Le sénateur Duffy quitte le caucus conservateur

Devant la controverse, le sénateur Mike Duffy a choisi de siéger comme indépendant.
Photo: La Presse canadienne (photo) Sean Kilpatrick Devant la controverse, le sénateur Mike Duffy a choisi de siéger comme indépendant.

Si Stephen Harper ne s’est pas formalisé d’apprendre que son chef de cabinet, Nigel Wright, a signé le chèque de 90 000 $ qui a servi au sénateur Mike Duffy pour rembourser le Sénat, ce dernier a pourtant choisi de remettre sa démission du caucus conservateur et siégera désormais comme indépendant.

Dans un bref communiqué publié jeudi soir, M. Duffy a reconnu que la controverse à laquelle il est mêlé est devenue une distraction pour ses collègues du caucus et du gouvernement. « Parce que ma présence au sein du caucus conservateur contribue à cette distraction, j’ai décidé de quitter le caucus et de siéger à titre d’indépendant, le temps que ces questions soient résolues », indique M. Duffy.


Une source conservatrice a par ailleurs annoncé en soirée qu’il « y a un nombre grandissant de questions au sujet du comportement de M. Duffy qui demeurent sans réponse. M. Duffy devra y répondre à titre de sénateur indépendant. »


Mardi soir, lorsque CTV a révélé que M. Wright a fait cadeau - à l’insu de M. Harper - de 90 172 $ au sénateur afin qu’il repaie au Sénat les allocations de résidence qu’il aurait touchées à tort, M. Duffy avait plaidé que « Nigel n’a eu aucun rôle » et que l’argent provenait d’un prêt de la Banque Royale. Mais le bureau de M. Harper a confirmé, mercredi, que M. Wright avait offert la somme.


De passage à New York jeudi, M. Harper n’a pas pris de questions des médias qui l’accompagnaient. Mais il a défendu son chef de cabinet par la voix d’un porte-parole. « Nigel garde la confiance du premier ministre », a-t-on indiqué par courriel.


Les comptes de dépenses de M. Duffy ont par ailleurs continué d’être épluchés par les médias. La Presse canadienne a révélé jeudi que le sénateur a réclamé des indemnités quotidiennes au Sénat en avril 2011 - soit pendant qu’il participait à la campagne électorale. À sept dates, s’il plaidait faire du travail sénatorial, M. Duffy a aussi été indemnisé par les campagnes de candidats conservateurs à qui il était venu prêter main-forte.


Enquêtes demandées


La commissaire à l’intégrité a confirmé qu’elle allait « approfondir » cette affaire, mais son bureau n’a pas précisé si une enquête était ouverte.


Du côté de la conseillère en éthique du Sénat, on rappelle - sans commenter le cas Duffy - qu’en vertu du code sénatorial, un sénateur ne peut accepter de « cadeaux […] qui pourraient raisonnablement être considérés comme ayant un rapport avec la charge », et tout cadeau de plus de 500 $ doit être déclaré dans un délai de 30 jours. Le chèque de M. Wright a été signé fin février et le sénateur n’a toujours rien déclaré.


Le NPD a d’ailleurs demandé à la conseillère du Sénat de faire enquête, mais le bureau ne confirme pas non plus s’il accédera à la demande. « Outre I’aspect extrêmement inquiétant voulant que M. Duffy ait fait payer ses erreurs par quelqu’un d’autre, il me semble qu’en recevant ce soi-disant « cadeau », le sénateur a enfreint certaines règles d’éthique du Sénat », s’est plaint le député Charlie Angus.

 

Deux autres sénateurs


Outre M. Duffy, les sénateurs Mac Harb (ex-libéral) et Patrick Brazeau (ex-conservateur) ont été sujets à l’enquête du Sénat, après qu’il fut révélé qu’ils habitaient principalement la région d’Ottawa même s’ils récoltaient des allocations de logement en affirmant que leur résidence principale était à plus de 100 km de la capitale. MM. Harb et Brazeau se sont vu réclamer 51 482 $ et 48 744 $.


Tous deux contestent, car le rapport que le Sénat a commandé à Deloitte a conclu que les règles sénatoriales en matière de résidence principale ne sont pas claires. Le sénateur Brazeau a écrit au Bureau de la régie interne en réclamant qu’il explique, lors d’une réunion publique, le processus qui lui a permis de conclure qu’il doit rembourser.


 

Avec La Presse canadienne

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