«Zéro crédibilité» pour le successeur de Kevin Page?

Thomas Mulcair avait proposé que le Bureau du directeur parlementaire du budget ne relève plus de la Bibliothèque, mais du Parlement lui-même. Les conservateurs s’y sont opposés.
Photo: La Presse canadienne (photo) Sean Kilpatrick Thomas Mulcair avait proposé que le Bureau du directeur parlementaire du budget ne relève plus de la Bibliothèque, mais du Parlement lui-même. Les conservateurs s’y sont opposés.
Ottawa — Les conservateurs ont refusé de légiférer l’indépendance du directeur parlementaire du budget, mercredi, alors qu’on apprenait que le chef de cabinet d’un ministre a siégé au comité de sélection de celui qui remplacera Kevin Page. Ce qui fait dire à l’opposition que le candidat sélectionné aura « zéro crédibilité ».
 
Le gouvernement conservateur a été sommé aux Communes mercredi de justifier qu’Adam Church, du bureau du leader du gouvernement en Chambre Peter Van Loan, ait participé aux réunions du comité de sélection d’un prochain directeur parlementaire du budget (DPB), comme l’a révélé le magazine en ligne iPolitics.
 
« Le processus est exactement le même que celui suivi la dernière fois. En fait, c’est le processus qui est prévu dans la Loi sur le Parlement », s’est contenté de se défendre M. Van Loan, ne niant pas que son chef de cabinet y ait participé.
 
Son bureau a refusé de répondre aux questions du Devoir, martelant que le processus relève de la Bibliothèque du Parlement et que c’est à eux de commenter. De ce côté, on n’a pas voulu préciser l’identité des membres du comité, puisque le « processus est toujours en cours ». Mais on a indiqué que tous avaient été invités à participer par la bibliothécaire Sonia L’Heureux — qui a été nommée DPB intérimaire à la fin du mandat de Kevin Page en mars. Mme L’Heureux a rassemblé « d’anciens cadres supérieurs de la fonction publique, des leaders du secteur public avec de l’expérience en économie et gestion financière, de même que des hauts fonctionnaires qui connaissent le processus du gouverneur en conseil et l’environnement du Parlement », a détaillé une porte-parole.
 
En vertu de la Loi sur le Parlement, le DPB relève de la Bibliothèque du Parlement, et c’est là qu’une première sélection se fait, sous la gouverne d’un comité. Le groupe retient trois candidatures, qui sont soumises au leader du gouvernement en Chambre, pour qu’il les remette au premier ministre, qui choisit le gagnant.
 
Les partis d’opposition ont été scandalisés d’apprendre que M. Church participait à la sélection du futur DPB, ce qui en fait un processus « frauduleux » selon eux. « Le régime Harper-Van Loan est un scandale en ce qui concerne cette nomination », a scandé le chef du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair. Il voudrait que le comité reprenne ses travaux, car le candidat qui sera retenu « aura zéro crédibilité » selon lui.
 
Ni le NPD ni les libéraux n’ont été consultés par le comité jusqu’à présent. Lorsque M. Page a été choisi, il avait rencontré M. Mulcair à titre de porte-parole aux finances de son parti, à la fin du processus.
Pour le libéral Bob Rae, le fait qu’un chef de cabinet du gouvernement conservateur participe au choix du nouveau DPB, « ça veut dire que ce sera quelqu’un qui est complètement loyal au Parti conservateur, et pas quelqu’un qui reflète un point de vue indépendant ».
 
Pas de nouvelle indépendance

Thomas Mulcair avait par ailleurs proposé de légiférer l’indépendance du DPB afin que son bureau ne relève plus de la Bibliothèque, mais du Parlement lui-même. Les conservateurs s’y sont opposés, mercredi, à 148 voix, contre 131 appuis unanimes de la part des partis d’opposition. Parmi eux, le député nouvellement indépendant Brent Rathgeber — qui a causé la surprise la semaine dernière en démissionnant du caucus conservateur en dénonçant l’emprise du Bureau du premier ministre sur ses députés —, qui a dit se sentir « libéré » d’avoir pu voter à sa guise et appuyer C-476.
 
Le projet de loi visait en outre à ce que le DPB soit nommé par le gouvernement, mais après consultation des chefs de partis politiques, que le candidat retenu soit bilingue (les conservateurs ont adopté le projet de loi néodémocrate en ce sens la semaine dernière) et qu’il ait suivi des études supérieures en économie ou en finance. C-476 aurait enfin permis au DPB de lancer des études « de sa propre initiative » et à la Cour fédérale d’ordonner au gouvernement de divulguer des données — s’il n’y avait pas de motifs raisonnables d’avoir refusé la demande du DPB.