Budget fédéral - Haro sur le déficit

Le ministre des Finances Jim Flaherty s’est plié mercredi à la tradition, enfilant des chaussures neuves en vue du budget qu’il doit publier ce jeudi.
Photo: La Presse canadienne (photo) Nathan Denette Le ministre des Finances Jim Flaherty s’est plié mercredi à la tradition, enfilant des chaussures neuves en vue du budget qu’il doit publier ce jeudi.

Le sujet a déjà alimenté un différend entre M. Flaherty et le premier ministre Stephen Harper en novembre. Selon les chiffres du ministère des Finances, ce n’est qu’en 2016-2017 qu’Ottawa renouera avec les surplus, avec un léger excédent de 1,7 milliard de dollars. Mais au moment où le ministère dévoilait ses chiffres, M. Harper réaffirmait que l’équilibre serait atteint en 2015, tel que promis lors de la précédente campagne électorale. Plusieurs promesses électorales faites en 2011, comme le fractionnement du revenu entre conjoints, étaient conditionnelles à l’atteinte du déficit zéro.


La commande est d’autant plus lourde pour M. Flaherty que la croissance économique anticipée en 2013, d’abord établie à 2,4 %, a été ramenée à 2 % cet automne puis à 1,6 % la semaine dernière. En outre, pour l’année en cours, le déficit estimé à 26 milliards sera alourdi d’une somme supplémentaire de 2,4 milliards. Énergie atomique du Canada limitée a en effet annoncé mardi soir qu’elle révisait à la hausse le coût de gestion de ses déchets nucléaires. Cette facture passe de 3,6 à 6 milliards.


Nouvelles compressions


La question reste donc de savoir si Ottawa procédera à une autre salve de compressions budgétaires, notamment dans la fonction publique fédérale. L’Alliance de la fonction publique du Canada craint que le gouvernement ne sabre les congés maladie de ses travailleurs. À l’heure actuelle, les fonctionnaires disposent de 15 jours de congé annuels, qu’ils peuvent accumuler d’une année à l’autre et qui sont en banque en cas de maladie prolongée. À compter de la 13e semaine de maladie, le programme d’assurance-maladie entre en vigueur.


Une des options envisagées serait de n’offrir que cinq ou sept jours de maladie, ne pouvant être accumulés, mais en cas de maladie prolongée, l’assurance entrerait en vigueur immédiatement. L’an dernier, les fonctionnaires ont pris en moyenne 12,5 jours de congé de maladie chacun, soit le double des travailleurs du secteur privé.

 

Les provinces dans la mire d’Ottawa


Sujet de discorde avec les provinces à l’horizon, Ottawa s’apprêterait à modifier leurs ententes sur la formation de la main-d’oeuvre - celles-ci viennent à échéance en 2013-2014. Le gouvernement Harper s’est dit insatisfait des résultats des mesures mises en place et des pénuries de travailleurs qualifiés qui persistent au pays.


Pour y remédier, Ottawa se tournerait vers le secteur privé pour que les entreprises gèrent elles-mêmes leurs besoins. Le fédéral pigerait dans les 500 millions de dollars prévus annuellement à l’entente sur le marché du travail pour verser près de 300 millions aux employeurs, à condition qu’ils investissent l’équivalent. Les provinces seraient aussi invitées à verser le même montant, et elles disposeraient des 200 millions restants pour administrer cette politique, selon ce que rapportait La Presse mercredi.


Le gouvernement de Pauline Marois a déjà prévenu qu’il était « hors de question » de voir Ottawa décider de façon unilatérale. Québec reçoit 116 millions par année en vertu de l’entente sur le marché du travail. Un second accord, sur le développement du marché du travail, octroie 1,95 milliard au pays chaque année, dont 589 millions à Québec.


Le budget Flaherty devrait enfin contenir un nouveau programme de financement des infrastructures au pays. Le programme Chantiers Canada, d’une valeur de 33 milliards sur sept ans, arrive à échéance en 2014. Toutefois, le tiers de ce programme (11,8 milliards) servait à verser aux municipalités la taxe perçue sur l’essence, qui a été pérennisée en 2011, les villes étant assurées de toucher 2 milliards par an.


M. Flaherty n’a déposé que deux budgets excédentaires jusqu’à présent, incluant celui de 2006-2007, commencé sous le gouvernement libéral.

À voir en vidéo