Fonction publique fédérale - Le déclin du bilinguisme inquiète Graham Fraser

De passage en comité parlementaire mardi pour le prolongement de trois ans de son mandat, le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, a indiqué ne pas être encore prêt à ouvrir une enquête, désirant d’abord rencontrer tous les intervenants.
Photo: Normand Blouin Adrian Wyld De passage en comité parlementaire mardi pour le prolongement de trois ans de son mandat, le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, a indiqué ne pas être encore prêt à ouvrir une enquête, désirant d’abord rencontrer tous les intervenants.

Ottawa — Le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, trouve « inquiétante » la diminution du volume de traductions effectuées au sein de la fonction publique fédérale et craint que les fonctionnaires ne puissent plus se prévaloir de leur droit de travailler dans la langue officielle de leur choix.

M. Fraser réagissait ainsi à l’article du Devoir paru mardi indiquant une diminution de 9 % du volume d’affaires du Bureau de la traduction (organe interne du gouvernement fédéral) en 2011-2012 et une diminution prévue de 17 % pour l’année suivante. Dans un contexte d’austérité budgétaire, les ministères font traduire par le Bureau moins de documents internes et incitent leurs employés à rédiger directement en anglais leurs notes. Le président de l’Association canadienne des employés professionnels, Claude Poirier, est à ce point inquiet de la situation qu’il rencontrera M. Fraser le mois prochain pour lui faire part des échos qu’il reçoit de ses membres sur le terrain.


« C’est une tendance qu’on voit, a reconnu au Devoir M. Fraser mardi. J’ai déjà eu des conversations avec Donna Achimov, la présidente-directrice générale du Bureau de la traduction, et j’ai un rendez-vous prévu avec M. Poirier pour en discuter. Je vois cela dans un contexte d’une série de pressions non écrites, parfois même non verbales, des messages que c’est mieux de ne pas se prévaloir du droit de travailler en français, et ça m’inquiète. »


Ce genre de pression prend souvent la forme, dit-il, d’un ministre bilingue s’étant entouré d’attachés politiques non bilingues. « Il y a des attachés politiques qui appellent directement un ministère en disant qu’ils ont besoin de tel document pour le lendemain matin, et c’est un message assez clair qu’ils veulent le document en anglais. »


De passage en comité parlementaire mardi pour le prolongement de trois ans de son mandat, Graham Fraser a indiqué ne pas être encore prêt à ouvrir une enquête, désirant d’abord rencontrer tous les intervenants.

 

Vives réactions


À la Chambre des communes, le néodémocrate Yvon Godin a interrogé le gouvernement sur cette question. « Les compressions budgétaires ont des conséquences importantes sur la capacité des fonctionnaires francophones à travailler dans la langue de leur choix, a souligné le bouillant député. Pour les conservateurs, le français is taking the back seat. »


Le président du Conseil du trésor, Tony Clement, a répondu que 92 % des fonctionnaires fédéraux disent pouvoir travailler dans la langue de leur choix. Pour le libéral Stéphane Dion, ce chiffre ne signifie rien tant qu’on n’isole pas le taux de réponses des fonctionnaires francophones, qui représentent environ 30 % de la fonction publique… Le chef libéral par intérim, Bob Rae, estime que le budget des ministères consacré à la dualité linguistique « devrait être isolé » et non soumis aux compressions.

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