Qui dit vrai?

Les versions se contredisent concernant la caisse occulte du bureau du premier ministre Stephen Harper.
Photo: - Le Devoir Les versions se contredisent concernant la caisse occulte du bureau du premier ministre Stephen Harper.

Ottawa — La semaine aura été dure jusqu’au bout pour les conservateurs. Après avoir dû encaisser le départ d’un de ses députés, le gouvernement de Stephen Harper a eu à s’expliquer vendredi sur la part de la caisse du Parti conservateur consacrée à certaines dépenses du premier ministre et gérée par son propre chef de cabinet.

Les explications sont venues, mais elles ont d’abord été truffées de contradictions. Alors que le directeur des communications de M. Harper a reconnu l’existence d’un budget pigé à même les fonds conservateurs pour rembourser les dépenses partisanes de son patron, le Parti a de son côté dénoncé le reportage « erroné » de la CBC.


Jeudi soir, CBC rapportait qu’une caisse occulte existe au bureau du premier ministre, sous l’autorité du chef de cabinet, dont les fonds proviennent du Parti conservateur. CBC indiquait que Nigel Wright était donc chargé de ce fonds, à l’époque où il a offert 90 000 $ au sénateur Mike Duffy pour qu’il rembourse des dépenses illégitimes au Sénat.


Le porte-parole du parti a répliqué vendredi, par le truchement d’une déclaration écrite, en arguant que c’était archifaux et en sommant CBC de retirer son « reportage trompeur ». « Toutes les dépenses du Parti conservateur sont financées par un seul et unique fonds, contrôlé par le Parti conservateur. Toutes les dépenses sont rapportées à Élections Canada et font l’objet d’une vérification annuelle », poursuit le communiqué, qui nie que les fonds du parti aient servi à rembourser les dépenses de M. Duffy, ou Nigel Wright.


Pourtant, quelques heures plus tôt, le directeur des communications de M. Harper n’avait rien démenti du tout. « On a un budget dans le bureau qui vient du parti pour les événements politiques […] Le budget du bureau, c’est le chef de cabinet qui en prend soin. Et c’est la même chose avec les fonds pour les événements politiques. Il est le chef du bureau ; il connaît l’horaire du premier ministre, les événements qu’il fait, il juge si c’est [une activité] du gouvernement ou politique. Et si c’est pour le Parti conservateur, c’est les fonds du parti qui sont utilisés », a expliqué Andrew MacDougall en point de presse.


Le rôle du chef de cabinet


Confronté aux versions contradictoires qu’ils ont servies aux médias, M. DeLorey a précisé : « La CBC allègue qu’il y a un « fonds secret » qui est « inaccessible » à Élections Canada. C’est faux. » Or, le chef de cabinet de M. Harper est bel et bien celui qui décide des dépenses qui seront à la charge du parti. « Le parti révise par la suite et, une fois qu’il approuve, effectue le paiement, et cela provient d’un compte en banque qui sert à toutes les dépenses », a expliqué M. DeLorey dans un courriel au Devoir.


Dans les faits, tous les partis voient une part de leurs fonds rembourser les dépenses de leur leader, lorsque celui-ci participe à des activités partisanes en tant que chef, plutôt que des activités politiques en vertu de son rôle d’élu. Les néodémocrates et les libéraux ont cependant rétorqué que c’est la présidence de leur formation qui gère ces caisses, pas l’entourage du chef.


« Nigel Wright est le seul qui serait capable de faire preuve de jugement ? Bien, dans ce cas-là, le Parti conservateur est vraiment dans le trouble, parce que nous, au NPD, c’est les gens du parti qui gèrent l’argent du parti […] On doit avoir une séparation entre ce qui est gouvernemental, ce qui est parlementaire et ce qui est partisan », a reproché Alexandre Boulerice. Les néodémocrates ont envoyé une lettre à Élections Canada, lui demandant d’ouvrir une enquête.


M. DeLorey n’a pas répondu aux autres questions du Devoir, à savoir si seules des dépenses de M. Harper devaient être remboursées par les fonds du parti consacrés à son bureau et à combien se chiffrait l’enveloppe de ce budget - CBC parlait d’un million de dollars par moments.


« Puisqu’il [M. Harper] a été élu en 2006 sous des dehors de transparence et d’imputabilité - c’est le premier projet de loi qu’il avait présenté, il s’est vanté, il s’est pété les bretelles -, il doit nous dire à quoi a servi cet argent-là », a réclamé le bloquiste André Bellavance.


M. Harper n’était pas en Chambre, vendredi. Il n’assiste généralement aux périodes des questions que du mardi au jeudi. Puisqu’il quitte le pays pour l’Europe mardi matin, où il participera notamment au sommet du G8, le premier ministre risque de ne plus se présenter aux Communes d’ici la fin des travaux parlementaires, qui pourraient se terminer la semaine prochaine pour faire relâche jusqu’en septembre.

 

La sénatrice Wallin encore en eau trouble


Faisant toujours l’objet d’une enquête quant aux dépenses de logement et de déplacement qu’elle s’est fait rembourser depuis sa nomination en 2009, la sénatrice Pamela Wallin pourrait devoir restituer encore 20 000 $ au Sénat, outre les 38 000 $ déjà remboursés, a révélé CTV.


Et alors que la firme Deloitte continue d’éplucher ses notes de frais, CBC a dévoilé que Mme Wallin avait déclaré habiter à Toronto à la société de gestion d’investissements Gluskin Sheff and Associates, où elle siégeait au conseil d’administration. La sénatrice a pourtant été nommée représentante de la Saskatchewan par M. Harper, et elle plaide au Sénat qu’elle habite les Prairies tout en touchant une indemnité pour l’aider à payer sa résidence d’Ottawa, qu’elle déclare comme secondaire. Le Toronto Star a par ailleurs découvert hier que Mme Wallin avait quitté le conseil d’administration de Gluskin Sheff and Associates, où elle siégeait depuis 2007. La société n’a pas expliqué ce départ.


Les conclusions de l’enquête de Deloitte pourraient se faire attendre jusqu’à juillet, a-t-on laissé entendre cette semaine en coulisse. La firme a épluché les notes de frais des sénateurs Duffy, Wallin, Mac Harb et Patrick Brazeau. Ces enquêtes auraient coûté jusqu’à présent 240 000 $, selon Postmedia.

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