Futurs avions de chasse canadiens - Lockheed Martin reprend ses efforts de persuasion

Un avion de chasse Lockheed Martin Strike Fighter F-35. Le fabriquant doit reprendre ses efforts afin de convaincre que ses appareils sont ceux qu’il faut au Canada.
Photo: La Presse canadienne (photo) Un avion de chasse Lockheed Martin Strike Fighter F-35. Le fabriquant doit reprendre ses efforts afin de convaincre que ses appareils sont ceux qu’il faut au Canada.

Fort Worth, Texas – Après des mois de critiques, le gouvernement conservateur a remis les compteurs à zéro, l’hiver dernier, dans le dossier de l’acquisition des prochains avions de chasse. Résultat, Lockheed Martin, qui se croyait assurée de vendre ses F-35 à l’armée de l’air canadienne, doit maintenant reprendre ses efforts afin de convaincre tout le monde, de nouveau, que ses appareils sont ceux qu’il faut au Canada.

L’opération de charme n’est pas timide ; conférence et démonstration de son simulateur de vol à Montréal ce mercredi de même que dans tout le pays au cours des prochains mois, sans compter des invitations lancées à des médias canadiens - de même qu’étrangers - afin qu’ils viennent découvrir l’univers du F-35 à l’endroit même où il est créé et assemblé. L’objectif est clair : « corriger certains mythes et la désinformation ».


Dès le début d’une de ces visites au Texas et en Floride, à laquelle a participé Le Devoir il y a dix jours, les représentants de Lockheed insistent sur les capacités du F-35. Un avion furtif de cinquième génération, indétectable. Billie Flynn, ex-pilote de CF-18 devenu pilote d’essai pour les F-35, reconnaît qu’il ne s’agit pas d’une caractéristique nécessaire pour surveiller l’Arctique, mais la faible observabilité « n’est plus un accessoire, c’est un absolu […] Vous auriez un énorme avantage s’ils ne sont jamais au courant que vous étiez en train de patrouiller ».


Un argument de vente pour Lockheed, qui demeure malgré tout « périssable » puisqu’il y aura toujours de nouveaux radars, selon Dave Perry, analyste à l’Institut de la conférence des associations de la défense. Le second atout du F-35, presque plus important, dit M. Flynn, c’est le casque, capable de fusionner les données des six radars disposés sur la coque de l’avion, de permettre au pilote de voir à 360°, et de communiquer avec les autres appareils déployés.


Si Lockheed et M. Flynn font l’apologie du casque, d’autres pilotes reconnaissent qu’il n’est pas encore au point. Certains ont rapporté une image vacillante par moments ou une vision double, et des bris mécaniques qui font que, régulièrement (jusqu’à une fois par semaine), les pilotes qui s’entraînent en Floride doivent commander une pièce de remplacement au fournisseur. En cas de panne du casque, le pilote pourra faire atterrir l’appareil comme tout autre de génération précédente, mais l’interconnectivité avec la flotte n’est plus.


« Si le casque ne fonctionne pas comme ils le veulent, alors cet appareil n’aura pas toutes les caractéristiques qui font qu’on le voulait », note M. Perry.


Or, c’est le propre d’un projet en développement que de devoir être adapté au fur et à mesure qu’on le teste, rétorque Lockheed, qui assure que les soucis seront réglés en 2015, lorsque le Canada prévoit commander ses appareils.


« Puisque ce n’est pas un avion qui a fini d’être développé, cela veut dire qu’il y aura beaucoup d’inconnues quant aux coûts, et à terme peut-être même que certaines de ces choses qu’on nous a promises ne pourront pas être concrétisées », s’inquiète de son côté Paul Maillet, ex-ingénieur de l’Aviation royale canadienne (ARC) et critique du F-35.


Car, autre source d’inquiétude : le prix. Pour l’instant, le modèle A qu’envisage Ottawa doit coûter 85 millions de dollars l’unité.


Or, certains partenaires du programme d’avions de chasse F-35 ont réduit le nombre d’appareils qu’ils prévoient acquérir. Lockheed n’était pas en mesure de préciser la variation de prix que ces modifications de demandes pourraient entraîner. On s’est contenté d’insister sur le fait que le plus gros acquéreur, les États-Unis (avec quelque 2000 appareils, dont 1760 de modèle A), avait fait preuve d’un « engagement extrêmement ferme ».


Mystère aussi sur les coûts de maintenance


Autre question sans réponse ; ce qu’il en coûtera à Ottawa pour entretenir sa flotte de 65 appareils. Tout dépend de l’utilisation qui en sera faite, dit Lockheed.


L’an dernier, le sous-ministre de la Défense responsable du matériel, Dan Ross, avait estimé en comité parlementaire qu’il en coûterait de 50 à 100 millions de plus par année que pour les CF-18.


Après avoir annoncé que leur choix s’était arrêté sur les F-35, en 2010, les conservateurs avaient martelé que la participation du Canada au programme international permettrait d’énormes retombées économiques. Pour l’instant, des contrats d’une valeur de 450 millions de dollars ont été octroyés à des entreprises canadiennes. En coulisses chez Lockheed, on reconnaît que le Canada s’en est particulièrement bien tiré. Et Lockheed projette d’autres retombées qui pourraient se chiffrer à dix milliards. Mais elles seront conditionnelles à l’achat d’appareils par Ottawa. Des firmes canadiennes pourraient toujours miser, mais « nous allons nous concentrer sur les retombées industrielles dans les pays qui achètent des F-35 », a confirmé David Scott, directeur du développement international du fabricant.


Une opération charme unique


Lockheed fait cavalier seul avec son opération séduction. Les autres fabricants qui tentent de lui ravir le contrat de remplacement des CF-18 - Boeing avec son F-18 Super Hornet, et Dassault avec son Rafale - n’ont pas lancé de tel blitz publicitaire au pays. « Le Canada est toujours un partenaire du programme JSF [F-35]. Il n’y a ni concurrence ouverte, ni appel d’offres », a-t-on répondu chez Dassault, semblant estimer que les dés du nouveau processus de sélection sont pipés.


La visite organisée par Lockheed Martin - aux frais de l’entreprise, notamment pour l’auteur de ces lignes - a promené une petite dizaine de journalistes dans son usine de fabrication des F-35 située à Fort Worth au Texas - dont la chaîne de production fait deux kilomètres -, en enchaînant les séances d’information sur les capacités de l’appareil et le déroulement du programme de développement. Au deuxième jour, le groupe a passé la journée à la base d’entraînement de l’armée aérienne d’Eglin, en Floride, pour voir des avions de chasse décoller, feindre un atterrissage, et atterrir, bouchons aux oreilles jumelés à des casques protecteurs.


Et s’il y avait un changement de gouvernement ?


Autre sujet tabou chez Lockheed ; qu’adviendra-t-il si le NPD - farouche opposant aux F-35 - prend les rênes en 2015, année même où le Canada prévoit commander ses appareils ? La question a été accueillie de rires, suivis d’un silence. « Indépendamment de qui sera au gouvernement, nous croyons que, si le Canada décide de remplacer ses CF-18 et de conserver une capacité de chasseurs de nouvelle génération, le F-35 est la meilleure solution […] Nous allons communiquer les faits quant à notre programme et à ses capacités », a finalement répondu le directeur de la campagne du F-35 au Canada, Keith Knotts, en expliquant qu’il rencontre aussi des néodémocrates, tout comme des conservateurs et des libéraux.


Le lendemain de cette conversation, des journalistes hollandais se sont joints à la visite à la base d’Eglin. On leur a appris que leur pilote, venu s’entraîner, n’était pas encore monté dans leur premier F-35... car l’adhésion de la Hollande au programme est maintenant en suspens, à la suite de l’élection qui a porté un gouvernement de coalition au pouvoir, et dont l’un des partis s’oppose aux F-35.


 

Les frais de transport et d’hébergement de la journaliste du Devoir ont été payés par Lockheed Martin.

11 commentaires
  • Josette Allard - Inscrite 21 mai 2013 06 h 47

    Chasseur F-35

    Si la compagnie s'entête ainsi serait- ce parcequ'elle aurait reçu du gouvernement de Harper l'assurance que le " deal" se ferait peu importé ce qu'en diront les contribuables canadiens?

  • Serge Lemay - Inscrit 21 mai 2013 07 h 02

    a-t-on vérifié les dessous de table ?

    Un élément longtemps jugé comme négligeable dans la commercialisation des chasseurs vient d'être révélé par rapport aux mirages des années 70. Dassault a bel et bien usé d'influences et de pot de vin pour la commercialisation de ses avions de chasse et on le sait maintenant les partouzes étaient monnaie courante pour persuader les acheteurs potentiel. Aujourd'hui, qu'en est-il ? Le saura-t-on seulement dans vingt cinq ans. Tant d'argent pour la militarisation des pays soit disant développés ? Le barbarisme a atteint des sommets de technologie mais pas de philosophie, ni d'humanisme !

  • Yves Perron - Inscrit 21 mai 2013 08 h 02

    Quand ça pue..

    Je ne suis pas ingénieur, encore moins spécialiste en avions de chasse. Mais quelque chose me dit que cette compagnie et toute cette propagande pue et qu'il s'agit d'un puit sans fond dans lequel nos taxes seront encore une fois siphonées avec la complicité de notre bon gouvernement fédéral. En plus on a aucun besoin d'un avion de chasse de nos jours a moins de vouloir aller attaquer des pays qui n'ent ont pas.

    Je me méfie toujours de ceux qui dépensent beaucoup d'argent pour nous vendre leurs bébelles et qui essaient de nous faire de la (propagande).

  • François Dugal - Inscrit 21 mai 2013 08 h 22

    Un précédent

    Rappel de l'ère Chrétien; l'annulation du contrat des hélicos: 500 millions pour ne rien avoir.

  • Georges LeSueur - Inscrit 21 mai 2013 08 h 39

    Joujou militaire inutile, fragile et coûteux

    L'intense opération visant à vendre le F35 au Canada semble faire fi des multiples problèmes qui rendent cet appareil non fiable et de plus extrêmement coûteux, tant à l'achat qu'à l'entretien.
    Le Canada ne doit pas se fourvoyer dans ce marché où l'engagement américain l'entraine.

    Militairement, rien ne justifie l'achat d'un appareil de combat sophistiqué pour un Canada qui n'a pas comme les E-unis la fibre guerrière pour porter la guerre sur d'autres continents.