Revue de presse - Histoire sensible

Pas facile de parler d’histoire canadienne. Trop libérale ici, pas assez conservatrice là, attention aux souverainistes, manque de présence militaire à droite, ou peut-être y en a-t-il trop ? Le sujet divise.


La décision d’un comité parlementaire d’étudier et de comparer l’enseignement de l’histoire d’une province à l’autre a ainsi soulevé au cours des derniers jours une controverse répercutée dans plusieurs médias canadiens. Le débat a porté autant sur la forme - la légitimité du comité de mettre un pied dans un champ de compétence provincial - que sur le fond : quelle histoire voulons-nous dans nos écoles ?


Le comité a finalement choisi de restreindre son champ d’analyse, mais qu’importe, indique Andrew Coyne dans le National Post. Il maintient que le comité avait de bonnes raisons de se pencher sur cette question et il comprend mal la réaction de certains intervenants. N’est-il pas normal que les élus fédéraux s’intéressent à l’histoire du pays et qu’ils veuillent y réfléchir ? demande Coyne.


Il est probable que la grande fascination des conservateurs pour la guerre de 1812 et le libellé des intentions initiales du comité parlementaire (qui voulait porter une attention particulière aux exploits militaires du Canada) aient contribué à susciter la méfiance exprimée la semaine dernière, dit Andrew Coyne. Mais le chroniqueur estime qu’il est incontournable que le Canada s’intéresse à son histoire militaire. La participation du pays à certaines guerres a façonné l’histoire canadienne. L’enseignement d’une version de l’histoire baignée de « paix, d’ordre et de bonne gouvernance » a surtout « contribué à convaincre deux générations de jeunes Canadiens que leur histoire était ennuyante », alors qu’elle est remplie de personnages hauts en couleur.


Dans une lettre ouverte envoyée à l’Ottawa Citizen, le professeur Christopher Dummitt plaide lui aussi en faveur du projet du comité parlementaire… mais il aurait souhaité une véritable étude, plus large que ce qui est envisagé.


La réalité historique canadienne est multiple, complexe et sujette à créer des divisions - Thomas Mulcair se l’est fait rappeler avec le dossier de la Constitution, note Dummitt. « Aucun député ne veut vraiment parler d’histoire canadienne », dit-il.


Selon Dummitt, le défi sera toujours de trouver un juste équilibre dans la manière de présenter l’histoire. Elle n’est pas que sombre (les pensionnats amérindiens), mais elle n’est pas peuplée que de héros non plus, écrit-il. Et surtout, elle ne devrait pas être partisane, ajoute Dummitt : la vision des conservateurs, qui « minimisent les réalisations libérales pour les remplacer par des célébrations militaires et monarchiques », très peu pour lui.


Pour le chroniqueur du Toronto Star Adam Chapnick, l’étude d’un comité parlementaire pourrait justement aider à trouver ce point d’équilibre entre les différentes visions de l’histoire nationale - à condition d’avoir un comité neutre et comprenant des experts, ce qui n’est pas le cas présentement.


Chapnick insiste surtout sur l’importance qu’il y aurait à se pencher sur le concept même de l’apprentissage de l’histoire : comment voulons-nous l’enseigner, la transmettre ? Le contenant importe aussi, rappelle-t-il.

 

Revoir Trudeau


Le thème de l’histoire était aussi à l’honneur dans une chronique de Lawrence Martin publiée dans le Globe and Mail lundi. Martin évoquait la parution prochaine d’un livre de Bob Plamondon sur Pierre Elliott Trudeau, un des premiers écrits par un conservateur, note-t-il. Et c’est tant mieux, juge-t-il.


Le chroniqueur rappelle que l’histoire n’est jamais mieux servie que lorsqu’elle est analysée de manière équilibrée (soit dans un ouvrage, soit par la somme des contributions sur un sujet). Le livre de Plamondon, très critique du bilan Trudeau, jette un regard intéressant sur sa carrière, mettant en évidence ses échecs en matière de déficit, de chômage et d’inflation. Mais il ne porte pas assez attention au contexte historique, note Martin.


Une façon pour lui de rappeler que « les évaluations politiques sont le plus souvent déterminées par les affiliations [partisanes]. Les libéraux voient Trudeau d’une façon, les conservateurs le voient d’une autre, et les deux sont inconciliables. »

 

Garneau laissé de côté


D’histoire il est aussi un peu question dans une mésaventure récente du député Marc Garneau. L’ex-astronaute n’a pas été invité par le gouvernement à l’inauguration d’une exposition sur le Canadarm - alors même qu’il a contribué au développement du joyau scientifique. Comme si son rôle historique avait été rayé de la carte. Les conservateurs ont rétorqué que ce sont les organisateurs de l’exposition qui ont fait les invitations.


Mais pour Michael Harris (iPolitics), il est clair que les conservateurs ont « voulu punir un adversaire politique plutôt que d’honorer un astronaute ». Ce type de comportement est dans leur ADN, dit-il. D’autant qu’ils ont rejeté la faute sur un tiers parti, comme ils le font toujours, écrit Harris. « L’équipe Harper [The H-Team] n’est jamais responsable des mauvaises choses, ce sont toujours les subalternes. »


Citant quelques exemples, Harris avance que les conservateurs risquent de se brûler à force de « mensonges perpétuels, de coups bas incessants, de partisanerie excessive ». Au sud de la frontière, les républicains américains commencent à réaliser qu’un changement de ton et de message, voire de messager, serait bénéfique. Et ici aussi, estime Michael Harris.

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