Point chaud - «Je ne regrette rien»

Le maire de Percé, Bruno Cloutier, devant le quai fédéral encore partiellement bloqué.
Photo: Thierry Haroun Le Devoir Le maire de Percé, Bruno Cloutier, devant le quai fédéral encore partiellement bloqué.

Le grand coup de gueule poussé récemment par le maire de Percé, Bruno Cloutier, contre la décision de Pêches et Océans Canada (MPO) de barricader le quai du village pourrait finalement porter ses fruits, alors que l’infrastructure portuaire pourrait rouvrir sous peu, tant pour les touristes que pour les bateaux d’excursion.

« J’ai eu une conférence téléphonique avec la direction du MPO vendredi. […] Je vous dirais que le ministère a démontré beaucoup de compréhension. À la lumière des premières évaluations [d’un rapport d’ingénieurs de la firme CIMA + mandatée par le ministère qui vise à recenser l’état du quai], on nous a presque assuré que le quai va rouvrir bientôt. Ç’a été positif, mais il n’y a rien de coulé dans le béton », affirme M. Cloutier, qui a reçu Le Devoir samedi matin à sa table de cuisine jonchée de documents témoignant du bras de fer qui l’a opposé au cours des dix derniers jours avec le ministère fédéral des Pêches.


Si le ton a visiblement baissé entre les deux parties, le maire n’en démord pas : si c’était à recommencer, il referait son coup d’éclat. « Je ne regrette rien et, si c’était à refaire, je ferais précisément la même chose. Le ministère des Pêches était au courant de l’état du quai depuis deux ans. D’autant que nous avions eu une rencontre avec eux le 20 février dernier sur cette question et nous leur avions expédié une résolution le 5 mars suivant leur demandant d’effectuer les travaux nécessaires le plus rapidement possible. Et en guise de réponse, on nous érige une clôture ! Ils ont bloqué tout le quai alors que c’est une petite partie du quai qui doit être sécurisée. Moi, j’ai une population à défendre. La décision du MPO mettait la saison touristique en péril. C’est un risque que j’ai pris pour tenter de sauver notre industrie », fait valoir M. Cloutier qui croit que la véritable intention derrière la fermeture du quai par Pêches et Océans Canada a été de mettre de la « pression supplémentaire dans le cadre des négociations concernant le transfert du quai à la municipalité. On est prêt à négocier, mais dans la mesure où le quai est remis en état et accompagné d’un financement d’entretien sur trente ans. »


On rappellera qu’à la suite de la décision du ministère fédéral des Pêches de bloquer l’accès du quai par une barricade (constituée de clôtures de métal et de bloc de ciment) le 2 mai pour des raisons de sécurité, Percé a mis en demeure le MPO dès le lendemain de rouvrir le quai le lundi 6 mai au plus tard, à défaut de quoi, des conséquences devaient s’ensuivre. Devant l’inaction du MPO, le maire Cloutier a ordonné une équipe d’employés municipaux de démanteler la barricade, le 7 mai, donnant ainsi accès seulement aux piétons à cette infrastructure qui permet de voir le rocher Percé de plus près. Les employés ont laissé sur place quelques de blocs de ciment pour éviter l’accès à des véhicules. En réaction, Pêches et Océans avait demandé « aux gens de ne pas circuler sur le quai pour des raisons de sécurité ».

 

Jouer les matamores


« Le gouvernement fédéral peut bien jouer les matamores avec l’assurance-emploi. C’est facile de viser des gens qui ne peuvent pas se défendre, mais le gouvernement s’aperçoit que c’est plus difficile avec les quais parce qu’on s’est défendus », tonne M. Cloutier qui a été candidat pour l’ADQ dans la circonscription de Gaspé en 2007. Selon lui, la réforme de l’assurance-emploi nuit aux régions et aux travailleurs saisonniers. « C’est le travail qui est saisonnier, pas les travailleurs. Les gens ici sont vaillants. Ils veulent travailler le plus longtemps possible. Mais cette réforme vise à vider les régions comme la nôtre. Elle a un impact sur le tissu social », juge celui qui a occupé des postes de haute direction à la Ville de Percé pendant plus de trente ans jusqu’à sa démission en 2003.


Quant à la toute récente Stratégie d’intervention du gouvernement du Québec pour le développement de la région Gaspésie -Îles-de-la-Madeleine, qui couvre des grands chantiers, tels le tourisme et la forêt, M. Cloutier, en dit du bien. « C’est encourageant comme stratégie qui a reconnu d’ailleurs plusieurs de nos projets comme la reconstruction de la promenade, mais aussi plusieurs projets pour l’ensemble de la Gaspésie. C’est aux acteurs de la région maintenant de se retrousser les manches parce qu’il n’y a rien qui va tomber du ciel », croit celui qui a bien connu à Percé les ex-membres de la cellule Chénier, dont les frères Jacques et Paul Rose ainsi que Bernard Lortie, à l’été 1969 pour fonder une Maison du pêcheur et en faire un lieu de rassemblement pour conscientiser les jeunes à la politique.


À cette époque, ces jeunes révolutionnaires n’étaient pas membres du FLQ. Seulement voilà, leur passage à Percé a tourné à la confrontation avec les autorités locales. «Je me souviens bien de cette époque. Ça nous a tous marqués. Je les ai bien connus, et j’en garde un bon souvenir parce qu’ils ont invité les Gaspésiens à se prendre en main», se souvient M. Cloutier.


 

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