Formation de la main-d’œuvre - Ottawa devra affronter les provinces

«Nous venons de renouer avec l’équilibre budgétaire et, dans la mesure où il faut, pour optimiser les avantages du programme fédéral, verser des sommes supplémentaires, cela augmentera la pression pour nous », a déclaré au Devoir Michael De Jong, ministre des Finances de la Colombie-Britannique.
Photo: La Presse canadienne (photo) Fred Chartrand «Nous venons de renouer avec l’équilibre budgétaire et, dans la mesure où il faut, pour optimiser les avantages du programme fédéral, verser des sommes supplémentaires, cela augmentera la pression pour nous », a déclaré au Devoir Michael De Jong, ministre des Finances de la Colombie-Britannique.

Ottawa — Québec ne sera pas seul dans sa lutte contre Ottawa et ses changements au financement de la formation de la main-d’oeuvre. L’Ontario et la Colombie-Britannique – autres principales prestataires des fonds fédéraux – ne digèrent pas de voir le gouvernement Harper réquisitionner la distribution de cet argent, en imposant de surcroît aux provinces de dépenser des millions à leur tour.

Les provinces conviennent, comme Ottawa, que ce n’est pas une mauvaise idée d’adapter les services de formation à l’emploi aux demandes sur le terrain. Mais d’aucunes arguent en revanche que le fédéral fait fausse route en imposant ses nouveaux paramètres de façon unilatérale et préviennent qu’Ottawa aura besoin des provinces pour aller de l’avant.


Des 500 millions distribués annuellement aux provinces en vertu des ententes sur le marché du travail (EMT), les conservateurs fédéraux prévoient en redistribuer 60 % directement aux travailleurs sous forme de subvention à l’emploi, laquelle devra être égalée par les provinces et l’employeur. Un fardeau financier imprévu.


« C’est un défi. Nous venons de renouer avec l’équilibre budgétaire et, dans la mesure où il faut, pour optimiser les avantages du programme fédéral, verser des sommes supplémentaires, cela augmentera la pression pour nous », a déclaré au Devoir Michael De Jong, ministre des Finances de la Colombie-Britannique. Pour Victoria, ce sont 39,4 millions des 65,7 millions touchés annuellement qui seront réalloués.


Qui plus est, le fédéral retire des sommes versées jusqu’ici aux plus démunis pour les offrir directement à certains travailleurs triés sur le volet, s’est de son côté inquiété son collègue ontarien. « Ce qu’ils proposent aura peut-être du mérite - quand nous en connaîtrons les détails -, mais le fait est que vous ne pouvez pas simplement écarter l’importance d’aider ceux qui ont de grandes difficultés », a accusé le ministre de la Formation, des Collèges et des Universités, Brad Duguid. « Je vois tout cela comme un tour de passe-passe avec l’argent des transferts aux provinces, pour que le fédéral se donne de la visibilité dans les manchettes au détriment des travailleurs sans-emploi vulnérables », a-t-il déploré, en entrevue avec Le Devoir lundi.


Comme Québec, l’Ontario souligne en outre que ses résultats en matière de formation n’ont pas à être mis en doute par Ottawa. Car le grand-frère fédéral révise annuellement les programmes ontariens. « Et ils ne nous ont pas avisés, jusqu’à présent, que nous faisions fausse route », a noté M. Duguid.


Rapport annuel du ministère de l’Emploi à l’appui, Le Devoir révélait hier que les fonds fédéraux versés à Québec en vertu d’une autre entente - sur le développement du marché du travail et qu’Ottawa prévoit aussi modifier sous les mêmes prétextes de manque de création d’emplois - ont bel et bien permis de pourvoir des postes (49 % de ceux qui y ont eu recours ont trouvé un travail, soit 140 006 Québécois). Au lendemain du dépôt du budget fédéral, le gouvernement Marois a prévenu que Québec refuserait de se plier à la nouvelle formule.


En vertu de l’EMT, Québec reçoit 116 millions, tandis que l’Ontario touche 194 millions. Ces sommes étaient jusqu’à présent distribuées sans condition aux provinces, afin qu’elles offrent des services d’aide à l’emploi aux chômeurs qui n’ont pas droit à l’assurance-emploi ou aux travailleurs sous-qualifiés. Dans le cas des prestataires d’assurance sociale, sans coup de main pour renouer avec l’emploi, ils continueront de dépendre d’un chèque provincial, estime le ministre Duguid.

 

Ottawa ne recule pas


Malgré la riposte des trois principaux prestataires des EMT, la ministre fédérale des Ressources humaines n’a pas semblé reculer aux Communes. « La subvention canadienne pour l’emploi va aider des gens qui sont au chômage ou des gens qui travaillent à améliorer leur situation », a défendu Diane Finley.


Mais le gouvernement Harper pourrait bien devoir affronter un front commun provincial, Québec, l’Ontario et la Colombie-Britannique indiquant qu’elles discuteront de la suite des choses au fil des prochains jours en vue d’une possible riposte.


« Au bout du compte, le programme aura du mal à être mis en oeuvre sans la participation ou la collaboration des provinces », a semblé prévenir le ministre Duguid, tandis que son collègue de l’Ouest a remarqué que « quand on parle d’utiliser des fonds des contribuables pour répondre au défi national [qu’est la formation de la main-d’oeuvre], c’est mieux que tous les paliers de gouvernement travaillent ensemble […] dans la même direction ».


Au moment de déposer leur énoncé économique, les conservateurs ont indiqué qu’ils discuteraient avec les provinces, mais que la nouvelle formule était non négociable.


Le libéral Scott Brison a accusé Stephen Harper d’avoir fait preuve d’« arrogance » en refusant de rencontrer ses homologues l’automne dernier et manquant ainsi « une occasion de travailler avec les provinces pour discuter de questions comme celle-là ». Or Ottawa va plutôt, désormais, « orienter la formation de la main-d’oeuvre dans une direction qu’ils auront définie », s’est plaint le néodémocrate Guy Caron.

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