Baird a enfreint la Loi sur les langues officielles

Le ministre John Baird
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Le ministre John Baird
Ottawa – Dure semaine pour les langues officielles à Ottawa. Alors que le ministre de la Coopération internationale est dans l’embarras, car il aurait réclamé que ses correspondances soient rédigées en anglais, son collègue des Affaires étrangères est quant à lui blâmé par le commissaire aux langues officielles, qui confirme que ses cartes professionnelles unilingues anglophones contreviennent à la loi de même qu’aux directives de son propre gouvernement.

Les cartes personnalisées de John Baird avaient suscité l’ire de l’opposition, à l’automne 2011, après qu’il fut révélé que le ministre des Affaires étrangères avait commandé des cartes personnalisées affichant les armoiries du Canada en encre dorée, et ses coordonnées en langue anglaise uniquement. Le logotype « Canada » avait aussi été retiré, tout comme le nom de l’édifice qui abrite son ministère, Lester B. Pearson, en l’honneur de l’ex-premier ministre libéral, ce qui contrevenait aux règles gouvernementales. Une seconde série de cartes avait été commandée, celle-ci dans les deux langues.

Or, dans un rapport préliminaire, le commissaire aux langues officielles Graham Fraser atteste que l’impression de cartes unilingues anglaises a enfreint les règles du Conseil du trésor, de même que la Loi sur les langues officielles.

« Offrir à certaines occasions des cartes professionnelles bilingues et à d’autres moments des cartes en anglais seulement ne favorise pas la promotion de la dualité linguistique au Canada et à l’étranger et n’exprime pas l’égalité des deux langues officielles », note M. Fraser dans son enquête, imprimée jeudi dernier. Le ministre Baird doit d’autant plus se conformer à ces normes que, par sa description de tâches, il communique régulièrement avec des chefs d’État et des organismes internationaux, et « sa carte professionnelle devient alors un emblème », souligne le commissaire. M. Fraser réclame que M. Baird s’assure qu’il ne compte plus que des cartes bilingues d’ici septembre.
 
« Des jeux politiques »

Au bureau du ministre, on rétorque que M. Baird va étudier le rapport et y répondre en temps et lieu — il a 30 jours pour le faire. En attendant, son porte-parole a accusé « l’opposition et les médias de se livrer à des jeux politiques de bas étage », souhaitant plutôt souligner que son ministre a parcouru depuis un mois l’Asie et le Moyen-Orient, « faisant la promotion des valeurs et intérêts canadiens. Je crois que tous les Canadiens, peu importe la langue qu’ils parlent, peuvent en être fiers », a fait valoir Rick Roth, sans préciser si M. Baird avait en poche des cartes unilingues ou bilingues lors de ce voyage.

M. Baird a été ministre de la Francophonie dans le gouvernement ontarien de Mike Harris. Bilingue lui-même, il s’assure régulièrement de répondre aux questions des journalistes en français, mais il ne possède en revanche un site Internet personnel qu’en anglais.

Le néodémocrate Yvon Godin — qui est à l’origine d’une des quatre plaintes déposées à ce sujet chez M. Fraser — espère que ce blâme motivera Stephen Harper à sommer ses troupes de respecter leurs responsabilités linguistiques. « C’est quoi, son problème ? […] Quant à moi, il n’a qu’une carte à avoir, sa carte bilingue. […] Je serai juste satisfait quand il l’aura corrigée et qu’il arrêtera de se promener avec deux cartes », a scandé le député.

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