Toews bloque une entrevue d’Omar Khadr

Omar Khadr est aujourd’hui âgé de 26 ans.
Photo: La Presse canadienne (photo) Janet Hamlin Omar Khadr est aujourd’hui âgé de 26 ans.

Le ministre fédéral de la Sécurité publique a rejeté la demande d’un média qui voulait interviewer l’ancien prisonnier de Guantánamo Omar Khadr même si la requête avait déjà reçu le feu vert de la direction de la prison ontarienne où le jeune homme est présentement détenu.

Selon des documents obtenus par La Presse canadienne en vertu de la Loi sur l’accès à l’information, Kevin Snedden, le directeur du pénitencier de Millhaven, avait approuvé la demande d’entrevue présentée par l’agence de presse en janvier. Sa décision a toutefois été annulée par le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, qui a communiqué son refus à Service correctionnel Canada (SCC).


Habituellement, c’est le directeur de l’établissement qui a le dernier mot lorsqu’il s’agit de permettre à un média de discuter avec un prisonnier, comme le prévoit une politique de SCC connue sous le nom de Directive du commissaire 022. La politique exige notamment que le détenu accepte d’être interviewé et que l’entrevue ne représente pas un risque pour la sécurité nationale.

 

Interférence politique


Les documents montrent que le Bureau du Conseil privé a manifesté de l’intérêt pour l’interview dès que la requête de La Presse canadienne a été présentée. « Nous aimerions être tenus au courant de tout développement », a écrit Christopher Williams, analyste principal au Bureau, dans un courriel adressé à SCC.


Dans le cas de Khadr, M. Snedden avait donné son approbation pour une entrevue téléphonique. D’après les documents, la direction régionale de SCC appuyait sa décision. « À la suite de l’évaluation détaillée de la requête effectuée par le directeur conformément à la Directive au commissaire 022, nous avons conclu que la demande respectait la politique », a écrit Christa McGregor, conseillère principale en relations avec les médias pour SCC, dans un courriel envoyé le 22 février au personnel du bureau de Vic Toews.


Toutefois, 90 minutes plus tard, la requête était rejetée. « Cette interview n’est pas approuvée », a répondu Julie Carmichael, la directrice des communications de M. Toews, dans un autre courriel.


Le fait que le ministre ait décidé de passer outre l’approbation de Kevin Snedden a surpris le personnel de SCC, donnant lieu à un long échange de courriels entre l’organisme fédéral et le ministère.


Un fonctionnaire au courant du dossier a révélé sous le couvert de l’anonymat que ce qui s’était passé était inusité. Il a affirmé que la demande d’entrevue avait fait l’objet d’un examen très poussé de la part de la direction nationale de SCC et avait manifestement été victime d’interférence politique. « Le directeur a approuvé l’interview et l’a réapprouvée après avoir reçu l’ordre de réévaluer la requête avant de finalement, et après beaucoup de discussions non officielles et de pressions directement exercées par la direction et le bureau du ministre, rejeter la demande », a expliqué la source.


Sphère publique


Wayne Easter, un ancien solliciteur général libéral, a déclaré que l’implication de Vic Toews était surprenante, disant ne pas se rappeler qu’un cas semblable se soit produit lorsqu’il était en poste. « Cela dépasse vraiment les compétences du ministre, a-t-il tranché. Tant que le protocole est respecté, l’entrevue peut avoir lieu. »


Âgé de 26 ans, Omar Khadr, qui est né à Toronto, est incarcéré dans une unité à sécurité maximale de la prison de Millhaven depuis son transfert en septembre dernier de la base américaine de la baie de Guantanamo, à Cuba, où il avait déjà passé dix ans derrière les barreaux.


Il purge actuellement une peine de huit ans d’emprisonnement après avoir plaidé coupable en octobre 2010 à cinq accusations de crimes de guerre, dont le meurtre d’un soldat américain, commis en Afghanistan lorsqu’il avait quinze ans.


L’avocat de Khadr a dénoncé le rejet de la demande d’entrevue, accusant le gouvernement conservateur de vouloir diaboliser son client en le tenant à l’écart de la sphère publique.

8 commentaires
  • Pierre Demers - Inscrit 29 avril 2013 01 h 46

    Du français pour Omar Khadr?

    Du français pour Omar Khadr? Lui permettre d'apprendre le français pourrait lui faire du bien.
    Pierre Demers physicien. 29IV2013

  • Zohra Joli - Inscrit 29 avril 2013 08 h 38

    De quoi ont-ils peur ?

    Les conservateurs passent par dessus les lois et les conventions : soit qu'ils ont peur qu'une vérité soit exposée au grand jour et leur face du tort, soit qu'ils font preuve de partisanerie effrayante dès qu'il s'agit d'une personne d'origine arabe ou de confession musulmane , ou les deux à la fois. On a bien vu le temps ( inexplicable aux yeux de tous les pays du monde !)que ce gouvernement a mis pour rapatrier O.Khadr de Guantanamo...

  • Georges LeSueur - Inscrit 29 avril 2013 08 h 48

    Honte au fédéral !

    Omar Khadr continue d'être victime du fédéral. Sous la pression des autorités militaires aux E-unis, il a reconnu son implication dans la mort d'un soldat américain combattant en Afghanistan, afin d'être rapatrié au Canada selon les promesses d'alors.

    Le gouvernement Harper, en contradiction avec les lois internationales, considère comme un "dangereux terroriste" ce ressortissant canadien qui, à 15 ans, ne faisait qu'obéir à son père en combattant avec lui, en terre afghane envahie par les armées de G.W Bush.

    Omar Khadr a perdu déjà plus de dix ans des plus belles années de sa jeune vie.
    On ne peut qu'être révolté et avoir honte que notre gouvernement agisse ainsi avec autant d'entêtement et de mépris humanitaire.
    En toute occasion il faut s'élever contre cette injustice pour l'honneur du Canada.

  • Céline A. Massicotte - Inscrite 29 avril 2013 08 h 53

    Rien de nouveau...

    D'ailleurs, à voir comment les gouvernements, y compris les libéraux, ont géré ce dossier depuis le début, on est en droit de croire que si le Canada voulait transformer un enfant soldat en terroriste convaincu il n'aurait pu faire mieux.

    • Gilbert Talbot - Abonné 29 avril 2013 10 h 11

      Bien d'accord avec vous, madame. Le refus de Toews coincide avec les bombes de Boston, l'arrestation de suspects terroristes au Canada et le resserrement de la loi canadienne anti-terroriste. Derrière tout ça ce ne sont pas seulement les droits de Omar Khadrqui sont reniés, mais aussi le droit d'expression de tous les citoyens qui s'effritent de plus en plus sous les coups de massues de ce gouvernement brutal.

  • Jacques Morissette - Inscrit 29 avril 2013 09 h 58

    Ce gouvernement semble vouloir contrôler le message?

    Les tentacules du gouvernement Harper deviennent de plus en plus longues. Comme s'il voulait contrôler le message. Je ne suis pas sûr que c'est très sain pour une démocratie? Je ne suis pas sûr non plus que c'est très sain pour ce jeune homme, au nom de l'équité et de la vérité, qu'on dirait peut-être dérangeante pour ce gouvernement ou quelque part ailleurs dans la façon dont ce scénario, à la James Bond, s'est déroulé?

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 29 avril 2013 14 h 23

      Ça ressemble de plus en plus à une dictature élue...

    • - Inscrit 29 avril 2013 15 h 16

      Mais voyons, vous fabulez... Le gouvernement Harper ne veut simplement pas donner la parole aux terroristes. Un terroriste, c'est quelqu'un qui a été désigné tel par le gouvernement des États-Unis, quelque soit son âge, son sexe, sa religion ou sa nationalité.

      Le problème, c'est que tous ceux qui pensent le contraire de M. Harper et de son inqualifiable ministre sont des terroristes potentiels.

      Comme disait Beria, si vous êtes en prison, c'est que vous êtes coupable, si vous n'y êtes pas, vous n'êtes que suspect.