Protection des cycliste et des piétons - Ottawa coupe les vivres à une recherche sur la sécurité routière

La protection latérale sur les semi-remorques peut empêcher les vélos de glisser sous les remorques.
Photo: - Le Devoir La protection latérale sur les semi-remorques peut empêcher les vélos de glisser sous les remorques.

Transports Canada a annulé un projet, qui a fait ses preuves dans plusieurs pays européens, visant à améliorer la sécurité des piétons et des cyclistes en cas d’accident avec un camion semi-remorque.


La mort d’un cycliste écrasé sous un poids lourd, mercredi à Montréal, relance le débat sur l’installation de « jupes de protection latérale » sur les semi-remorques. Cette sorte de muret, qui s’étend sur presque toute la longueur de la remorque, empêche les piétons ou les cyclistes de glisser sous le poids lourd, en cas d’accident.


Un cycliste a péri de cette façon tragique, mercredi, rue Wellington, dans le quartier Griffintown. Pour une raison inconnue, l’homme a fait une chute près du camion arrêté à un feu rouge, près de la rue de la Montagne. Le conducteur du poids lourd n’a rien vu. Lorsque le feu est passé au vert, le cycliste a été écrasé sous la remorque, selon la police.

 

Décision décriée


Le Conseil national de recherches étudiait depuis plusieurs mois l’efficacité des jupes de protection latérale sur les semi-remorques. Trois modèles de protection mis à l’épreuve par l’organisme fédéral empêchaient bel et bien les vélos de glisser sous les remorques, indique un rapport publié cette semaine par le quotidien torontois The Globe and Mail.


Transports Canada n’était pas de cet avis : le ministère a mis fin au financement de la deuxième phase du projet, sous prétexte que la recherche donnait peu de résultats.


« […] il a été décidé de ne pas réaliser l’étude sur les jupes latérales (side skirts), car le ministère n’a pas pu trouver de recherches prouvant qu’une technologie de la sorte, en particulier les dispositifs de protection latéraux, pouvait contribuer à accroître efficacement la sécurité des piétons et des cyclistes », a indiqué jeudi Karine Martel, porte-parole de Transports Canada, dans un courriel au Devoir.


Cette décision du gouvernement Harper suscite la controverse dans le monde du vélo à Montréal, encore sous le choc de la mort du cycliste, mercredi. « C’est décevant de voir que Transports Canada n’est pas allé de l’avant avec cette étude. Cette protection semble vraiment réduire les risques [de blessures] pour les cyclistes », a dit au Devoir Magali Bebronne, qui milite dans un groupe informel de cyclistes urbains.


Ce groupe organise une cérémonie sur les lieux du drame, le lundi 8 avril à 16 h 30, en souvenir du cycliste décédé. Un « vélo fantôme » sera accroché sur les lieux de l’accident.

 

Un succès en Europe


La protection latérale sur les semi-remorques, obligatoire depuis plus de deux décennies en Europe, a démontré son efficacité. Le nombre de décès mettant en cause le côté des remorques a diminué de 61 %, et le nombre de blessures, de 13 %, en Grande-Bretagne, après l’introduction des jupes de protection latérale, a révélé une autre étude du Centre national de recherches, publiée en 2010.


Olivia Chow, porte-parole du Nouveau Parti démocratique (NPD) en matière de transport, compte présenter un projet de loi pour rendre obligatoire la protection latérale sur les semi-remorques. « Mettre un terme aux recherches sur cette technologie est irresponsable lorsqu’on sait que la vie de piétons, de cyclistes et de motocyclistes est en jeu. Le gouvernement fédéral ignore non seulement les standards internationaux et les essais réalisés sur les protections latérales, il tue aussi dans l’oeuf les efforts des scientifiques pour rendre les routes du pays plus sécuritaires », indique le NPD dans un courriel transmis au Devoir.

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