Congrès du NPD - Les néodémocrates se défont du langage socialiste

C'est le camp souhaitant moderniser la constitution du NPD qui l'a emportée, à un vote de 960 contre 188, après près de 45 minutes de débat,
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir C'est le camp souhaitant moderniser la constitution du NPD qui l'a emportée, à un vote de 960 contre 188, après près de 45 minutes de débat,

Le virage du NPD a été entériné par ses membres au congrès de Montréal, dimanche. Une forte majorité – malgré tout contestée sur le plancher – a voté pour moderniser le préambule de la constitution du parti, en n'y conservant qu'une référence aux traditions «traditions sociales démocrates et socialistes démocratiques».

La discussion a été animée, mais brève, car rapidement un délégué a demandé de passer au vote.
 
Dans le camp des promodernisations, l'ancien député manitobain Bill Blaikie, qui a participé à la rédaction de la résolution après qu'elle eut été référée au conseil fédéral du NPD suite au dernier congrès en 2011. Dans un vibrant plaidoyer, M. Blaikie – qui s'opposait au départ au changement de libellé – a expliqué qu'il était désormais d'accord. «J’ai été à chaque congrès du NPD depuis 1975 et ceci ne ressemble pas à un parti qui est en danger de perdre son identité. Nous avons adopté résolution après résolution qui n'auraient pu se rendre sur le plancher dans des congrès libéraux ou conservateurs», a-t-il lancé aux militants, chaudement applaudi par ceux qui partageaient son opinion. Une autre déléguée a renchéri que pour convaincre de nouveaux électeurs, il fallait leur parler «dans un langage qu'ils vont comprendre afin qu'ils décident d'eux-mêmes s'ils vont nous joindre».
 
Un parti comme les autres

Dans le camp adverse, une militante québécoise a fait valoir que de changer le préambule menaçait le parti de ressembler aux autres de l'establishment. «C'est en faisant campagne sur nos principes socialistes que nous avons augmenté la confiance et le support que les Canadiens ont envers nous. En tant qu'opposition officielle, ce n'est pas le moment de prendre le risque de se confondre avec les libéraux».
 
Mais c'est le camp souhaitant moderniser la constitution du NPD qui l'a emportée, à un vote de 960 contre 188, après près de 45 minutes de débat, d'appels aux points d'ordre et autres procédures.
 
Abordée brièvement au congrès du parti à Vancouver il y a deux ans, l’idée de moderniser le préambule avait aussi suscité un débat animé. Certains avaient argué, là encore, que le parti s’apprêtait à «jeter de l’eau de Javel sur [ses] principes». Le NPD avait finalement décidé de référer le dossier à un comité - l’ancien député Bill Blaikie, l’ex-chef Alexa McDonough et l’ancien candidat à la direction Brian Topp. Ils ont proposé un compromis, adopté dimanche: le nouveau préambule mentionne une seule fois les «traditions sociales-démocrates et socialistes démocratiques», arguant que «les néodémocrates veulent un avenir à l'image des idéaux et des objectifs des Canadiens qui, suivant [ces traditions], ont oeuvré […] dans l'espoir de bâtir un Canada plus juste, plus équitable et plus respectueux de l'environnement, au sein d'une communauté internationale qui partage ces objectifs».
 
Le terrain de l'économie

Sous M. Mulcair, le NPD tente d'affronter les conservateurs de Stephen Harper sur leur terrain de prédilection en se présentant comme de bons gestionnaires économiques, et au passage le parti se recentre sur l’échiquier politique, question de ratisser plus large au sein de l’électorat.
 
Le libellé actuel du préambule indiquait plutôt que le Canada qu’espèrent les néodémocrates ne peut être «assuré que par l’application des principes socialistes démocratiques», et que «la production et la distribution des biens et services doivent être dirigées afin de répondre aux besoins sociaux et individuels des individus au sein d’un environnement et d’une économie durable et pas dans un but lucratif». Le texte compte trois fois le mot «socialiste», et trois autres reprises du mot «social».
 
C'était la troisième fois que le sort du socialisme dans la constitution des néodémocrates était débattu, après les congrès de 2009 et 2011.
 
Le congrès a début vendredi au Palais des congrès de Montréal et se termine ce midi.
 
Le Devoir
6 commentaires
  • Vincent Leclair - Abonné 14 avril 2013 16 h 35

    C'est très bien ainsi

    C'est très bien ainsi. Ce parti reste un parti de gauche, malgré moins de référence au mot socialiste dans son préambule.
    Les conservateurs et les libéraux pouvaient attaquer facilement le NDP là-dessus et je trouve que c'est une épine de moins à leur pied.

    Ce n'est pas nécessairement un mouvement vers la droite. Voici le préambule au complet et jugez par vous même:

    «Nouveau préambule du NPD
    Le Canada est un magnifique pays, un pays qui représente les espoirs du monde entiers. Mais nous pouvons bâtir un meilleur pays, un pays où il y a plus d’égalité, de justice et de possibilités pour tous. Nous pouvons bâtir une économie prospère et partager les avantages de notre société plus équitablement. Nous pouvons prendre mieux soin de nos aînés. Nous pouvons offrir à nos enfants de meilleures perspectives d’avenir. Nous pouvons faire notre part pour sauver l’environnement et la planète.
    En travaillant ensemble, les néo-démocrates s’efforcent de répondre à ces espoirs, dans l’intérêt de leurs concitoyens et de l’humanité toute entière.
    Les néo-démocrates sont fiers de leur passé marqué par l’engagement politique et le militantisme ainsi que par une série de gouvernements visionnaires, pragmatiques et productifs. Cet héritage et notre bilan nous distinguent de nos adversaires et nous inspirent depuis la création de Fédération du Commonwealth coopératif en 1933 et celle du Nouveau Parti démocratique en 1961.
    Les néo-démocrates veulent un avenir à l’image des idéaux et des objectifs des Canadiens qui, suivant nos traditions sociales-démocrates et socialistes démocratiques, ont œuvré au sein des mouvements agricole, ouvrier, coopératif, féministe, environnementaliste et de défense des droits de la personne dans l’espoir de bâtir un Canada plus juste, plus équitable et plus respectueux de l’environnement, au sein d’une communauté internationale qui partage ces objectifs.
    Les néo-démocrates célèbrent la diversité canadienne, les traditions et les aspirations de tous

    • Jacques Patenaude - Abonné 14 avril 2013 17 h 21

      Ils ont oubliés de dire que pour adhérer à leur parti il faut être un inconditionnel du Canada. Gare à ceux qui ont des doutes: c'est croit ou meurt sur ce point. Si vous avez été un jour souverainiste, vous êtes déjà suspect et si vous avez cru adhérer à une coalition large contre Harper n'oubliez pas de faire votre généflexion devant les "progressistes" du reste du pays car vous serez toujours un canadien en probation.

    • - Inscrit 14 avril 2013 17 h 57

      Si le préambule est correctement reproduit, je me demande quel preacher en est l'auteur. Des déclarations pieuses...

  • Michel Mongeau - Inscrit 14 avril 2013 18 h 26

    NPD Canada: changement de rôle?

    Bien ficelé, mais avouez que ce parti cherche de plus en plus à jouer un rôle à la chambre des Communes, en troquant une partie de celui de pourvoyeurs d'idées au sein de l'opposition et de tous les mouvements et organisations à caractère socialisant? Ce choix implique de proposer une image plus pragmatique, fédérative et apte à rassembler tous ceux et celles qui refusent le néo-conservatisme rétrograde de Harper, autant que le libéralisme tiède et affairiste du fils Trudeau? En ce siècle où trônent les apparences et les images d'Épinal, il semble bien difficile aux partis politique de se présenter sous un jour authentique.

  • - Inscrit 14 avril 2013 20 h 03

    Un parti Canadien jusqu'à la moelle.

    "Les néo-démocrates veulent un avenir à l’image des idéaux et des objectifs des Canadiens."
    Rien que ce segment de phrase fera que je voterai Bloc au prochain scrutin.
    Car les objectifs et idéaux des Canadiens ne sont tout simplement pas ceux du Québec ! Ils sont même opposés. Comment avons-nous pu seulement penser que le NPD pouvait représenter les électeurs québécois èa Ottawa ?

  • Gilbert Talbot - Abonné 15 avril 2013 01 h 41

    Ce ne sont que des mots camarade.

    On n'emploie plus depuis longtemps les mots dictature du prolétariat, lutte de classe, révolution armée, pourtant, l'état du monde en aurait bien besoin, pas seulement que dans les pays arabes. Mais ce ne sont que des mots. Ça ne compte plus. Ce qui compte maintenant ce sont les images et le NPD veut moderniser son image, comme tous les autres partis. Des images d'Épinal, comme le dit si bien monsieur Mongeau. De belles images propres, roses bonbons, avec la sainte famille en premier plan, une ciel radieux derrière et une couronne de fleurs tout autour. De belles images pour cacher la réalité sordide d'une civilisation en décomposition.