Conservateurs en mission

Début juin, une poignée de manifestants avaient subitement pris d’assaut une conférence de presse de Justin Trudeau. Leurs pancartes reprenaient les slogans mis de l’avant par le Parti conservateur dans sa campagne de publicités négatives lancée contre le chef libéral.
Photo: La Presse canadienne (photo) Sean Kilpatrick Début juin, une poignée de manifestants avaient subitement pris d’assaut une conférence de presse de Justin Trudeau. Leurs pancartes reprenaient les slogans mis de l’avant par le Parti conservateur dans sa campagne de publicités négatives lancée contre le chef libéral.

Ottawa — La manifestation qui a perturbé un point de presse du chef libéral Justin Trudeau, il y a trois semaines, a bel et bien été orchestrée par le bureau du premier ministre.


Début juin, le chef libéral a tenu une conférence de presse sur la colline parlementaire, à l’extérieur, devant le parlement. Une poignée de manifestants avaient alors subitement pris d’assaut l’événement, avec des pancartes reprenant les slogans mis de l’avant par le Parti conservateur dans sa campagne de publicités négatives lancée contre Justin Trudeau.


Au lendemain de la manifestation, la sénatrice conservatrice Nancy Ruth - connue pour son franc-parler - avait elle-même déclaré au Devoir : « Si nous sommes le parti de la transparence, pourquoi avons-nous mis ces pancartes derrière Trudeau ? »


Le Huffington Post a confirmé mardi - photos à l’appui - que les manifestants qui ont chahuté M. Trudeau sont effectivement des stagiaires du Parti conservateur. L’un d’entre eux a travaillé sur la colline parlementaire de 2008 à 2011. D’autres ont été présidents de l’association conservatrice de leur université.


Toujours selon le site de nouvelles, c’est le bureau du premier ministre et le parti qui auraient rassemblé les stagiaires pour les envoyer sur la colline afin qu’ils y interrompent la conférence de presse de M. Trudeau.

 

La GRC aussi?


Huffington Post dit en outre avoir appris que les demandes qui ont été faites par les médias auprès du ministère du Patrimoine et de la Gendarmerie royale du Canada ont été communiquées au bureau de Stephen Harper.


À Ottawa, c’est un secret de Polichinelle que les réponses faites aux demandes d’information aux divers ministères sont d’abord approuvées par le bureau du premier ministre avant d’être envoyées aux journalistes parlementaires. La Gendarmerie royale n’a cependant jamais indiqué qu’elle avait cette même pratique.


Le bureau du premier ministre (BPM) a refusé de faire quelque commentaire que ce soit sur cette affaire hier, renvoyant la balle au porte-parole du Parti conservateur (PC). « Notre bureau n’exerce aucun contrôle sur ce que la GRC dit », s’est contenté de répondre un porte-parole de Stephen Harper.


Du côté de la GRC, une porte-parole a indiqué au Huffington Post : « Nous ne discutons pas des appels médiatiques avec le BPM. »


Le porte-parole du parti, Fred DeLorey, a quant à lui évité de préciser si la manifestation avait été orchestrée par le PC, si les stagiaires avaient reçu de leurs patrons la consigne d’y aller et si les pancartes leur avaient été fournies par l’organisation politique. M. DeLorey a plutôt dénoncé le fait que le bureau de recherche du Parti libéral a « dévoué autant de temps pour « surfer » sur les pages Facebook de jeunes conservateurs et porter plainte au sergent d’armes [des Communes]. Ils savent que Trudeau est en terrain glissant avec les Canadiens quand il défend le statu quo au Sénat ». En fait, M. Trudeau a maintes fois affirmé que les choses doivent changer au Sénat. Il n’a toutefois pas précisé de quelle façon, ni l’ampleur que devrait avoir une éventuelle réforme, préférant pour l’instant prôner une réflexion sur le sujet.


Il n’est pas inédit que des employés de partis politiques - envoyés par la formation politique - manifestent aux abords d’une conférence de presse d’un opposant, notamment lors de campagnes électorales.

À voir en vidéo