Budget fédéral - L’ACDI conservera son mandat malgré la fusion

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	Selon le ministre des Affaires étrangères John Baird, il n’y aura pas de rationalisation du personnel.</div>
Photo: La Presse canadienne (photo) Fred Chartrand
Selon le ministre des Affaires étrangères John Baird, il n’y aura pas de rationalisation du personnel.

Ottawa — La fusion de l’Agence canadienne de développement international (ACDI) avec le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international (MAECI) est mal accueillie par le milieu de la coopération, qui craint un asservissement de la première au second. Le gouvernement, lui, assure que le mandat de l’ACDI ne sera pas modifié et qu’il est beaucoup trop tôt même pour conjecturer sur de possibles pertes d’emplois.

La fusion de l’ACDI avec le MAECI contenue dans le budget 2013 déposé jeudi à Ottawa n’avait pas été annoncée ni n’avait fait l’objet d’une fuite. La surprise a été d’autant plus grande que la justification de cette fusion reste nébuleuse. « Les mécanismes utilisés par le gouvernement pour réaliser ses objectifs en matière de développement sont désormais à multiples facettes et font plus souvent appel à ses relations bilatérales et multilatérales, à ses intérêts commerciaux et à la mobilisation […] de la société civile et du secteur privé », peut-on lire dans le budget.
 
Il n’en fallait pas plus pour affoler le milieu de la coopération déjà échaudé par les récentes déclarations du ministre responsable de l’ACDI, Julian Fantino, selon qui l’ACDI devrait promouvoir les intérêts commerciaux du Canada à l’étranger. L’Association québécoise des organismes de coopération internationale dénonce donc une fusion qu’elle apparente à une « tutelle » parce qu’elle « subordonne désormais la solidarité internationale aux intérêts de la politique étrangère et commerciale canadienne ».
 
Sur le terrain

Vision mondiale Canada se dit préoccupée par cette fusion faisant en sorte que « l’aide au développement sera utilisée pour renforcer la sécurité et la prospérité du Canada plutôt que pour mettre l’accent uniquement sur les besoins et les aspirations des pauvres ». Son président, Dave Toycen, fait valoir qu’« il y a déjà assez de défenseurs dans le monde des besoins des entreprises et des puissants ».
 
Ottawa rétorque qu’il n’en est rien. Dans les coulisses gouvernementales, on explique que « le mandat de l’ACDI reste le même ». De la même façon que les Affaires étrangères et le Commerce international ont été fusionnés tout en conservant chacun leur ministre, l’ACDI conservera le sien. « Personne n’oserait dire que le ministre Ed Fast est sous l’autorité du ministre John Baird même si c’est le même ministère. Le ministre Fast a son propre sous-ministre, son personnel, etc. », dit cette source.
 
On explique que la différence se fera sur le terrain. On donne l’exemple d’Haïti où l’ACDI mènerait un projet de développement tandis que les Affaires étrangères piloteraient une initiative policière. « En ce moment, lorsque vient le temps d’évaluer l’efficacité des projets, il y a une personne qui évalue celui de l’ACDI et une autre, celui de MAECI. Il n’y a aucune raison pour que ce ne soit pas la même personne qui fasse le travail. »
 
Moins de personnel ?

Est-ce à dire qu’il y aura une rationalisation du personnel ? Le ministre des Affaires étrangères, John Baird, assure que non. « Nous ne faisons pas cela pour des raisons budgétaires. » 
 
Il n’est même pas encore question de déménager les employés d’un édifice à l’autre. Il faut dire que l’ACDI a pignon sur rue à Gatineau, le MAECI, du côté ontarien… L’ACDI est un des ministères fédéraux où le français est prédominant, ce qui n’est pas le cas du MAECI. L’ancien ministre libéral des Affaires étrangères Lloyd Axworthy, qui a le statut de vedette du milieu, a qualifié la fusion d’« admirable » et ajouté qu’il l’« appuie fortement ».
2 commentaires
  • Robert Boucher - Abonné 23 mars 2013 11 h 38

    Inquiétudes justifiées.

    Si on ajoute le Bureau des Religions à ce tableau, il y a de quoi s'inquiéter vraiment.
    Robert Boucher Saguenay

  • François Beaulne - Abonné 24 mars 2013 10 h 26

    La gouvernance démocratique reléguée aux oubliettes

    Au delá des querelles bureaucratiques à savoir de qui relèvera l'ACDI, ce qui me trouble dans les affirmations de M. Baird c'est que le déménagement de l'ACDI vers son ministère des Affaires étrangères ne changera rien au mandat de cette institution. Au cours des dernières années l'ACDI s'est vue retirer ses programmes de soutien dans les domaines des Droits de l'homme, de la bonne gouvernance démocratique, des institutions démocratiques sans que ces responsabilités ne soient transférées à aucun autrre organisme. Pour enfoncer le clou, le gouvernement Harper a même aboli Droits et Démocratie. Résultat: le Canada qui, depuis la création des Nations Unies, en 1945, apparaissait au palmares des champions de la promotion et de la défense de la démocratie à l'échelle internationale s'est retiré abruptement de ces champs d'intervention qui avaient fait notre réputation. Affirmer que ces réaménagements structurels ne changeront rien au mandat de l'ACDI est donc préoccupant. Le contraire aurait été plus porteur d'espoirs