


Le départ de M. Toews laisse un important vide que devra combler Stephen Harper lors de son imminent remaniement ministériel. Les ministres auraient été invités à indiquer au premier ministre leur intention de se présenter ou pas à la prochaine élection en 2015. Ceux qui comptent partir seraient alors plus facilement remplacés. Des rencontres privées avec des « ministrables » potentiels à la résidence privée du premier ministre, dans le parc de la Gatineau, ont eu lieu la semaine dernière, rapporte La Presse canadienne.


Déjà, le ministre des Pêches, Keith Ashfield, a indiqué qu’à cause d’un cancer, il souhaitait être remercié. Les ministres d’État Diane Ablonczy (Affaires consulaires) et Ted Menzies (Finances) ont aussi indiqué qu’ils s’en iront, ce qui libère deux postes en Alberta. Quant au ministre de l’Environnement, Peter Kent, il a posé un geste inhabituel en déclarant par communiqué de presse que tout en se portant candidat pour 2015, il accepterait avec plaisir de siéger comme député d’arrière-ban.


Enfin, la sénatrice Marjory LeBreton a déjà annoncé qu’elle renonçait à son poste de leader au Sénat. Le premier ministre a indiqué qu’il consulterait les sénateurs d’ici la fin de l’été avant de nommer son successeur (soit après le moment présumé du remaniement), laissant entendre par là qu’il ne fera plus partie du cabinet.

5 commentaires
  • louis cossette - Inscrit 9 juillet 2013 06 h 50

    Bye bye

    On ne le regrettera pa ni lui ni les autres membres de ce parti de tristes sirs.

  • François Dugal - Inscrit 9 juillet 2013 09 h 04

    La fissure

    Le mur de la «Moral Majority» se fissure.
    Ben coudonc ...

  • France Labelle - Inscrite 9 juillet 2013 09 h 51

    Un gros canon de moins

    Bravo! Je suis contre les armes.

  • Françoise Maertens - Abonnée 9 juillet 2013 10 h 01

    Harper de plus en plus seul???

    C'est parfait! Bonne nouvelle! Si Harper peut perdre de plus en plus de ses appuis, il arrêtera de faire le mal qu'il fait avec ses politiques!

  • Rodrigue Guimont - Inscrit 9 juillet 2013 15 h 45

    L’Éminence grise de Harper, le Père fouettard du Canada conservateur s’en va finalement…


    Effectivement, Vic Toews ne souriait pas…

    Fils de mennonites d’origine ukrainienne né dans une petite colonie religieuse du Paraguay (Filadelphia, Gran Chaco) et mennonite toujours pratiquant du Manitoba, Vic Toews devait considérer le sourire comme un péché!