Recensement - Inquiétude chez les francophones hors Québec

Ajoutant leurs voix à celles des Anglo-Québécois, c’est au tour des francophones hors Québec de se plaindre des conséquences de l’abandon du formulaire long obligatoire du recensement. Ils estiment que le manque de précision - voire l’absence - des données à propos de leurs communautés nuira à l’obtention de services adaptés à leurs besoins.


« On n’est très certainement pas apaisés parce que les premières données démontrent que la fiabilité et la comparabilité des données existent au niveau macro, mais qu’au niveau micro, elle n’est pas atteinte », explique en entretien téléphonique la directrice générale de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Suzanne Bossé.


En 2010, la FCFA avait contesté devant la Cour fédérale la décision d’Ottawa de rendre volontaire le formulaire de recensement long dans lequel se trouvaient les questions portant sur la langue. La FCFA avait perdu sa cause, mais le gouvernement conservateur avait par la suite accepté de transférer les questions linguistiques du nouveau formulaire long volontaire (ENM) au formulaire court obligatoire.


Sauf qu’à la lumière des premières données de l’Enquête nationale auprès des ménages (ENM) rendues publiques la semaine dernière, la FCFA juge que le compromis de 2010 n’a pas empêché une détérioration de la valeur des données qui concernent ses membres.


C’est qu’en dévoilant la première tranche de l’ENM, Statistique Canada a indiqué qu’elle ne rendrait pas publiques les données brossant le portrait socio-économique précis de 1128 municipalités canadiennes (dont près de 300 québécoises). Le taux de réponse à l’enquête n’a pas dépassé 50 % dans ces communautés. Sous ce seuil, Statistique Canada estime que les résultats ne sont pas fiables. En 2006, quelque 200 communautés avaient été exclues de la sorte.


Or, Suzanne Bossé fait valoir que les communautés francophones en situation minoritaire ont tendance à être très petites et sont donc directement touchées par cette décision de Statistique Canada.


« Nos communautés sont petites, elles sont dispersées. Si Statistique Canada ne peut pas garantir avec les résultats de l’ENM que les petites communautés sont prises en considération dans l’analyse des tendances, alors ça pose problème, continue Mme Bossé. Que ce soit le revenu d’emploi, le revenu des femmes, la scolarisation, l’accès à différents services, on ne peut plus faire cette analyse. Les municipalités et les villages sont à court d’informations pour établir leurs politiques publiques. »


Bref, l’obligation de répondre aux questions linguistiques permet peut-être encore de dénombrer le nombre de francophones dans un secteur donné, mais la non-fiabilité des autres données concernant ce secteur ne permet pas de savoir si ces francophones sont bien desservis par les services publics et quels ajustements doivent être apportés.


Mme Bossé donne l’exemple du transport dans le nord du Nouveau-Brunswick, où l’offre de services publics est déterminée en fonction des distances à parcourir entre petites villes. « On ne pourra pas déterminer comment établir des politiques urbaines de transport pour s’assurer que les citoyens ont accès aux services. »

 

La FQM emboîte le pas


Cette sortie de la FCFA s’ajoute à celle du Quebec Community Groups Network, dont Le Devoir faisait état lundi. D’autres emboîtent également le pas. Mardi, la Fédération québécoise des municipalités (FQM) évoquait ainsi des « conséquences majeures » pour ses membres.


« Nous utilisions les données pour la planification des interventions, a indiqué le président de la fédération, Bernard Généreux. Ces planifications doivent être appuyées sur des faits documentés. Je ne vois pas comment et par qui nous pourrons trouver dans le futur ce que Statistique Canada nous donnait comme informations auparavant. »


M. Généreux pense que la décision de Statistique Canada causera de « graves » problèmes quand viendra le temps « d’ajuster les réponses qu’il faut apporter aux différentes problématiques vécues par les plus petites communautés. On proteste souvent contre les formules qui ont le défaut d’être mur à mur et trop larges - mal adaptées. Mais pour s’ajuster aux réalités locales, il faut savoir de quoi on parle. »


Des arguments que fait aussi valoir le directeur général du Centre local de développement et de la MRC de la Côte-de-Gaspé, Bruno Bernatchez.


D’autres sont toutefois moins inquiets par rapport à cette situation. C’est le cas en Saskatchewan, où pourtant, plus de 500 communautés représentant 43 % de toute la province ont été exclues à cause d’une fiabilité des données défaillante. « Nous étudions encore les données pour en mesurer l’impact sur la Saskatchewan, a mentionné le bureau du premier ministre Brad Wall. Nous regardons du côté d’autres juridictions pour trouver quelles mesures peuvent être prises pour améliorer le taux de réponse. »