Affaire Duffy: un premier député conservateur rompt les rangs

En point de presse à la suite d’une visite du président chilien, le premier ministre Stephen Harper a de nouveau éludé les questions au sujet du sénateur Mike Duffy.
Photo: La Presse canadienne (photo) Fred Chartrand En point de presse à la suite d’une visite du président chilien, le premier ministre Stephen Harper a de nouveau éludé les questions au sujet du sénateur Mike Duffy.

Un premier député de Stephen Harper a rompu les rangs conservateurs en se disant insatisfait du rôle qu’a joué le Bureau du premier ministre pour régler les problèmes de dépenses du sénateur Mike Duffy. Brent Rathgeber déplore l’intervention de l’entourage de M. Harper dans ce qui aurait dû rester une affaire parlementaire. Il se dit d’autant plus déçu parce que son parti avait promis de faire les choses autrement.


« Mes commettants et moi-même sommes très préoccupés par le manque de respect envers l’argent des contribuables et les négociations qui ont eu lieu pour faire disparaître le problème, mais qui, en fait, l’ont seulement rendu plus gros », a expliqué M. Rathgeber jeudi.


Le député faisait référence à l’entente convenue entre M. Duffy et le chef de cabinet de M. Harper, Nigel Wright, par laquelle ce dernier a versé 90 000 $ au sénateur pour qu’il rembourse au Sénat des allocations réclamées à tort. Il est allégué qu’en échange de ce remboursement, Mike Duffy s’est fait promettre d’être traité moins durement que les autres sénateurs qui font l’objet d’une enquête par le comité sénatorial étudiant la question.


Selon M. Rathgeber, cette entente « soulève beaucoup de questions à propos du fonctionnement de ce bureau qui, de plusieurs manières, fonctionne sans rendre de comptes à personne d’autre qu’à lui-même ». Elle témoigne surtout d’un manque de séparation entre les branches exécutive et législative du gouvernement. « J’espère qu’à l’avenir, l’exécutif apprendra sa leçon et sera plus respectueux des législateurs. » Le Parti conservateur n’avait-il pas promis en 2006 que le succès politique ne dépendrait plus des contacts qu’une personne entretient avec le Bureau du premier ministre ? lui ont demandé les journalistes. « Je le croyais aussi, et c’est pourquoi il y a beaucoup de déception au sein de notre base militante. »


Le néodémocrate Charlie Angus partage cette analyse. Les travaux parlementaires ont beau achever, et la relâche estivale approcher, M. Angus croit que ce scandale ne sera pas si vite oublié par les Canadiens. « Quand on rentre chez nous, au Tim Hortons, et qu’on parle aux gens, ils sont contrariés, et ils veulent des réponses. Alors oui, d’accord, l’été s’en vient, mais c’est la réputation de Stephen Harper en matière d’éthique qui est en jeu », a affirmé le député.


En point de presse aux côtés du président chilien Sebastian Pinera, en visite à Ottawa, le premier ministre a de nouveau éludé les questions. Interrogé à savoir quelles consignes il avait données à son personnel supérieur lorsque la crise des dépenses des sénateurs a éclaté, il y a un an, M. Harper a évité de répondre. « C’est au Sénat de faire enquête sur la nature de ces dépenses », a-t-il répliqué.


Invité par la suite à expliquer qu’il n’ait rien su avant la mi-mai, la question est aussi restée sans réponse. « Les faits sont clairs. Ils ne sont pas beaux, mais ils sont clairs et simples », a tranché Stephen Harper. Il a répété que Nigel Wright a choisi seul de verser 90 000 $ à Mike Duffy. « Si je l’avais su avant que ça se produise, j’aurais dit de ne pas le faire. »


Le libéral Ralph Goodale estime que M. Duffy devrait être forcé de rembourser la somme à même ses propres fonds, car ce n’était pas la dette de M. Wright, mais bien la sienne. « L’ironie, c’est que sa réputation a pris un sérieux coup, mais il a encore les 90 000 $. »


Duffy encore dans l’embarras


Le sénateur Duffy, quant à lui, fait l’objet de nouvelles révélations. La CBC a rapporté le contenu de courriels, rédigés peu après sa nomination en 2009, entre M. Duffy et un conservateur, dans lesquels il tente de se négocier des compensations pour son « rôle élargi dans le parti ». En tant qu’ex-personnalité journalistique, il était appelé à participer à de nombreuses activités de financement du Parti conservateur. M. Duffy suggère donc qu’on le nomme ministre, sans portefeuille, mais avec voiture et personnel. Ou encore que le parti finance sa compagnie privée afin de lui permettre d’embaucher davantage de personnel pour l’aider dans ses fonctions avec le parti.


On lui répond qu’il devrait s’en tenir à puiser dans les fonds du parti, notamment pour payer ses déplacements afin de ne pas épuiser ceux qu’il peut se faire rembourser par le Sénat. Les courriels ne précisent pas si M. Duffy a parlé de cette question avec le premier ministre, mais confirment qu’il en a parlé avec le sénateur Irving Gerstein, président du Fonds conservateur.


9 commentaires
  • Guy Lafond - Inscrit 31 mai 2013 05 h 19

    Menace sur nos libertés?


    À trop vouloir introspecter la vie des gens pour trouver une faille et l'exploiter se retourne un jour contre soi.

  • Jean Brunet - Inscrit 31 mai 2013 08 h 18

    Opinion

    Si illégal il suffit de rembourser????

  • Marie Valois - Inscrite 31 mai 2013 08 h 19

    Petite monarchie

    Le Canada, cette entité fabriquée de toutes pièces qui carbure à hauteur de 250 milliards de dollars par ans, se comporte depuis trop longtemps avec un déficit de démocratie flagrant. Nous avons peu ou pas de "poignées", de pouvoir, pour infléchir la tendance. Les partis politiques fédéraux d'opposition se font rouler dans la farine.

    L'affaire Wright-Duffy n'est que la fine pointe de l'iceberg. C'est le jupon qui dépasse. La corruption, collusion etc. à la canadienne est rarement mise à jour. Mais la cagnotte d'argent fédérale est si grosse et les contrôles de l'utilisation des deniers publics sont inefficaces. C'est tentant!

    En outre, on assiste au pelletage des de nouvelles obligations au palier provincial sans argent pour les mettre en oeuvre ou bien à la coupure unilatérale de programmes sociaux, toujours sans consultations. Quand allons nous mettre fin à cette association ruineuse?

    • Christian Fleitz - Inscrit 31 mai 2013 09 h 53

      Il est clair que le Canada n'est pas une république dans laquelle le droit et l'écoute des citoyens sont essentiels, que la promotion du civisme vise au respect de la ''Chose Publique''. Le mode politique actuel se situe dans l'héritage de la tradition britanniaue ''Whiggs'' du XVIIIème siècle qui, à l'époque, avait été remarqué par Jean-Jacques Rousseau qui écrivait : ''Le peuple anglais pense être libre, il se trompe fort ; il ne l'est que durant l'élection des membres du parlement: sitôt qu'ils sont élus, il est esclave, il n'est rien.,'' (extrait du contrat social, livre III, chapitre XV). Peut-être une réflexion à faire, mais quel est le parti politique, au fédéral ou au provincial, qui ne ferait ne serait-ce que suggérer une telle réforme ?

    • Loraine King - Abonnée 31 mai 2013 13 h 48

      Ce serait donc mieux dans les républiques? En tout cas, c'est votre opinion, et vous y avez droit, mais absolument rien de mesurable ne le démontre. Que ce soit l'indice du développement humain de l'ONU, du mieux-vivre de l'OCDE, de la perception de corruption, les monarchies constitutionnelles se portent bien mieux que les républiques.

      Selon la mesure de perception de la corruption, le Danemark, la Finlande et la Nouvelle-Zélande occupent les trois premiers rangs des pays les moins corrompus, suivent la Suède, Singapoure, la Suisse, l'Australie, la Norvève, le Canada et les Pays-Bas. Donc, des dix pays les moins corrompus, sept sont des monarchies constitutionnelles (alors que seulement 39 des 192 pays à l'ONU sont des monarchies constitutionnelles). Les republiques de la France et des Etats-Unis arrivent respectivement aux 22e et 19e rangs.

      La monarchie constitutionnelle n'est pas parfaite, et la république encore moins.

      Rousseau est mort en 1778; je ne suis pas convaincue qu'il aurait les mêmes opinions des républiques s'il eut connu l'histoire des 19e et 20e siècles. Ses opinions politiques sont figées par les connaissances qu'il avait de son époque. Ses opinions sur la nature humaine sont plus intéressantes.

    • Sylvain Auclair - Abonné 31 mai 2013 14 h 22

      Nous avons une fantastique poignée: élire un autre parti au pouvoir.

      Quant à la république... Au Canada, le parlement a à plusieurs reprises défait le gouvernement, la dernière fois il y a deux ans. Aux États-Unis, jamais un président n'a été destitué.

    • Gilles St-Pierre - Abonné 31 mai 2013 16 h 45

      Finalement peu importe république ou monarchie ce qui compte c'es le moyen d'exercer la démocratie chez nous et cela, surtout et avant tout, entre les élections qui semblent être devenues le moyen idéal pour duper les citoyens d’une dite démocratie.
      Et maintenant pour une meilleure définition du "chez nous" rien de plus clair que cela se défini par le Québec et rien d'autre; alors la monarchie vient de prendre le bord car ne sommes-nous pas les héritiers d'une certaine révolution et ne voulons pas retourner en arrière. Il nous reste donc la république que nous aurons à définir au mieux de nos moyens, alors vive à République du Québec.
      Finalement pour saluer au mieux la monarchie britannique et ses supporteurs, rien ne la représente autant que le faste et l'hypocrisie de ces tenants et ça, pas question de goûter davantage à cette sauce avec laquelle Harper se targue et tente de nous resservir; non merci pour le Québec.

  • Carroll Roy - Inscrit 31 mai 2013 14 h 22

    Un cover up...

    Réjouissant de lire qu'enfin un député s'exprime sur le cover up organisé par le bureau du premier ministre.

    C'est ce qui arrive lors que l'exécutif (les bonzes du premier ministre) et le législatif (les députés élus).

    La muraille conservatrice est belle et bien fissurée...Ça collera à la peau de s. harper.

  • Sol Wandelmaier - Inscrite 31 mai 2013 18 h 23

    Excès de confiance...

    J'étais sûre ,qu'un jour ou l'autre, Harper allait prêcher par excés de confiance dans sa capacité de tout controler....et qu'il irait à sa propre perte...
    Il semble que cela est entrain de se réaliser....