Sénatgate: des documents incriminants pour le PC

Alexandre Boulerice
Photo: La Presse canadienne (photo) Sean Kilpatrick Alexandre Boulerice

De nouvelles révélations viennent imputer le Parti conservateur dans l’affaire du « Sénatgate ». Des documents de la Cour de l’Ontario rédigés à partir d’entretiens entre la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et les avocats de Nigel Wright, l’ancien chef de cabinet du premier ministre Stephen Harper, prouvent que le Parti conservateur prévoyait rembourser les dépenses du sénateur Mike Duffy.


Grâce à des demandes de CTV et du journal The Globe and Mail, les documents, mis sous scellé par la Cour de l’Ontario, ont finalement été rendus publics. Ils résultent de l’enquête dont fait l’objet M. Duffy en lien avec des allégations d’abus de confiance et de fraude envers le gouvernement pour des remboursements d’allocations de logement et d’autres dépenses qu’il n’aurait pas dû demander.


On y apprend que le parti comptait rembourser les dettes au Sénat de Mike Duffy, jusqu’à ce que le responsable des finances, le sénateur Irving Gerstein, constate que le montant était de 90 000 $ et non pas de 32 000 $, comme il le croyait. C’est donc Nigel Wright, alors chef de cabinet du premier ministre, qui a décidé de remettre 90 000 $ à M. Duffy afin qu’il rembourse le Sénat, croyant qu’il s’agissait de « la décision éthique à prendre pour que les contribuables ne soient pas privés de cette somme d’argent », est-il écrit dans les documents.

 

Fonds publics


Or, si le Parti conservateur avait épongé la dette du sénateur Duffy, comme prévu initialement, des fonds publics auraient nécessairement été utilisés, puisque les partis politiques obtiennent des subventions d’Élections Canada.


Ces révélations viennent « contredire la version des faits qui a été présentée en Chambre, s’est indigné en entrevue Alexandre Boulerice, député du NPD et porte-parole adjoint en matière d’éthique. On a voulu nous faire croire à un acte isolé de la part de Nigel Wright par des tentatives de camouflage. L’information dévoilée par la GRC est extrêmement grave. » Le Nouveau Parti démocratique, qui réclamait l’intervention de la GRC, est satisfait de voir l’enquête progresser, a-t-il ajouté.


Les documents dévoilent quelques détails de l’entente avec M. Wright, qui ne s’attendait pas à être remboursé : M. Duffy devait rembourser le Sénat « immédiatement » et « arrêter d’en parler aux médias ». De plus, trois membres du cabinet de M. Harper étaient au courant de l’entente entre le sénateur et le chef de cabinet. Il s’agit de Benjamin Perrin, David van Hemmen et Chris Woodcock.


M. Perrin, qui a depuis quitté le Bureau du premier ministre, a nié avoir été consulté dans quelque arrangement que ce soit entre MM. Wright et Duffy ou d’y avoir participé. M. Wright a démissionné de son poste en mai, cinq jours après que la nouvelle de son « cadeau » eut été publiée.


« De deux choses l’une, soit M. Harper a été tenu à l’écart, ce qui serait surprenant vu le contrôle qu’il exerce sur son cabinet ; soit il n’a pas posé de question sur ce qui se passait », a soulevé Alexandre Boulerice, rappelant qu’en chambre, l’opposition avait posé à ce sujet d’innombrables questions au premier ministre, qui a affirmé n’avoir rien su avant que les médias fassent la lumière sur le chèque de 90 000 $ à la mi-mai. « On veut que Harper arrête de conter des sornettes aux Canadiens ! »


 

Avec La Presse canadienne

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