Course à la chefferie du PLC: un dernier cri du cœur des candidats

C'est Justin Trudeau, le grand meneur et celui qui est fortement pressenti comme l'éventuel gagnant, qui a sans surprise attiré la foule la plus imposante au palais des Congrès de Toronto, samedi.
Photo: - Archives Le Devoir C'est Justin Trudeau, le grand meneur et celui qui est fortement pressenti comme l'éventuel gagnant, qui a sans surprise attiré la foule la plus imposante au palais des Congrès de Toronto, samedi.

Toronto – Le vote est lancé, les aspirants-chefs libéraux ont fait leur dernier plaidoyer auprès des militants du parti en vue du vote qui se conclura dimanche prochain. Tour à tour, les six candidats ont martelé que le Parti libéral n'est pas mort et qu'ils savent, eux, comment le reconstruire et séduire de nouveau les Canadiens.

C'est Justin Trudeau, le grand meneur et celui qui est fortement pressenti comme l'éventuel gagnant, qui a sans surprise attiré la foule la plus imposante au palais des Congrès de Toronto, samedi.

Conscient des reproches qui lui ont été adressés au fil de la course — à l'effet qu'il est trop jeune et manque d'expérience pour diriger son parti — M. Trudeau a répliqué à ses détracteurs se vantant d'avoir parcouru le Canada pour y étudier et y travailler, notamment comme professeur, profession dont il s'est dit «extrêmement fier».

Mais le jeune Trudeau, âgé de 41 ans, a aussi rétorqué à ceux qui soutiennent qu'il n'est que le fruit d'une vague de nostalgie à l'égard de son père, Pierre Elliott Trudeau.

«Eh bien je leur réponds, c'est vrai. Il s'agit de mon père […] Il s'agit de nos parents et de l'héritage qu'ils nous ont laissé. Du pays qu'ils ont bâti pour nous. Le Canada», a-t-il lancé, lors d'un discours en partie à saveur personnelle, lui qui faisait son dernier plaidoyer à ses militants 45 ans jour pour jour après que son père eut hérité de la direction du parti.

Le candidat de tête s'en est en outre pris à ses rivaux politiques, mettant dans le même bateau conservateurs et néodémocrates, qu'il accuse de faire de la politique en venant diviser le pays en plaquant une région contre une autre. «La vérité, c'est que les Canadiens ne veulent pas voter contre, mais pour», a-t-il souligné, après être arrivé sur scène en rock star, sous les spots lumineux et au son de la musique rythmée.

À ceux qui lui demandaient de mettre de la chair autour de l'os en détaillant ses politiques, M. Trudeau n'a toutefois pas obtempéré.

Reconstruire

S'ils se battent tous pour accéder au même trône, les candidats ont un point commun: chacun a martelé qu'il fallait encore plancher à reconstruire le Parti libéral du Canada, qui a subi une cuisante défaite en mai 2011 pour être relégué au rang de troisième parti, avec 34 députés.

Pour y arriver, la députée Joyce Murray, prône la collaboration avec les forces progressistes afin de ne présenter qu'un rival aux conservateurs de Stephen Harper dans les circonscriptions que pourrait perdre le gouvernement, si les associations des partis d'opposition souhaitent suivre son initiative. Une idée qu'elle a une nouvelle fois défendue, car selon elle la majorité de M. Harper est notamment attribuable au fait «que les différents partis progressistes ont contribué à diviser le vote progressiste». C'est lorsqu'elle parlait de cette collaboration que cette ancienne ministre de l'Environnement en Colombie-Britannique s'attirait les applaudissements les plus nourris.

Si la première place semble quasi-assurée pour M. Trudeau, la question demeure de savoir la taille de la majorité avec laquelle il battra ses opposants. Suivraient derrière lui Mme Murray et l'ex-députée Martha Hall Findlay, qui semblent se disputer la deuxième place.

Mme Findlay, qui avait aussi tenté sa chance contre Stéphane Dion en 2006, a quant à elle sommé les candidats de réfléchir à leur choix, arguant – dans ce qui semblait une flèche à peine voilée à l'égard de M. Trudeau – qu'elle n'a jamais refusé de détailler ses idées politiques. «On ne peut plus s'en remettre à des politiques simplement parce qu'elles sont prudentes. Nous devons être audacieux et choisir des politiques parce qu'elles sont les meilleures pour les Canadiens. Et oui, cela veut parfois dire mettre au défi des vaches sacrées», a reconnu celle qui veut mettre un terme à la gestion de l'offre.

Cauchon discret

Parmi les candidats qui risquent d'arriver en queue de peloton, l'ancien ministre de la Justice Martin Cauchon, qui s'est montré discret au fil de la course. Et à en croire des sondages internes des campagnes, il s'apprêterait à se classer quatrième. Au moment de monter sur scène, aucun de ses partisans n'était devant lui pour l'encourager, les sièges qui avaient été réservés pour ses partisans étaiant qu'à moitié comblés.

«Les politiques sont essentielles, car les Canadiens ne nous donneront pas un chèque en blanc à la prochaine élection», a-t-il lancé après avoir dressé son bilan politique, lui qui a lancé plusieurs critiques à M. Trudeau au cours des cinq derniers mois.

Deborah Coyne, ancienne conjointe de Trudeau père, a de son côté réitéré son souhait de miser sur la collaboration entre gouvernements fédéral, provincial, municipal et autochtone, sur la santé la santé et des enjeux environnementaux (elle veut imposer un prix au carbone). Mais cette «coopération doit être fondée sur des principes, pas sur des considérations à court terme qui cherchent avant tout à s'assurer le pouvoir. Tant que libéraux chercheront des raccourcis, nous nous condamnons à l'errance», a-t-elle plaidé, tout en semblant expliquer sa présence dans la course en affirmant qu'elle briguerait une élection dans la région de Toronto.

Candidate très peu connue du public, l'ex-militaire Karen McCrimmon a quant à elle expliqué que malgré les doutes de ses proches de la voir tenter sa chance, c'est son cœur qui lui a dicté de le faire. «Le Parti libéral doit suivre son cœur et arrêter d'écouter les défaitistes.»

Place au vote

Le vote est maintenant lancé. Les 130 774 membres et partisans du parti qui se sont enregistrés pour choisir le prochain chef libéral pourront se prononcer jusqu'au dimanche 14 avril, 15h. L'identité du grand gagnant sera plus tard confirmée, à Ottawa.

Reste toutefois à voir si le mode de scrutin pourrait venir brouiller les cartes pour le clan Trudeau. Chaque circonscription aura le même poids – 100 points —, peu importe que 10 ou 10 000 personnes y votent. Et l'équipe de Joyce Murray aurait une solide organisation sur le terrain, plaide son entourage. Dans le camp Trudeau, on minimise la chose, expliquant qu'au pire on l'emportera avec une majorité un peu plus mince, mais néanmoins au premier tour.

Reste encore à rebâtir

Avant de tourner la page, le chef par intérim Bob Rae a eu droit à un hommage après avoir dirigé le parti pendant tout près de deux ans, suite à la défaite électorale de 2011 et le départ de Michael Ignatieff.

L'ancien premier ministre Paul Martin a salué le travail de M. Rae, le remerciant d'avoir «été à la hauteur de la situation» en s'opposant aux conservateurs de M. Harper et en arrivant aussi, selon lui, à «dominer les débats parlementaires» contre un NPD «emprisonné dans les problèmes des années 1930».

«Il n'y a pas de rôle plus difficile que celui d'être chef par intérim d'un parti politique […] surtout dans les circonstances qui existaient au moment où le rôle lui est incombé», a-t-il soutenu.

En entrevue avant son discours, il arguait par ailleurs que le successeur de M. Rae devra continuer la reconstruction du parti, mais que tous devront faire leur part.

Un conseil qu'a répété M. Rae, au moment de dire adieu à ses troupes lors d'un discours à saveur politique, mais aussi personnelle alors qui remerciait à son tour ses proches. «Oui nous devons nous reconstruire et rebondir […] Mais laissez-moi vous dire, je vois un grand avenir pour ce parti, mais comprenez ce qui doit être accompli  : nous devons réaliser que la force du Parti libéral est seulement aussi grande que la petite taille et la faiblesse de nos associations de comté», a-t-il lancé.    


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