La cote du bilinguisme est en baisse au pays

Le Québec fournit 57 % de la population bilingue canadienne (3,3 millions de personnes, soit plus de 42 % de la population québécoise), et l’Ontario 23 % (1,4 million).
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le Québec fournit 57 % de la population bilingue canadienne (3,3 millions de personnes, soit plus de 42 % de la population québécoise), et l’Ontario 23 % (1,4 million).

Un demi-siècle après la commission Laurendeau-Dunton, le bilinguisme canadien demeure une affaire essentiellement québécoise - et plutôt fragile. Dans le reste du pays, le taux de bilinguisme est à la baisse, et tout indique que la tendance ira s’aggravant dans les prochaines années, révèle une étude publiée mardi par Statistique Canada.

L’analyse indique notamment que de moins en moins de jeunes anglophones sont en contact avec le français à travers le pays. Elle montre aussi que les Canadiens nés à l’étranger sont proportionnellement deux fois moins nombreux à être bilingues anglais-français que leurs compatriotes nés au pays.


« Il est clair que de grands défis se poseront dans les prochaines années pour le maintien du bilinguisme », dit Jean-Pierre Corbeil, responsable des données linguistiques à Statistique Canada et coauteur de l’étude. Le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, partage en partie le constat.


L’étude permet de mesurer l’évolution du bilinguisme au Canada depuis la création de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (Laurendeau-Dunton) en 1963, qui a jeté les bases de ce qui allait devenir la politique de bilinguisme officiel du gouvernement canadien en 1969.


Entre 1961 et 2001, la proportion des Canadiens capables de soutenir une conversation en français et en anglais est passée de 12,2 % à 17,7 %. Mais depuis dix ans, on note une légère régression de ce chiffre, établi à 17,5 % selon le recensement 2011 (dont les données linguistiques ont été publiées en octobre dernier). Quelque 5,8 millions de Canadiens se disent aujourd’hui bilingues.


Sauf que ce chiffre cache de grandes disparités régionales, indique l’étude de Statistique Canada. En dehors du Québec, moins de 10 % de la population canadienne est bilingue (9,7 %).


Le Québec fournit 57 % de la population bilingue canadienne (3,3 millions de personnes, soit plus de 42 % de la population québécoise), et l’Ontario 23 % (1,4 million). En ajoutant le Nouveau-Brunswick, 86 % des Canadiens bilingues demeurent dans trois provinces qui composent la « ceinture bilingue » du pays - terme qui désigne une zone de fréquents contacts entre francophones et anglophones.


Jean-Pierre Corbeil souligne qu’entre 2001 et 2011, le Québec a ajouté quelque 420 000 personnes bilingues à son actif. C’est trois fois plus que tout le reste du Canada… « Dans les deux décennies qui ont suivi Laurendeau-Dunton, le taux de croissance de la population bilingue était deux fois plus rapide que celui de la population totale, dit-il. La tendance est maintenant complètement inversée. »

 

Immigration et jeunes


Statistique Canada avance deux explications à cette situation. D’une part, la croissance de la population immigrante y contribue pour beaucoup. Les nouveaux arrivants - qui sont le principal facteur de croissance démographique au Canada - affichent un taux de bilinguisme français-anglais inférieur à celui des Canadiens de naissance (13 % contre 19 %).


Si on excepte les immigrants établis au Québec (qui sont bilingues à plus de 50 %), on remarque que le taux de bilinguisme des nouveaux arrivants est en fait d’à peine 6 % (contre 11 % pour les Canadiens nés au pays et qui habitent hors Québec). « Dans 30 ans, l’immigration sera responsable de 90 % de la croissance de la population », rappelle Jean-Pierre Corbeil.


Les jeunes sont au coeur de l’autre raison suggérée par Statistique Canada. L’organisme a remarqué que le niveau d’exposition des élèves hors Québec à des programmes de français langue seconde a diminué dans les dernières années. Ils étaient 1,8 million à suivre de tels cours en 1991-1992 : ils sont maintenant 1,4 million, une diminution de 24 % en deux décennies. « C’est une baisse nette », dit l’analyste Corbeil.


Cette baisse n’est pas compensée par l’augmentation de la popularité des cours d’immersion en français. Ils étaient 267 000 à tenter l’immersion il y a 20 ans ; le dernier recensement indique qu’il y en avait 341 000. Cela explique peut-être pourquoi les jeunes anglophones du ROC (rest of Canada) sont de moins en moins bilingues. En 1996, 15 % des jeunes anglophones âgés de 15 à 19 ans pouvaient soutenir une conversation en français. Cette proportion est aujourd’hui de 11 %.


On observe aussi que plusieurs anglophones du ROC n’arrivent pas à maintenir leur bilinguisme au fur et à mesure qu’ils avancent en âge. La moitié des jeunes anglophones qui se disaient bilingues en 1996 ne l’étaient plus en 2011 (ils sont maintenant dans la classe des 30-34 ans). Au Québec, c’est plutôt le contraire : les francophones améliorent leur connaissance de l’anglais une fois leurs études terminées, constate Statistique Canada. Globalement, les francophones du pays ont un taux de bilinguisme de 44 %, comparativement à 8 % pour les anglophones.

 

Fraser inquiet


Le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, estime que cette étude révèle des données préoccupantes. Il trouve « un peu normal que nous ne puissions maintenir le même pourcentage de gens bilingues quand on accueille 250 000 immigrants chaque année ». Mais la baisse marquée du nombre d’étudiants qui apprennent le français dans les écoles canadiennes est « inquiétante », selon M. Fraser.


« Il y a une certaine croyance voulant que la seule façon d’apprendre le français soit de passer par l’immersion, dit-il en entretien. On voit l’intérêt que les programmes d’immersion continuent d’avoir. Ils attirent les meilleurs enseignants, ils ont plus de ressources. Mais ça fait en sorte que les enseignants de français langue seconde sont un peu les parents pauvres du système éducatif canadien. » Le système pâtit de ces carences, suggère-t-il. Graham Fraser pointe aussi du doigt le fait qu’aucune province à l’ouest de l’Ontario n’oblige l’apprentissage du français à l’école.

49 commentaires
  • Francis Robillard - Inscrit 29 mai 2013 05 h 01

    Quelle farce!

    Le Canada, balingue! Mais quelle sinistre farce. Il n'y a qu'une langue au Canada, comme dans tout les pays occupé par les britannique et c'est l'anglais. Tout ce qui n'est pas unilingue anglais au sein du Dominion of Canada, n'est rien d'autres que de la politique au frais des québécois.

    "Speak white", priceless!

    • Yves Perron - Inscrit 29 mai 2013 08 h 08

      C'est aussi ce que j'ai du finir par constater à voyager dans ce plus meilleur pays du Canada. Je suis devenu convaicu que la seule solution pour nous Québécois de conserver notre langue et notre fierté, c'est l'indépendance totale.
      Pour continuer de faire affaires avec nous les anglos apprendront le français , surtout ceux qui habitent ici même.

    • Dominique Audet - Inscrit 29 mai 2013 08 h 50

      C'est ce que je pense également de plus en plus, prenon exemple Montréal, sans est rendus catastrophique le francais et heureusement qu'ont fait entré des centaines de milliers de francais chaque années car ça serrais 3 fois pire.

      J'ai du mal à comprendre comment une personne qui habite au Québec depuis 2ans et plus ne parle pas ou ne comprend pas un mot francais, sans est insultant.

      Je connais mon anglais et me débrouille bien mais j'ai pas l'intention de me convertir parce qu'il y a une forte majorité maintenant d'anglais qui se force pas trop pour parlé francais parce qu'il prenne pour acquis qu'on leur parlera en anglais, vivement l'indépendance!

    • Laurent Desbois - Inscrit 29 mai 2013 09 h 45


      Statistiques Canada surnomme « la ceinture bilingue »

      Liste des régions bilingues du Canada aux fins de la langue de travail

      http://www.tbs-sct.gc.ca/pubs_pol/hrpubs/offlang/c

      À l’extérieur du Québec, on dirait le gruyère des réserves indiennes, des townships en Afrique du Sud ou de la Palestine !!!!

      Le Canada a complètement abandonné sur les francophones dans les quatre provinces de l'ouest, y inclus Saint-Boniface au Manitoba, qui est à 85% anglais aujourd'hui..
      Rare comme de la merde de pape, lorsqu’on s’éloigne des frontières du Québec et surtout…où le nombre le justifie !!!

    • Patrick Préville - Inscrit 29 mai 2013 12 h 43

      Francis, vous avez entièrement raison! De plus, j'ajouterais ces quelques mots écrits par le linguiste Paul Daoust : « L’assimilation des deux millions de Franco-Américains réalisée en 1970 et celle qui se poursuit, selon chaque recensement fédéral, dans notre diaspora française hors Québec, est une illustration parfaite des conséquences d’un bilinguisme généralisé dans une minorité. »

      Selon moi, il aurait fallu ajouter dans l'article ci-haut l'élément suivant: ladite "ceinture bilingue" réunit la grande majorité des francophones du Canada. On pourrait ainsi dire que sans ces francophones, le Canada serait comme son cousin américain, soit 100% anglophone!

  • Catherine Paquet - Abonnée 29 mai 2013 06 h 30

    Pas de problème...

    Je ne comprendrais pas pourquoi un Québécois souverainiste se préoccuperait de l'état du bilinguisme au Canada. Étant logique, il ne pourrait pas souhaiter vivre dans un Québec unilingue français et exiger en même temps que le Canada soit bilingue. D'ailleurs la logique ferait que la séparation éventuelle du Québec du Canada favoriserait l'évolution vers un Canada unilingue anglais.

    • Yves Perron - Inscrit 29 mai 2013 08 h 13

      @ Georges Paquet: 50% des Québécois sont déjà bilingues , ceux qui ne le sont pas n'ont juste pas besoin de l'être.Et en plus ils sont en augmentation, allez relire le texte.
      Personne chez les indépendantistes n'a jamais parlé d'ulinguisme Francophone...sauf dans votre tête et celle de nos bons amis anglos...
      De plus lorsqu'on parle de bilinguisme en dehors du Qwebec, on parle essentiellement de francophones à l'agonie...

    • Laurent Desbois - Inscrit 29 mai 2013 09 h 47

      Françoise Boivin- Gatineau, exprime assez clairement la position du NDP, lors des audiences pour la Cour Suprême, au comité spécial pour la nomination ds juges:

      « Et si on croit fondamentalement dans le bilinguisme dans ce pays-ci… et moi j’y crois ! »

    • Catherine Paquet - Abonnée 29 mai 2013 12 h 35

      M. Yves Perron,
      Si vous suivez un tant soit peu la politique, vous savez que l'objectif du gouvernement Marois c'est que le français soit la seule langue officielle du Québec et que les villes bilingues soient de moins en moins nombreuses. Si vous êtes bilingue, vous êtes une espèce on voie de disparition.

    • rene poirier - Inscrit 29 mai 2013 15 h 10

      M.Paquet, il y a une différence entre le bilinguisme personnel et le bilinguisme institutionnel. Faire du Québec un pays dont l'état est francophone n'interdit à personne de parler anglais ou chinois.

      Ce que les indépendantistes dénoncent c'est l'hypocrisie du fédéral qui laisse entendre que le Canada est un pays où les francophones ont un avenir radieux.

      N.B. Le bilinguisme institutionnel n'est pas le bilinguisme personnel.

  • Lydia Anfossi - Inscrite 29 mai 2013 06 h 31

    Et on dira que le français n'est pas menacé!

    Quand on veut protéger le français, ils nous traitent de racistes, de xénophobes, pas besoin de loi 101? La loi 14 c'est trop? Trop peu et peut-être trop tard. Vivement un pays Québec !

  • Caroline Langlais - Inscrite 29 mai 2013 06 h 35

    Le Canada n'est pas francophone ni francophile

    Si le français n'est pas enseigné à l'école, c'est donc que le Canada n'est pas bilingue. Il faut lui retirer ce statut. Il ne doit plus faire partie des pays de la francophonie.

    À travers ce tsunami anglohone, le Québec ne devrait pas hésiter à renforcer le caractère français de l'État (obligation d'apprendre le français pour tous) avant qu'il soit trop tard...

    Ainsi, il n'est pas rare de surprendre de jeunes Québécois s'adresser la parole en anglais...

  • Fernand Lachaine - Inscrit 29 mai 2013 06 h 36

    Pas tellement important.

    C'était écrit dans le ciel que le français ne serait jamais admis comme langue officielle dans le ROC et parmi les anglos du Québec.
    Lorsque le gouvernement fédéral promulgua la loi sur les langues officielles dans les années '60 (P.ET.) la première réaction du ROC et des anglos du Québec fut "On nous enfonce le français de force dans la gorge". Dans les pays anglophones cette obligation de parler une deuxième langue n'a jamais fonctionné.
    Les faits sont là. Donc cette statistique n'a pas beaucoup d'importance.
    Ce qui est cependant important c'est que les Québécois se votent des lois qui garantiront et respecteront notre identité française.
    Contrairement aux partis d'opposition il est d'une grande importance que le gouvernement du Parti Québécois protège notre langue.
    Les cris d’orfraie que lanceront le PLQ, la CAQ, les anglos du Québec et les journaux du ROC ne sont pas tellement crédibles.

    • Yves Perron - Inscrit 29 mai 2013 08 h 16

      Il nous faut un pays de toute urgence car la phase finale d'assimilation a commencé ici même au qwebec...Faudrait être aveugle pour ne pas voir ça. Les lois nous feront (gagner du temps) c'est tout. URGENT.

    • Fernand Lachaine - Inscrit 29 mai 2013 08 h 34

      Note à Yves Perron,
      Tout à fait d'accord avec vous. C'est urgent de faire l'indépendance du Québec.
      Cependant la division qui prévaut présentement dans le mouvement indépendantiste du Québec fait que cette indépendance tarde à venir. Donc il est aussi urgent que le PQ protège MAINTENANT notre langue.

    • André Le Belge - Inscrit 29 mai 2013 10 h 52

      Le Québec, malheur pour nous, ne sera jamais indépendant car par deux fois, il s'est refusé un pays. C'est le seul exemple que je connaisse d'un peuple se refusant son indépendance...