Rapatriement: Harper ferme la porte aux demandes québécoises

«Soyons clairs, la priorité de notre gouvernement est l'économie du 21e siècle et pas des batailles constitutionnelles des années 1980.»
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir «Soyons clairs, la priorité de notre gouvernement est l'économie du 21e siècle et pas des batailles constitutionnelles des années 1980.»
Québec — Le premier ministre Stephen Harper a fermé la porte, vendredi, à une demande de l'Assemblée nationale pour qu'il ouvre les archives fédérales afin de faire la lumière sur le rapatriement de la Constitution.

M. Harper a déclaré que cette demande pourrait raviver des querelles dont la population s'est lassée.

Le premier ministre a expliqué qu'il laissera les demandes d'accès à l'information du gouvernement québécois suivre leur cours normal et qu'il n'a pas l'intention de rendre publics les documents réclamés.

Ouvrir les archives

Le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes et de la Gouvernance souverainiste, Alexandre Cloutier, qui attendait la réponse officielle de M. Harper à la motion unanime de l'Assemblée nationale, a rapidement exprimé sa déception.

La résolution demandait à M. Harper d'ouvrir les archives fédérales pour faire la lumière sur le rôle joué par un ancien juge en chef de la Cour suprême, Bora Laskin, lors du rapatriement au début des années 1980.

Un livre publié récemment a rendu publics des documents du gouvernement britannique indiquant que M. Laskin a eu des contacts avec des responsables politiques de la Grande-Bretagne et du Canada, en contravention avec les règles de séparation des pouvoirs judiciaire et exécutif.

M. Laskin aurait communiqué des informations confidentielles sur les délibérations des magistrats à propos de la légalité du processus de rapatriement de la Constitution, qui était à Londres jusqu'en 1982.

Lors d'une conférence de presse à Québec, M. Harper a signifié clairement son refus à la demande de l'Assemblée nationale.

«Soyons clairs, la priorité de notre gouvernement est l'économie du 21e siècle et pas des batailles constitutionnelles des années 1980, a-t-il dit. Et je pense que toute la population est tannée de ces discussions.»

Demandes d'accès à l'information


La semaine dernière, le gouvernement québécois a acheminé des demandes d'accès à l'information pour obtenir des documents qu'Ottawa a refusés à l'auteur du livre La bataille de Londres, Frédéric Bastien, dont les conclusions s'appuient sur des pièces provenant du gouvernement britannique.

M. Harper a déclaré vendredi qu'il n'a pas l'intention d'intervenir dans le traitement des demandes québécoises, acheminées à quatre ministères fédéraux.

«Il y a un processus légal pour l'accès à l'information et je n'ai pas l'intention de m'ingérer dans ce processus», a-t-il dit.

Les réponses de M. Harper sur le sujet, à un journaliste qui l'interrogeait, ont été accueillies par des applaudissements de l'auditoire à qui il confirmait des investissements de 82 millions pour le développement de technologies environnementales destinées au secteur de la production d'énergie.

Dans une entrevue, M. Cloutier a constaté que M. Harper a offert une fin de non-recevoir à la motion de l'Assemblée nationale.

«De toute évidence on ne donne pas suite à une motion unanime de l'Assemblée nationale, a-t-il dit. Par contre, nous, à Québec, nous avons le mandat de faire toute la lumière. [...] Nous nous sommes tournés d'abord vers le gouvernement pour qu'il ouvre ses livres, là ce que je comprends c'est qu'il refuse.»

M. Cloutier a estimé que M. Harper a une attitude contradictoire, alors que son gouvernement se préoccupe de l'enseignement de l'histoire du Canada.

«Il est pour le moins paradoxal qu'il donne le mandat à un comité d'examiner tout ce qui se fait sur le plan historique et qu'on est incapables en même temps de faire toute la lumière sur un des événements les plus importants de l'histoire du Québec qui est le rapatriement de 1982», a-t-il dit.

Vendredi dernier, après un examen de ses archives, la Cour suprême a conclu qu'elle ne disposait d'aucun document dans ses dossiers permettant de conclure que M. Laskin aurait communiqué des informations.

M. Harper, qui représente la circonscription de Calgary-Sud-Ouest, a affirmé que sa présence à Québec ne visait pas à contrer la popularité du chef libéral Justin Trudeau, qui est passé récemment par la capitale.

«Pour mes visites dans la région, Québec est la ville jumelle de Calgary, a-t-il blagué. Je dois visiter ma jumelle de temps en temps.»
31 commentaires
  • Martin Durocher - Abonné 3 mai 2013 15 h 15

    Papa à raison

    Merci M. Harper de décider ce qui est bon pour nous de savoir. Vivement la réforme de l'histoire du Canada, comme ça, on effacera tout, car ce qui compte vraiment, c'est l'économie du 21ème siècle, pas des affaires de l'ancien temps, des René-Lévesque et autres Louis-Joseph Papineau.
    Désespérant.

  • Marc Sauvageau - Inscrit 3 mai 2013 15 h 45

    Bataille de 1980 vs bataille de 1812

    L'histoire constitutionnelle du pays n'a pas d'importance pour Stephen Harper, cependant, les faits d'armes du Canada, surtout celui de 1812, là, " sky is the limit ". Et d'affirmer : « Évidemment, comme parlementaires fédéraux, nous avons un intérêt de promouvoir une connaissance de l'histoire canadienne. ». Quant à l'histoire de la constitution du pays, bof !

  • Jérémie Poupart Montpetit - Inscrit 3 mai 2013 15 h 51

    culture du déni

    "... Et je pense que toute la population est tannée de ces discussions."

    C'est d'Ailleurs pour celà qu'il n'y a PAS eu de motion unanime, qu'il n'y a PAS eu de tollé au Québec, qu'il n'y a PAS de livre ayant amené des éléments d'enquêtes pertinents, qu'il n'y a PAS de lien entre la confiance de l'électorat et la transparence de ses élus et qu'il n'y a PAS de de discussions sur le sujet...

    On se fiche de la justice constitutionnelle, l'économie est la priorité... Étrange discours, ça me rappelle certains autres urluberlus illuminés du partis:

    Il n'y a PAS de changement climatiques
    il n'y a PAS de risque au pétrole albertain
    Il n'y a PAS de grogne sur l'assurance emploi

    ou le classique:
    "this organism is NOT (écrit à la main à l'encre et hors du texte) recommended for federal financing" (Bev Oda...)

    à quand la fin de cette culture du déni ?

    Jérémie Poupart Montpetit

  • Jean Noreau - Inscrit 3 mai 2013 16 h 17

    Vieilles chicanes?

    Incroyable. Son gouvernement nous sort la guerre de 1812, dépense 70 millions pour nous rappeler cette guerre sans importance, mais nous cache le Coup d'État de Trudeau de 1982

    • Bernard Gervais - Inscrit 3 mai 2013 17 h 43

      Que vous avez raison ! Ce Harper refuse l'accès au gouvernement québécois aux archives nationales pour en savoir plus sur ce que Frédéric Bastien a révélé sur un fait troublant survenu il y a seulement une trentaine d'années, en disant qu'il s'agit d'histoires anciennes.

      Par contre, comme vous l'écrivez, il a dépensé des millions pour commémorer la guerre de 1812, un conflit lointain auquel les historiens finalement peu important selon bien des historiens !

  • Claude Lafontaine - Abonné 3 mai 2013 16 h 25

    La phrase creuse, la phrase passe-partout...

    ... " La population est tannée de ces discussions ", d'habitude ils ajoutent comme pour renforcer leur argumentation " On ne veut pas de chicane ", quand ce n'est pas " Le fruit n'est pas mûr "; c'est le genre de phrases creuses que nous servent les fédéralistes de tout acabit (Fed et Prov) lorsqu'il est question de l'histoire nationale du Québec, nous en avons encore une belle démonstration cette fois de la part de M. Harper.