Assurance-emploi - Ottawa isole les chômeurs

Depuis « plusieurs décennies », les organismes d’aide, les avocats et les représentants syndicaux de chômeurs pouvaient joindre un « agent de liaison » chargé des relations avec ces intervenants.
Photo: La Presse canadienne (photo) Ryan Remiorz Depuis « plusieurs décennies », les organismes d’aide, les avocats et les représentants syndicaux de chômeurs pouvaient joindre un « agent de liaison » chargé des relations avec ces intervenants.

La réforme de l’assurance-emploi ne touche pas que les chômeurs, mais aussi ceux qui les défendent. Ottawa a récemment décidé d’interdire toute communication verbale entre les fonctionnaires de Service Canada et les syndicats, avocats et groupes d’aide aux chômeurs, a appris Le Devoir.

La décision a été confirmée de vive voix par la direction des communications du bureau montréalais de Service Canada au Conseil national des chômeurs (CNC) et au Mouvement action-chômage de Montréal (MACM). Le responsable du dossier de l’assurance-emploi à la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), Marc Bellemare, a lui aussi été mis au parfum et a constaté les premiers effets de la nouvelle politique.


« Dorénavant, il faut tout traiter par télécopieur ou par la poste, il n’y aura plus de communication verbale entre nous et la machine », indique Pierre Céré, porte-parole du CNC. Son organisme a été informé de ce changement opérationnel mardi matin.


Le MACM a reçu un message semblable il y a deux semaines. « On nous a dit d’acheminer nos demandes par télécopie au centre de traitement de Boucherville [un des six centres du Québec] », dit Jacques Beaudoin, porte-parole du mouvement. « Ce n’est pas compliqué, ajoute Marc Bellemare : on ne peut plus parler à personne - ni obtenir des informations - avant de déposer un appel. »


Depuis « plusieurs décennies », les organismes d’aide, les avocats et les représentants syndicaux de chômeurs pouvaient joindre un « agent de liaison » chargé des relations avec ces intervenants. Ces agents « faisaient le suivi et pouvaient faire débloquer un dossier sans qu’on ait à passer par le système d’appel », explique M. Beaudoin. L’agent de liaison était « l’interface entre [les intervenants] et la machine administrative ».


En 2010, le rôle de ces agents a été modifié dans le cadre d’une restructuration touchant l’assurance-emploi, rappelle Pierre Céré. Nouveau titre (« spécialistes des services au citoyen » - SCC) et nouveau mandat. Les SCC ne pouvaient plus régler de dossiers, mais « ils étaient de bonnes courroies de transmission », dit M. Céré.


« Au moins, nous avions toujours un point de contact pour chaque dossier, quelqu’un avec qui dialoguer, ajoute M. Céré. Aujourd’hui, on nous renvoie au numéro général du bureau de Boucherville, où il n’y a même pas de boîte vocale. »


Tant M. Céré que M. Beaudoin estiment que la politique de communication restreinte forcera un plus grand nombre de prestataires à avoir recours au système d’appel - le nouveau Tribunal de la sécurité sociale, entré en fonction le 1er avril.

 

Première tentative


À l’époque du dernier changement, en 2010, Service Canada avait déjà tenté d’imposer des communications strictement écrites entre les défenseurs des chômeurs et les SCC. L’expérience a duré quelques semaines. « C’était la folie furieuse, indique Pierre Céré. On nous disait d’envoyer nos demandes par télécopieur ou par la poste, les délais de retour étaient longs, ç’a été le bordel. » La situation était revenue à la normale après une rencontre avec Diane Viau, responsable des communications au bureau de Montréal de Service Canada.


Pour des organisations comme le CNC, le MACM et la FTQ, le contact avec les SCC était précieux, dit-on. « Quelqu’un venait nous voir avec un problème, illustre Jacques Beaudoin, on lui demandait une procuration et on soumettait son cas à l’agent de liaison ou au SCC. Celui-ci pouvait alors en discuter avec l’agent de traitement et nous revenir pour expliquer ce qui clochait. »


Selon Pierre Céré, ce système permettait de régler de manière informelle une foule de cas attribuables à des erreurs administratives. « C’était aussi utile pour qu’on se fasse une tête sur un dossier, dit-il. Avant de faire une intervention officielle, on veut voir le dossier de la personne, comprendre où est le problème, ce que dit l’employeur, ce que dit l’employé. Comme on a 30 jours pour demander la révision d’un dossier refusé, c’est important d’avoir des réponses rapides à nos questions. Et je doute que ce soit le cas à l’avenir. »


Service Canada n’a pas répondu directement aux questions - écrites - du Devoir. Dans un courriel transmis en fin de journée, l’agence affirme que son « modèle de livraison de service repose sur une stratégie nationale de gestion de la demande afin d’assurer l’uniformité du service ». Mais elle n’a fourni aucune explication sur le changement de politique affectant les experts en défense des chômeurs.

48 commentaires
  • Serge Grenier - Inscrit 22 mai 2013 05 h 59

    Transparence

    C'est ça que Monsieur Harper appelle «le gouvernement le plus transparent au monde» ?!

    • Jimmy Lapierre - Inscrit 22 mai 2013 10 h 03

      Harper est déjà plus transparent qu'Obama qui persécute les journalistes un après l'autre en ce moment.

    • Alexie Doucet - Inscrit 22 mai 2013 10 h 17

      La transparence selon Kim Jung Harper!

  • Renaud Blais - Inscrit 22 mai 2013 06 h 36

    Mais qui a élu cet anti gouvernement ?

    Ce gouvernement qui, avec la division à prévoir de l'opposition, sera réélu majoritaire dans 2 ans; mais qui a bien pu élire ce gouvernement qui ne croit pas au gouvernement ?
    Qui a intérêt à détruire le gouvernement ?
    Renaud Blais
    Québec

    • Léonel Plasse - Abonné 22 mai 2013 14 h 46

      Vous qui habitez Québec devriez le savoir.

    • Daniel Bérubé - Inscrit 23 mai 2013 18 h 55

      Il peut se passer beaucoup de chose en deux ans (prochaine élection) ... autant qu' il était difficile de prévoir où nous en sommes aujourd'hui, il y a deux ans... ;-)

  • Jeff Cavalero - Inscrit 22 mai 2013 07 h 06

    Ottawa n'isole pas les chômeurs

    Ottawa n'isole pas les chômeurs, il rend muet leurs bégaiements, leurs charabias d'hommes parfois désespérés, pour ne laisser que la demande, la forte réclame de leurs personnes les poussant à se remettre debout [souvent, pas toujours ; je ne veux pas généraliser (parfois... on s'en fout, on est riche en n'ayant rien et notre avenir s'y voit vraiment, avec la ferveur ultime du temps)].

    Mais n'empêche, ce monde m'est étrangé : je ne devine rien, j'y crois.

    • Jacques Beaudry - Inscrit 22 mai 2013 08 h 01

      Pour le charabia, vous êtes un champion

    • Daniel Courville - Inscrit 22 mai 2013 08 h 50

      WTF?

    • Jeff Cavalero - Inscrit 22 mai 2013 09 h 20

      Désolé, il n'y a rien à comprendre.

    • Daniel Langlois - Abonné 22 mai 2013 12 h 48

      Mille pardons, je ne comprends vraiment pas votre intervention.

  • Benoît Landry - Inscrit 22 mai 2013 07 h 40

    Le siècle des communications

    À l'heure d'Internet, les conservateurs font marche arrière en ne répondant plus au téléphone et veulent fonctionner par fax et par la poste. Doit-on être heureux qu'ils ne veuillent par revenir aux pigeons voyageurs.... tant qu'à se prétendre le pays le plus transparent au monde

    • Nicole Moreau - Inscrite 22 mai 2013 11 h 32

      j'aime beaucoup votre commentaire dont je partage l'idée. Merci de l'avoir si bien exprimé

    • Joey Hardy - Inscrit 22 mai 2013 11 h 46

      Ils veulent délibérément ajouter des délais et espérer que les gens vont renoncer aux prestations auquelles ils ont droit. Tous les moyens sont bons pour ralenter la cadence.

    • Raymond Carles - Inscrit 22 mai 2013 13 h 21

      On a viendra bientôt aux signaux de fumée… Mais c'est peut-être déjà le cas (sénat) et, comme il n'y a pas de fumée sans feu, c'est peut-être une bonne chose finalement :-)

    • Victoria - Inscrite 23 mai 2013 07 h 07

      Vive la technologie et les communications! Bien exprimé, M. Landry.

      Et, Postes Canada déplacent les boîtes aux lettres en région. Il faut aller chercher notre courrier parfois à plus de 5 km, comme au début du 20e siècle. Il paraît que ce serait une question de sécurité pour les facteurs, du moins c’est la dernière excuse que nous avons eu en milieu rural.
      Et, c’est loin d’être tout le monde en région qui a accès Internet ou un télécopieur. Moi, j’ai accès à la basse vitesse. Nous sommes dans un corridor où les ondes sont inefficaces. Même la télé numérique est un problème. Le cellulaire, c'est pourri.

      ESSAI-ERREUR. C.est dispendieux avant de trouver le bon système et encore, les quelques personnes qui ont accès à une plus grande vitesse, ça plante à tous les jours et, plusieurs fois par jour. Plusieurs ont abandonné l’Internet, faute d’un réseau fiable et trop dispendieux. Il paraît que passer le câble ou la fibre optique serait trop dispendieux en milieu rural. Alors, on sèche… et, on nous tient ben endormi!

  • ghislaine fortin - Inscrite 22 mai 2013 07 h 43

    Banque privée pour le gouvernement....

    On s'arrange pour couper de plus en plus de prestations.....on ne coupe pas le montant de cotisation à la source! L'employeur et employé paient autant. Donc, on peut en déduire que l'assurance chômage sera une source inépuisable d'argent que le gouvernement pourra détourner à d'autres fins. C'est le but de la "réforme" selon moi: s'en mettre plein les poches d'une manière détournée et ainsi clamer que le gouvernement n'augmente pas les impôts.

    La Cour suprême a perdu une belle occasion, lors du vol de $54 milliards, d'indiquer que cet argent appartenait à toutes les personnes ayant cotisées et à ceux qui sont en chômage par la suite, que le gouvernement n'avait pas le droit de détourner cet argent à d'autre fin. C'est la réflexion que je m'étais faite lors du jugement....

    Cela demeure pour moi du vol, du détournement.

    • Michaël Lessard - Abonné 22 mai 2013 11 h 30

      Bien d'accord.

      Cette assurance, payée par les gens pour une raison précise, fournit en masse d'argent pour offrir les services de qualité et mieux appuyer des gens au chômage.

      C'est du vol.

    • Nicole Moreau - Inscrite 22 mai 2013 11 h 37

      je crois que vous avez raison, le développement de futurs programmes ou le paiement des F-35 par exemple, pourrait se faire grâce à l'argent "économisé" par les sanctions imposés aux chômeurs, ce qui détournerait clairement l'assurance-emploi de sa mission première.

    • Raymond Carles - Inscrit 22 mai 2013 13 h 44

      Effectivement Mme Fortin, cette décision a légalisé le détournement d'argent par le gouvernement. Déplorable que ce tribunal ait été à ce point inconséquent (partial ?-mais non! ça ne se peut pas voyons!), mais encore bien plus effrayante est l'idée que le peuple, au nom de la sacro-sainte course au déficit zéro, soit resté quasi muet. « Qui ne dit mot consent » et les gouvernants actuels en avaient bien pris note, c'est évident.

      On qualifie cette façon de faire de « ballon d'essai », et je crois que la manœuvre actuelle en est un autre gros. Le gouvernement est en train de retirer, au vu et au su de tout le monde, le filet social que nous avons mis des décennies à mettre en place. Encore une fois, il ne se trouve qu'une minorité de Canadiens pour s'en offusquer, et, curieusement, ce sont majoritairement des Québécois.

      Et comme les dernières élections ont confirmé que ce gouvernement n'avait pas besoin du Québec pour régner majoritairement sur le plusse beau et transparent pays du monde…