Congrès du NPD - Vote de confiance en poche, Mulcair livre un discours à saveur électorale

Samedi, les troupes du chef Thomas Mulcair lui ont réitéré son soutien, avec un vote de confiance de 92,3%. Dimanche, le congrès du NPD devrait se conclure par un vote sur une résolution visant à «moderniser» le préambule des statuts du parti et y effacer la plupart des références au socialisme.
Photo: – Le Devoir Samedi, les troupes du chef Thomas Mulcair lui ont réitéré son soutien, avec un vote de confiance de 92,3%. Dimanche, le congrès du NPD devrait se conclure par un vote sur une résolution visant à «moderniser» le préambule des statuts du parti et y effacer la plupart des références au socialisme.

«La route vers 2015 commence aujourd'hui!» Fort d'un vote de confiance remporté avec une imposante majorité, Thomas Mulcair est venu motiver ses troupes samedi, réunies en congrès à Montréal depuis la veille. Le chef néodémocrate s'en est pris principalement aux conservateurs de Stephen Harper, qu'il promet de battre grâce à la vision de son parti qui serait seul le «capable d'unir les forces progressistes».

Si l'arrivée quasi assurée de Justin Trudeau à la tête des libéraux, dimanche, semble déjà faire de l'ombre aux néodémocrates dans les derniers sondages, M. Mulcair a refusé d'en prendre acte dans son discours, en s'attaquant d'abord et avant tout au bilan du gouvernement conservateur. L'approche conservatrice, c'est «nous dire que nous devons simplement accepter moins. Et bien je suis ici aujourd'hui pour vous dire que nous pouvons faire mieux», a lancé le chef du NPD aux quelque 2000 militants réunis au Palais des congrès – dont 700 du Québec.

Les libéraux ont beau s'apprêter à élire Justin Trudeau, M. Mulcair refuse de montrer quelconque inquiétude. «Certains qui nous donnaient pour morts il y a deux ans continuent de douter de ce que notre parti est capable d'accomplir aujourd'hui. Mettons qu'à leur place, je me garderais une petite gêne avant de faire d'autres prédictions», a lancé le chef néodémocrate, sourire en coin. Mais fait à noter, c'était aussi le moment pour le NPD de dévoiler un nouveau slogan pour son chef, «leadership, expérience» — une dernière qualité qu'on a reproché à M. Trudeau de ne pas posséder.

Le chef néodémocrate a néanmoins décoché quelques flèches aux libéraux, en les associant aux conservateurs pour accuser les deux formations de n'avoir rien fait notamment pour lutter contre les changements climatiques.

Quelques minutes plus tôt, le parti venait d'annoncer que les militants ont appuyé leur chef à 92,3%, en répondant non lorsqu'on leur a demandé s'ils voulaient d'une nouvelle course au leadership (1205 membres ont voté sur les 1900 réunis au Palais des congrès). Lors de son premier vote de confiance aux rênes du NPD, l'ancien chef Jack Layton avait obtenu un appui de 92% lui aussi. En 2009, c'était 89,3%, et un mois après la vague orange des élections de 2011, M. Layton avait reçu 97,9% d'appuis de ses militants.

Une révolte isolée


Thomas Mulcair s'est ainsi vu rassuré par ces résultats. Sa volonté de moderniser son parti est donc largement partagée, malgré les réticences d'un noyau plus à gauche du parti. Au fil de la journée, ce petit caucus socialiste a d'ailleurs sorti une banderole dénonçant les «guerres de drones» de Barack Obama – dont l'organisateur de campagne sur le terrain était invité à s'adresser au congrès samedi. Le parti a immédiatement demandé, à chaque reprise, que la bannière soit retirée, car les manifestations n'étaient pas permises au congrès a-t-on expliqué. La veille, le président du caucus Barry Wisleder s'était opposé au discours de Jeremy Bird.

M. Wisleder avait en outre annoncé sur Twitter en matinée que son caucus s'opposerait au leadership de M. Mulcair. Le vote de confiance semble indiquer que sa faction du parti est confinée. Le débat de dimanche sur le sort de l'héritage socialiste du parti dans le préambule de sa constitution sera cependant une nouvelle occasion d'évaluer le désir des néodémocrates de se recentrer sur l'échiquier politique en vue de 2015.

De l'avis des conservateurs, les troupes du NPD demeurent bel et bien divisées. «Sur le terrain, je crois que plusieurs se demandent quel type de socialiste ou progressiste a été ministre dans le cabinet d'un progressiste-conservateur comme Jean Charest», a fait valoir le ministre du Patrimoine, James Moore, qui l'a au passage appelé «angry Tom».

Quant au libéral Marc Garneau, lui aussi a affirmé que le parti n'est «pas unifié et je pense que ça va leur nuire parce qu'ils ne sauront pas convaincre qu'ils peuvent gérer l'économie».

Une idée que dont a tenté de se défaire le NPD tout au long du weekend, en invitant notamment l'économiste et Prix Nobel Joseph Stiglitz. Le parti a aussi pris le temps de défendre son équipe québécoise – et faire mentir ceux qui ont dénoncé que ce n'était que des «poteaux» – en présentant l'équipe, et les efforts qu'ont faits les néodémocrates au Québec pendant des années avant leur percée de 2011.

Le ministre de l'Emploi du gouvernement travailliste australien, Bill Shorten, était par ailleurs de passage samedi, et il a lancé aux militants que «l'on sait que ce n'est pas assez d'être la conscience d'une nation, on sait que pour faire une différence vous devez gagner». En point de presse, M. Shorten a convenu que «le centre, c'est là que se gagnent et se perdent des élections en Australie […] Il y a toujours un cœur et une tête dans un parti politique. Ce qui est important, c'est de trouver l'équilibre», a-t-il expliqué, lorsqu'invité à conseiller le NPD canadien dans son objectif de courtiser les votes du centre sans perdre ses partisans de gauche.

Résolutions appuyées à la quasi-unanimité

Au menu des débats, un seul a causé des divisions. Les néodémocrates ont consenti à réitérer la volonté du parti de réformer le système électoral pour allier représentation proportionnelle et scrutin direct. Certains étaient nerveux d'imposer cette idée à l'électorat lorsqu'il sera appelé à appuyer le parti en 2015, d'autant plus qu'elle ne fait pas l'unanimité à l'heure actuelle dans toutes les provinces, a noté un employé du parti à Ottawa.

Mais pour le reste, pour une deuxième journée consécutive, les résolutions les moins controversées avaient été retenues par les militants, lesquelles ont été adoptées facilement.

En environnement, il s'agirait de protéger les zones côtières, de réviser la politique fédérale de l'eau pour y inclure que l'accès universel et gratuit à l'eau potable est un droit; d'appuyer une stratégie minière pancanadienne favorable au développement durable et la création d'emplois (mais un délégué a critiqué que la résolution ne s'adresse pas aux minières internationales); de s'opposer à l'accord du bois d'oeuvre avec les Américains et appeler le fédéral à ouvrir les marchés internationaux notamment vers l'Asie; de condamner le «saccage brutal des évaluations environnementales» par les conservateurs; de réclamer d'annuler les changements à la protection des poissons; d'appuyer la recherche scientifique notamment en haussant les investissements.

Les néodémocrates ont aussi voté pour entamer un rapprochement avec les peuples autochtones — et le mouvement Idle No more qui s'oppose aux dispositions environnementales des projets de loi omnibus conservateurs —, suite à un plaidoyer passionné et fort applaudi du chef autochtone Raymond Robinson, qui avait mené une grève de la faim avec la chef d'Attawapiskat Theresa Spence. Le député Romeo Saganash a lui aussi eu droit à une ovation – les deux seules octroyées à des délégués. Les militants ont aussi voté pour travailler pour en faire plus en matière d'éducation des Premières nations.

Outre cela, ils souhaitent mettre sur pied une enquête nationale sur les femmes autochtones disparues ou assassinées, et un comité consultatif sur la condition féminine; condamner les changements conservateurs au programme de soins de santé des réfugiés; réitérer l'importance des langues officielles, en réclamant le bilinguisme des juges de la Cour suprême et des agents du Parlement; demander une stratégie sur la sécurité alimentaire dans le Nord; et enfin appeler le fédéral à annuler les frais exigés pour l'envoi de factures imprimées.

Au fil des débats, les intervenants au micro étaient souvent des députés du NPD, venus défendre leurs propres politiques déjà défendues aux Communes.

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