Fermeture-surprise du quai de Percé

«Ce sera catastrophique pour toute l'industrie touristique régionale», estime l’Office du tourisme du Rocher-Percé.
Photo: Thierry Haroun «Ce sera catastrophique pour toute l'industrie touristique régionale», estime l’Office du tourisme du Rocher-Percé.

Le ministère fédéral des Pêches (MPO) a fermé sans avertissement mercredi le quai de Percé, ce qui a déclenché la colère des autorités de la municipalité. À tel point que Percé met en demeure le gouvernement fédéral de rouvrir le quai d’ici lundi, à défaut de quoi, des conséquences s’ensuivront, promet le maire Bruno Cloutier.

Percé a expédié une lettre tôt vendredi matin par courriel au MPO, dont nous avons obtenu copie, qui dit : « Nous vous mettons en demeure d’ici lundi prochain, au plus tard à 16 h, de rétablir l’accès au quai à la clientèle piétonnière, sans quoi nous prendrons les moyens appropriés pour le faire. Nous exigeons également qu’une étude exhaustive soit entreprise immédiatement sur l’état général du quai et que si des réparations d’urgence s’imposaient, qu’elles soient réalisées le plus rapidement possible, et ce, sans compromettre l’accès piétonnier. »


De plus, lit-on, « comme vous étiez déjà au courant de la situation prévalant au quai de Percé pour en avoir déjà été avisés, nous tenons votre ministère et le gouvernement du Canada responsable de la situation actuelle ».


Visiblement choqué, le maire Bruno Cloutier explique « avoir reçu un message mardi du ministère et ils ont mis les barricades mercredi. C’est déplorable et sauvage comme manière de faire. C’est précipité, comme décision, et je n’accepte pas ça ! On demande des expertises professionnelles pour voir s’il y a vraiment matière à fermer la totalité du quai. Écoutez, on parle d’une inspection visuelle. Il n’est pas normal de prendre une telle décision en raison de petits dommages sur le quai. On n’a pas à fermer tout le quai. En plus, ça nuit au travail des homardiers et les premiers tours de l’île Bonaventure débutent le 10 mai. Il faut faire quelque chose. »


Cette fermeture complique en effet le travail de la demi-douzaine de homardiers de Percé qui ont dû stationner, vendredi matin, leur camion sur la plage plutôt que sur le quai, près des débarcadères, ce qui les force à transporter leur cargaison de crustacés à pied sur le quai.


Lettre du MPO


Le Devoir a également mis la main sur le courriel, expédié par le MPO le 1er mai à la direction générale de Percé, et qui est à l’origine de ce bras de fer. On peut y lire : « Prenez note qu’à la suite d’une inspection visuelle du quai de Percé, nous allons procéder à une fermeture du quai en attendant une inspection plus approfondie. Un évidement et des perforations de la palplanche d’acier ont été constatés par notre technicien. Ce dernier a mandaté un entrepreneur afin d’installer des butoirs de béton pour fermer le quai à toute la circulation. Nous installerons un affichage indiquant les dangers sur la propriété d’ici vendredi prochain. La situation sera réévaluée à la suite des résultats de l’inspection structurale. »

 

Des inquiétudes soulevées


Par voie de communiqué, l’Office du tourisme du Rocher-Percé, qui représente 150 entreprises touristiques, affirme que si la situation perdure « ce sera catastrophique pour toute l’industrie touristique régionale », dont l’industrie des croisières internationales qui est en plein développement. « Il y a déjà plusieurs années que les utilisateurs du quai soutiennent que le quai a besoin de réparation. Cette fermeture, qui ne s’accompagne pas d’un plan d’action pour rassurer les utilisateurs du quai, est très inquiétante. D’autant plus que les premiers groupes qui doivent prendre un départ en mer sont prévus dans deux semaines. Ce sont près d’une centaine de milliers de personnes qui utilisent le quai chaque année pour prendre un départ vers l’île Bonaventure ou autres croisières en mer. »


Les Bateliers de Percé, qui exploitent plusieurs bateaux d’excursion au départ du quai de Percé, sont également mécontents. L’un des actionnaires, responsable de la mise à l’eau des bateaux, Kevin Cahill, n’en revient tout simplement pas, d’autant que la décision sans préavis du MPO vient tout chambouler sa nouvelle saison qui s’amorce sous peu.


« Ça ne nous arrange pas. C’est un peu tard pour nous annoncer que le quai est fermé indéfiniment. Et ce n’est pas le temps d’essayer de trouver un plan B au mois de mai. Le MPO aurait dû nous aviser quelques mois à l’avance. Le 13 mai, quand on va commencer [les tours de l’île Bonaventure], on n’aura pas d’autres choix que de partir du quai de L’Anse-à-Beaufils », déplore M. Cahill. Ce havre de pêche est situé à sept kilomètres de Percé. « Pis ça va nous coûter plus cher en diesel. Les gens vont devoir se déplacer à L’Anse-à-Beaufils. Et faire le tour de l’île ne prendra plus 60 minutes, mais bien 90 minutes. » Tout cela mis ensemble « n’a rien pour aider l’image de Percé », fait valoir, M. Cahill.


La préfète de la MRC du Rocher-Percé, Diane Lebouthillier, est du même avis. « L’heure est grave, monsieur. Percé est l’icône touristique du Québec et du Canada. Le quai, c’est le centre des activités. C’est encore une conséquence de l’abandon des infrastructures qui appartiennent au gouvernement fédéral. »


De son côté, le ministre québécois délégué aux Régions, Gaétan Lelièvre, assure qu’il en parlera sous peu « au cabinet de la première ministre [Pauline Marois] et on va voir rapidement ce qu’on peut faire pour soutenir la Ville de Percé et le milieu. Il est clair qu’on ne peut pas se substituer au gouvernement fédéral, qui devra prendre ses responsabilités. C’est inimaginable, ce qu’on vit présentement. »


Joint à Ottawa, le député néodémocrate de la Gaspésie -Îles-de-la-Madeleine, Philip Toone, juge que la situation est « catastrophique ». « Pêches et Océans n’ont qu’à prendre leurs responsabilités et réparer le quai. Ça fait des années qu’on leur dit. »

 

D’autres cas


La situation qui prévaut à Percé n’a rien d’exceptionnel. Au cours des dernières années, plusieurs municipalités et politiciens ont à maintes reprises exhorté Ottawa d’entretenir ses quais. À titre d’exemple, en novembre 2011, la Conférence régionale des élus de la Gaspésie -Îles-de-la-Madeleine demandait à Ottawa d’entretenir cinq commerciaux, dont l’état se dégradait, soit Chandler, Carleton-sur-Mer, Gaspé, Paspébiac et Sainte-Anne-des-Monts. La CRE avait alors rappelé « qu’au cours des années 1990, nous avons assisté au retrait graduel du gouvernement fédéral de différentes manières : diminution des budgets pour l’exploitation et l’entretien des infrastructures, transfert de quais à des intervenants locaux et régionaux, fermeture de quai, etc. »

 

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