Des milliers de personnes manifestent contre la réforme de l'assurance-emploi

Des manifestants étaient venus de partout au Québec pour dénoncer les récentes restrictions fédérales touchant les chômeurs.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Des manifestants étaient venus de partout au Québec pour dénoncer les récentes restrictions fédérales touchant les chômeurs.

La colère contre la réforme de l'assurance-emploi ne s'estompe pas au Québec, mais c'est dans une ambiance enjouée, familiale et festive que plusieurs milliers de manifestants sont descendus dans les rues de Montréal, samedi, pour manifester contre les changements apportés au programme par le gouvernement conservateur.

Des manifestants étaient venus de partout au Québec pour dénoncer les récentes restrictions fédérales touchant les chômeurs, notamment les travailleurs saisonniers.

Des autobus remplis de manifestants venus de l'Abitibi, du Saguenay-Lac-Saint-Jean et des Maritimes s'étaient rassemblés au parc Lafontaine. D'autres manifestants, dont plusieurs de la grande région de Montréal, s'étaient massés à la Place du Canada, au centre-ville de Montréal, tandis que d'autres groupes ont défilé devant le Complexe Guy-Favreau, également au centre-ville, qui abrite les bureaux de Service Canada.

Les manifestants ont défilé avant de se rejoindre un rassemblement massif à la place des Festivals.

Le président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), Bernard Généreux, s'est adressé aux journalistes devant le Complexe Guy-Favreau. Il a exhorté le gouvernement Harper à faire preuve de souplesse et de respecter le caractère particulier des économies locales et régionales, souvent basées sur la «saisonnalité».

1er mai


Plusieurs syndicats ont profité également de l'occasion pour y souligner, quelques jours avant le 1er mai, la Journée internationale des travailleurs. Pour les syndicats, cette réforme constitue une attaque sans précédent contre les travailleurs, en imposant des conditions exagérées pour accéder à l'assurance-emploi.

La présidente de la CSQ, Louise Chabot, a affirmé que cette réforme attaque les travailleurs les plus précaires de notre société, plus particulièrement les femmes. Elle y est même allée d'un slogan au micro: «Stephen Harper stoppe ton bulldozer.»

Les protestataires trouvent également «scandaleux» que le gouvernement fédéral impose sa vision sans aucune consultation alors qu'il ne met plus d'argent dans la caisse d'assurance-emploi depuis 1990.

Ce mouvement de contestation contre la réforme est concentré au Québec et dans les Maritimes, où se trouvent plusieurs emplois saisonniers. Les militants opposés à cette réforme redoutent les impacts à long terme de ces changements sur les régions et la vie familiale de plusieurs travailleurs.

Pierre Céré, porte-parole du Conseil national des chômeurs, a affirmé dans son discours aux médias que 40% des travailleurs saisonniers qui demandaient de l'assurance-emploi se trouvaient au Québec.

Pour lui, le gouvernement Harper avait fait «une déclaration de guerre aux travailleurs et aux travailleuses saisonnières».

Sylvie Turcotte, âgée de 58 ans et venue du Lac-Saint-Jean pour manifester, est une de ces travailleuses saisonnières.

Elle a raconté que son emploi, dans une usine de congélation qui traite notamment des bleuets, dépendait de la récolte. Elle et ses collègues sont au chômage pendant la saison creuse, qui peut durer de deux à six mois, selon le succès de la récolte, a-t-elle indiqué.

«De nous trouver un travail ailleurs, ça va être dur en région, ça va être soit un peu plus loin, un peu moins cher (payé). Et tout dépendant de l'âge, à 58 ans, 60 ans, c'est assez difficile se trouver un travail», a-t-elle confié, ajoutant que plusieurs de ses collègues étaient inquiets. «Il faut grouiller, il faut sensibiliser les gens (...) Espérons que le gouvernement va abolir» la réforme, a-t-elle résumé.

Hans Marotte, du Mouvement Action Chômage de Montréal, a souligné que ce n'était pas que les travailleurs saisonniers des régions qui étaient touchés par les réformes, mais aussi les gens des grands centres qui ont des emplois atypiques qu'ils ne peuvent occuper toute l'année. Il a illustré que son groupe d'aide avait déjà reçu des demandes d'aides de travailleurs affectés par les réformes.

La manifestation s'est déroulée dans une ambiance pacifique et joyeuse, les services de sécurité des syndicats étant beaucoup visibles que la police.

Plusieurs manifestants portaient des ballons, des drapeaux et des affiches aux couleurs de différentes centrales syndicales, de même que les pancartes arborant le visage du premier ministre Harper sur lesquelles on pouvait lire «Chez nous, c'est NON au saccage de l'assurance-emploi.»

De nombreux enfants étaient dans la foule, qui marchait au bruit de trompettes, de sifflets, de clochettes et de la musique. Un groupe de percussionnistes a également déambulé avec le cortège le long de la rue Saint-Catherine.

Âgée de 51 ans, Sylvie Vaillancourt, de Montréal, a confié qu'elle en était à sa première manifestation. C'est son opposition à la réforme de l'assurance-emploi, mais aussi aux coupes dans l'aide sociale québécoise, et son raz de bol en général de la classe politique, qui l'ont fait descendre dans la rue.

«On tape toujours sur les plus petits, c'est tellement facile (...) Je suis pour le fait que les gens soient protégés. Ce n'est pas en coupant les gens qui ont peu de moyens que l'on va limiter les abus», a-t-elle scandé.

La manifestation de samedi était organisée par la Coalition québécoise contre la réforme de l'assurance-emploi, un groupe composé de nombreuses associations et de syndicats.

Le spectacle à la Place des festivals s'est terminé peu avant 16h et les gens ont commencé à quitter les lieux, selon la police, qui n'a indiqué aucun incident majeur dans son bilan provisoire. Une personne a été arrêtée pour entrave selon le Service de police de la Ville de Montréal.
11 commentaires
  • Louka Paradis - Inscrit 27 avril 2013 17 h 31

    Bravo aux organisateurs

    Le bon message est passé : non à la réforme sans-coeur de l'assurance-emploi ! Non à la dictature fédérale de Harpeur ! Pas de casse, pas d'anarchie, pas de crise d'ado : les vrais enjeux, quoi. Le droit de manifester est intact, il suffit de respecter les règlements municipaux ; nous en avons aujourd'hui un exemple éloquent.
    Bravo aussi aux manifestants !
    Louka Paradis, Gatineau

    • Pierre Bédard - Abonné 27 avril 2013 19 h 37

      L'exemple serait complètement éloquent si véritablement le gouvernement allait réagir dans les prochains jours à cette démonstration ô combien gratifiante de la parole citoyenne. Je vous invite à ouvrir l'oeil et à rester aux aguets, et allons même jusqu'à parier que ce ne sera pas le cas.
      D'ailleurs, si les manifestations étudiantes auxquelles vous faites allusion (lesquelles ? pourrions nous nous demander, puisque les forces policières les étouffent avant même qu'elles ne soient nées) sont à présent violentes, elles ont longtemps été sans l'être, et ce, sans effet. Le lien que vous établissez entre les revendications étudiantes et la casse, l'anarchie et une quelconque ... crise d'ado (?!) est, au mieux, extrêmement faible. La manifestation dans le présent article, illustrée comme calme, est, à la rigueur, dans son déroulement, calquée à même les manifestations à plus grand déploiement du mouvement étudiant, qui, on se le rappellera, prône comme premier objectif une plus grande accessibilité aux études. Le temps qui passera et la colère qui ira en grandissant fera peut-être ressembler beaucoup ces deux mouvements, qui n'en sont en fait qu'un seul, puisque les associations étudiantes ont des revendications qui s'adressent à un cadre social entier plutôt qu'à la simple hausse des frais de scolarité.
      Cessez vos parallèles faciles, ils ne sont, à la rigueur, que destructeurs et gratuits.

    • Maxime Dion - Inscrit 28 avril 2013 01 h 35

      @Louka Paradis

      Ce que vous nous dites à mots couverts, c’est que de manifester contre le gouvernement fédéral, c’est le lot des adultes, tandis que de manifester contre l’austérité du gouvernement québécois, c’est le fait d’adolescents…

      À mon avis, si la police avait déclaré la manifestation illégale et foncé dans le tas comme de coutume, cette belle manifestation aseptisée aurait dégénéré pareillement aux autres… Pour ce faire, il n’aurait fallu que quelques agents provocateurs déguisés en casseurs.

    • Louka Paradis - Inscrit 28 avril 2013 18 h 05

      à Messieurs Bédard et Dion : vous m'attribuez des mots que je n'ai pas écrits. Comme le disait si justement ma digne mère :« Si le chapeau te fait, mets-le ; s'il ne te fait pas pas, mets-le pas...»
      Louka Paradis, Gatineau

    • Jeff Cavalero - Inscrit 28 avril 2013 22 h 26

      @Louka Paradis

      Il est toujours bon de juger « délictueuse » une situation qui nous désavantage. Je pense que l'éveil de conscience en occident fait, parfois, malheureusement, miroiter ce genre de désavantage. Cependant, pour savoir si, en vérité, il ne s'agit pas d'un miroir déformant, il faut apprendre à en regarder ailleurs.

      D'ailleurs, comme indice d'une telle déformation, il est à considérer que, souvent, quand il est facile d'affirmer, c'est qu'il est très douloureux de douter. Peut-être que s’il était très douloureux de douter, ce serait parce que nous nous servirions alors, sur ce « nous » intégré à la société, d'une telle déformation ?

      Enfin, personnellement, je n'en sais rien : ce ne sont que des « peut-être ».

  • Yves Claudé - Inscrit 27 avril 2013 18 h 35

    Harper contre les travailleurs : retour aux années 1930 ?

    Avec un gouvernement mercenaire au service du grand capital financier, on a la fâcheuse impression d’être revenu à l’époque d’un capitalisme barbare qui se sert d’un État dont il a pris le contrôle, comme d’un bulldozer pour écraser les plus démunis, et en particulier dans cette offensive de destruction progressive de l’assurance-emploi, pour dépouiller les travailleurs et travailleuses les plus précaires de leurs droits élémentaires.

    Sans une mobilisation soutenue et élargie, il faut prévoir que ce sera ensuite le principe même de l’association de défense des travailleurs sous forme de syndicat qui sera radicalement remis en question. Le syndicalisme, dans nombre de secteurs d’emploi, apparaît d’ailleurs comme un droit de plus en plus difficile à mettre en pratique, si l’on en juge par la situation dans des entreprises comme Walmart, Couche-Tard, etc.

    Revenant tout juste de la manifestation, j’ai pu constater avec intérêt, dans cette mobilisation historique, que la lutte sociale est de nouveau articulée étroitement à celle de la libération nationale du Québec, ce qui n’exclut aucunement la solidarité avec les travailleurs du Canada anglais.

    Yves Claudé (@yclaude)

    • Maxime Dion - Inscrit 28 avril 2013 01 h 39

      @Yves Claudé

      Je suis convaincu que cette manifestation aseptisée et de bon goût n’aura strictement aucune incidence sur les politiques d’austérité qu’entend poursuivre le gouvernement de Stephen Harpeur.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 29 avril 2013 06 h 28

      «n’aura strictement aucune incidence sur les politiques d’austérité»

      Certains pourront dire «Et tant mieux !» Pourquoi déjà ? Attendez que j'y pense, hummm...

  • Nicole Moreau - Inscrite 27 avril 2013 18 h 51

    j'espère que quelqu'un du gouvernement conservateur aura entendu

    mais malheureusement, j'en doute, même si je partage de tout coeur les revendications des manifestants pour la suspension, voire l'abolition de la réforme de l'assurance-emploi.

    le gouvernement conservateur est sûr de son orientation, peu importe le prix que la population paiera. on n'a pas voté pour ça...

  • Benoit Toupin - Abonné 27 avril 2013 21 h 16

    Message aux députés conservateurs

    Messieurs Valcourt, Lebel, Blaney, Gourde, Paradis, Bernier,

    Monsieur Harper donne les promotions mais le bon peuple embauche et congédie...

    Et dans le dossier de l'assurance emploi, Monsieur Harper et le bon peuple ne sont pas du même camp. Dans deux ans, votre sort sera entre les mains du bon peuple; ne l'oubliez pas...

  • André Michaud - Inscrit 27 avril 2013 23 h 23

    Soutient pan canadien?

    Comme le souhaite Hans Marotte il doit y avoir une luttle pan canadienne pour avoir des chances de faire reculer M.Harper. Dans l'est comme il y a peu de députés conservateurs la pression est moins forte.