Budget 2013 - Une hausse de taxes déguisée, dénonce le NPD

Le ministre des Finances Jim Flaherty ne s'est pas présenté à la Chambre des communes lundi pour défendre le budget 2013 déposé la semaine dernière.
Photo: La Presse canadienne (photo) Le ministre des Finances Jim Flaherty ne s'est pas présenté à la Chambre des communes lundi pour défendre le budget 2013 déposé la semaine dernière.

Ottawa — Sitôt déposé, sitôt relégué aux oubliettes. Pour la seconde journée parlementaire de suite, ni le premier ministre ni le ministre des Finances ne se sont présentés à la Chambre des communes lundi pour défendre le budget 2013 déposé la semaine dernière. Ils n’ont pas pu répondre à l’opposition qui leur reproche de hausser en catimini les impôts des Canadiens d’un tiers de milliard de dollars par année en modifiant les tarifs douaniers.

Stephen Harper se trouvait à Toronto pour accueillir les deux pandas que la Chine prête au Canada pour les dix prochaines années tandis que le ministre Jim Flaherty se trouvait à Hong-Kong. « Ils devraient pouvoir défendre et répondre aux questions relatives au budget et ils ne sont pas là, déplore le néodémocrate Guy Caron, porte-parole adjoint aux Finances. Quel sérieux accordent-ils au processus budgétaire ? »


M. Caron dénonce les hausses d’impôt déguisées. « Le gouvernement tente de chercher des revenus, mais de cacher la provenance des revenus, estime-t-il. On augmente les tarifs douaniers, et les tarifs douaniers sont une taxe à l’importation. La fiscalité augmente. »


333 millions


Le gouvernement de Stephen Harper se vante en effet de ne pas hausser les impôts des contribuables avec le budget 2013. Toutefois, il gonflera ses revenus de 333 millions de dollars par année en augmentant les tarifs douaniers s’appliquant à près de 1000 produits provenant de 72 pays (dont la Chine, le Brésil, la Corée).


Le tarif passera par exemple de 8,5 à 13 % sur les bicyclettes importées ou encore de 2,5 à 8 % sur les ventilateurs de table. Il y a fort à parier que les importateurs transféreront la facture aux acheteurs. En dévoilant son budget, le ministre des Finances avait plutôt braqué les projecteurs sur l’élimination des tarifs douaniers sur les articles de sport et les articles pour les bébés, présenté comme un allégement fiscal pour les familles. Ce « rabais » représentera une perte de revenus pour Ottawa de 76 millions par année. Ottawa fera donc un gain net de 257 millions par année.


Manufacturiers et Exportateurs du Québec se dit ni pour ni contre cette mesure. Le président, Simon Prévost, reconnaît que les consommateurs en payeront le prix. « C’est sûr que ça peut augmenter les prix dans certains cas, dit-il. Pour le consommateur, c’est une chose, mais pour les manufacturiers, ce n’est pas une mauvaise nouvelle en soi. » Certains manufacturiers d’ici subissaient la concurrence de produits provenant de pays jouissant d’un tarif douanier préférentiel.


La police contre les fuites


Par ailleurs, le NPD a demandé à la Gendarmerie royale du Canada d’ouvrir une enquête sur les fuites ayant (cette année encore) précédé le dépôt officiel du budget. « Je vous écris au sujet d’une possible infraction criminelle liée à une fuite de renseignements concernant le budget. Certains renseignements ont été publiés dans les médias au sujet de réductions tarifaires sur l’équipement de hockey », dit la lettre envoyée par Guy Caron. L’article en question est paru dans le Globe and Mail la veille du dépôt officiel du budget.


Dans sa lettre, M. Caron rappelle qu’en 1989, le ministre des Finances avait été obligé de démissionner juste après le dévoilement de son document éventé. La GRC avait alors fait enquête. Il demande à la GRC de rééditer l’exploit « afin de s’assurer que la réputation de nos institutions démocratiques soit protégée », conclut-il.


Le secret budgétaire, respecté de moins en moins avec les années, veut que les détails du budget fédéral ne soient rendus publics qu’après la fermeture des marchés financiers, à 16 heures, le jour choisi par le gouvernement. Les journalistes sont même enfermés à huis clos toute la journée, sans leurs appareils de télécommunication, pour étudier le volumineux document.


Le Parti libéral s’est un brin moqué de l’initiative. « [La GRC] pourrait probablement seulement interroger le bureau du ministre », a lancé avec ironie le critique en matière des Finances, Scott Brison, laissant entendre par là que ce sont les acteurs politiques (attachés de presse, conseillers divers) qui fournissent généralement les informations à l’avance à certains journalistes.


Le bureau du ministre Flaherty a indiqué prendre le secret budgétaire « très au sérieux ». « Nous laisserons la GRC répondre à cette requête », a déclaré le directeur des communications du ministre, Dan Miles.

3 commentaires
  • Alain Cossette - Inscrit 26 mars 2013 08 h 14

    Le gouvernement conservateur

    Coment qualifier un gouvernement qui voit son P.M. et son ministre des finances quitter le navire lors du dépot du budget? Le gouvernement Harper (conservateur) n'a plus le moindre respect pour la démocratie qu'il doit défendre, l'étape suivante, un gouvernement de dictateurs.

  • Robert Séguin - Inscrit 26 mars 2013 19 h 48

    Une hausse des tarifs douaniers entraine très généralement une hausse du prix à la consommation. Cependant, l'argent empoché par l'état peut aussi servir à la diminution d'autres dépenses. Les économies perdues au détail peuvent ainsi être faites ailleurs.

    Le comportement de monsieur Flaherty et de son chef de parti est très inquiétant et leur absence d'explications sur la gestions de ces fonds est inadmissible. Surtout considérant que monsieur Harper délaisse ses responsabilités pour faire de la relation publique.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 27 mars 2013 07 h 11

      Moi, ce qui m'étonne le plus est que ça nous étonne ! Le chaos s'installe ici comme ailleurs, sauf plus doucement !