Des coupes au détriment du français

 Le gouvernement conservateur s’est fixé comme objectif de réduire la taille de la fonction publique de 19 200 postes en trois ans. La moitié de l’objectif a été atteint en un an.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir  Le gouvernement conservateur s’est fixé comme objectif de réduire la taille de la fonction publique de 19 200 postes en trois ans. La moitié de l’objectif a été atteint en un an.

La situation inquiète à ce point le syndicat représentant (entre autres) les traducteurs de la fonction publique qu’il rencontrera le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, en avril. Le syndicat, l’Association canadienne des employés professionnels, rencontrera aussi les responsables des langues officielles du NPD ce mardi.

Les services de traduction du gouvernement fédéral sont, en grande partie, assurés par le Bureau de la traduction. Cet organisme est composé d’environ 1500 fonctionnaires fédéraux, mais ce sont les ministères-clients qui le financent, car ils doivent payer chaque fois qu’ils ont recours à ses services. Or, les ministères ont mis la hache dans leurs budgets internes de traduction à cause de l’exercice de rationalisation en cours à Ottawa. Ils font tout simplement traduire moins de documents.

« Avec les coupures de 5,2 milliards de dollars annoncées l’an dernier, les ministères ont vu leurs capacités de dépenser, dans tous les domaines, sérieusement handicapées », explique Claude Poirier, le président de l’Association canadienne des employés professionnels (ACEP). M. Poirier connaît particulièrement la situation qui prévaut au Bureau de la traduction parce qu’il est traducteur lui-même. « Les langues officielles deviennent une priorité de 5e, 6e, 7e voire de dixième niveau. Ce n’est pas la première priorité. »

M. Poirier estime que ce sont les traductions du français vers l’anglais qui pâtissent. « Les traducteurs anglophonesn’ont pas beaucoup de travail parce que les ministères demandent à leurs francophones de rédiger en anglais. […] La preuve anecdotique que j’ai, ce sont mes membres un peu partout dans les ministères qui se font dire “On n’a pas d’argent pour faire traduire, alors rédigez directement en anglais”. »

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon le ministère des Travaux publics, de qui relève le Bureau, le volume d’affaires est passé de 253 millions en 2010-2011 à 231 millions l’année suivante, soit une baisse de 9 %. Le Rapport des plans et priorités pour 2012-2013 prévoit des revenus d’à peine 191 millions. Si cela se matérialise, alors la réduction sera de 17 % supplémentaire. Le nombre de traducteurs (à l’exclusion des autres travailleurs du Bureau) est passé de 1238 à 1135 en 2011-2012, principalement par attrition. On craint toutefois que la diminution du volume d’affaires n’entraîne des mises à pied.

Ce Rapport reconnaît cette baisse importante. « Le Bureau de la traduction prévoit une baisse de revenus en 2012-2013 en raison d’une diminution de la demande pour les services detraduction qui fait suite à l’examen stratégique de 2011-2012 », est-il écrit. Cette diminution « est directement liée à la baisse de la demande qui fait suite à la Revue stratégique ».

Une autre source qui travaille au Bureau de la traduction et qui est bien au fait de la situation soutient que c’est tout le concept de « choix de la langue de travail » qui est miné. « Les francophones travaillent majoritairement en anglais et les documents ne sont plus toujours traduits pour réduire les coûts. […] Les gens au gouvernement fédéral ont tellement peur de perdre leur job ces temps-ci qu’ils ne sont pas susceptibles de se battre pour obtenir les documents en français. » Le gouvernement conservateur s’est fixé comme objectif de réduire la taille de la fonction publique de 19 200 postes en trois ans. La moitié de l’objectif a été atteint en un an.

 

Concurrence du privé

Il faut préciser que les ministères fédéraux ne sont pas tenus de faire traduire leurs documents par le Bureau de la traduction. Ils peuvent décider de faire affaire avec le secteur privé. Là encore, la demande semble en baisse. Les comptes publics du Canada indiquent que les services d’interprétation et de traduction achetés au privé par Travaux publics sont passés de 64 millions de dollars en 2010-2011 à 47 millions l’année suivante, pour une baisse de 27 %.

Le Bureau de la traduction se plaint de la concurrence du secteur privé, dont les tarifs sont moins élevés. Raison ? Le Bureau doit financer une multitude de services de recherche dont ne s’acquitte pas le privé. Il doit par exemple développer la terminologie pour désigner les nouvelles réalités, constituer et mettre à jour la banque de données TERMIUM - accessible d’ailleurs gratuitement en ligne à tous les traducteurs de ce monde - ou encore offrir des services de traduction et d’interprétation dans une multitude de langues autres que l’anglais ou le français. En effet, le Bureau doit offrir les services d’interprétation lorsque des délégations étrangères sont en visite, traduire pour les instances d’immigration les documents d’identité étrangers des demandeurs de statut, etc.

Le recours au privé, et l’affaiblissement du Bureau de la traduction qui s’ensuivra, fera perdre au Canada un savoir-faire linguistique précieux, estime Claude Poirier. « Le gouvernement est très business. Mais il ne voit pas les conséquences sociales et culturelles de ses décisions, et ça ne le dérange même pas. »

59 commentaires
  • Claude Simard - Inscrit 19 mars 2013 00 h 16

    Ben cou donc .......

    Ils se préparent à la séparation du Québec déjà?

    • Daniel Plourde - Inscrit 19 mars 2013 16 h 42

      Cela n'a rien à voir avec le Québec! C'est simplement le bafouage d'un droit constitutionnel et un affront en utilisant le stragème des compressions budgétaires comme excuse. Comme si les francophones n'étaient qu'au Québec....

    • Francis Robillard - Inscrit 19 mars 2013 22 h 54

      Mais non M. Plourde, le Dominion of Canada des provinces de 1867, qui a été créer pour éliminer le Canada et son pendant confédératif des deux peuples fondateurs de 1840 est simplement sa propre logique. C'est le Canada de 1867 ou ce que vous appelez francophones, ne sont qu'un anachronisme. Le Canada, le vôtre ne compte pas deux peuples fondateurs, l'unilinguisme anglais, le pillage des ressources, le mépris des autochtones, la ségrégation de tout ce qui n'est pas d'obédience britannique, n'a pas sa place. ils vivent depuis longtemps sans le Québec qui est le dernier territoire conquis qui n'a pas succombé et même là, ils sont prêt à faire comme ils font pour les franco-machins en voie d'assimilation, parce que ça marche. Le Canada ne se permet plus de vivre avec l'échec de notre assimilation (le Québec des séparatiss j'entend), alors ils fonctionnent en nous ignorant, comme les canadien-français l'ont fait avec les autochtones qui nous ont fait un coup à la Kondiraonk pour se cacher dans des réserves de sa majesté. Sauf que les québécois n'ont pas trahi le Canada, c'est parce que c'est ce que nous sommes qu'ils nous méprisent, comme cette culture le fait partout ou elle s'est installée.

  • Claude Jacques - Inscrit 19 mars 2013 01 h 18

    Des coupes au détriment du français

    Pas de problèmes: que notre gouvernement provincial coupe aussi dans les services faits aux anglophones, ainsi on pourra nous aussi réduire le déficit, étant donné que l'accord de la Confédération, n'est guère respecté par les Conservateurs.

  • Eric Parisé - Inscrit 19 mars 2013 06 h 36

    Canada bilingue?

    Le gouvernement devrait couper les services qu'il offre qui ne sont pas en anglais et en français. Le pays est bilingue et non polyglotte.

    Ex. Bien manger avec le Guide alimentaire canadien a été traduit en 10 autres langues qui s'ajoutent au français et à l'anglais !

    • Daniel Bérubé - Abonné 19 mars 2013 14 h 37

      Il ne perçoit pas les autres langues comme étant des menaces comme le Québec... et il doit même penser: Quand le Québec sera sous contrôle, les autres langues réaliseront l'importance de la soumission.

  • Raymond Chalifoux - Abonné 19 mars 2013 06 h 37

    Et ça surprend qui?

    Ce qui me surprend davantage, c'est qu'ils n'aillent pas encore plus loin. Mais ils le feront peut-être d'ici la fin de leur mandat. "Anyway" ils n'ont rien à perdre au Québec, et Maxime Bernier sait qu'il sera toujours, toujours, toujours, toujours, réélu.

    • Dany Tanguay - Inscrit 19 mars 2013 08 h 42

      vous avez raison, Maxime Bernier sera quand même réélu peu importe les coups portés au Québec par ce gouvernement idéologique......quelqu'un peut me dire ce qui se passe dans la Beauce.
      Nous avons l'impression que ce gouvernement idéologique prend tous les moyens pour faire mal au Québec.......est-ce seulement une impression?????

    • Solange Bolduc - Abonnée 19 mars 2013 10 h 06

      Je suis Beauceronne ! Et ils y sont rares les souverainistes ou indépendatistes. Posséder des biens, c'est important pour eux, mais ils sont aussi capable de générosité, à condition qu'ils n'aient pas trop à se priver eux-mêmes.

      Comme disait Robert Cliche: "Les Beaucerons, ces insoumis!"

      Imaginez-vous s'il y avait un référendum et qu'il était gagnant, ce serait la panique! Ils ne veulent pas risquer de perdre leur avoir, ils savent calculer dans tous les sens du terme, et c'est pour cela qu'ils se tournent vers ceux qu'ils croient les plus forts: les fédéralistes et surtout les Conservateurs la famille, la religion,etc!

      La nation québécoise ne les intéresse pas tant que ça, car ils se considèrent comme une "nation" en soi! Ils sont forts (fiers) d'eux-mêmes, de leur capacité d'inventer, de s'inventer, ils sont très débrouillards, et leur appartenance à la collectivité est d'abord et avant tout beauceronne! Ils n'ont pas la langue dans la poche, et quand ils parlent ça sonne fort et sans équivoque !

      Ils sont aussi très catholiques, ce qui ne les empêche pas de contourner la religion pour assouvir leur instinct, ce qui peut aller jusqu'à l'hypocrisie!

      Quand j'étais jeune je les voyais comme des "grenouilles de bénitier", très bigot!

      On parlait aussi l'anglais chez mes grands-parents, car certains de mes oncles vivaient aux États-Unis, et même ma grand-mère qui vivait en Beauce parlait l'anglais. C'était avoir de la culture que de savoir parler l'anglais. Avoir de l'argent et parler l'anglais allaient de paire ! Par contre, ma grand-mère m.avait dit qu'on venait de France, qu'on était des Carpons, et elle en était très fière!

      Paradoxe beauceron !

    • Dominic Lamontagne - Inscrit 19 mars 2013 13 h 04

      Le biais médiatique n'est pas pareil à MTL qu'à québec (ou la Bauce). J'habite Québec et trouve drôle les commentaires sur ce blogue que je savoure à chaque jour. Si vous voulez comprendre, écouter de la radio poubelle ou des postes américains pour avoir vos nouvelles et vous allez comprendre. Je sais que pour vous, c'est ridicule et honteux et que cette radio est pour les imbéciles mais bon...

      Le gouvernement coupe dans tous ces budgets... il est normal qu'il coupe aussi dans celui du francais mais on ne vous parle pas des autres compression juste pour vous choquer et sa fonctionnent...

    • Jacques Boulanger - Inscrit 19 mars 2013 15 h 06

      La beauce, c'est assez particulier. Ça été le pays des Bérêts blancs, des crédististes, de l'ADQ, des conservateurs. Le fait d'être en arrière-pays, isolé du reste du monde y joue sûrement. La consanguinité est peut-être un facteur non négligeable. Étrange, en effet. Un mystère qui n'est pas s'en rappeler celui de Québec.

    • Louise Lefebvre - Inscrite 19 mars 2013 17 h 27

      Merci Solange Bolduc pour le portrait des beaucerons...cela m'aide à comprendre pourquoi Maxime Bernier est encore là!

    • Solange Bolduc - Abonnée 19 mars 2013 21 h 09

      Oh, que les créditistes étaient présents dans ma Beauce natale!! À en être ridicule (Caouette babarouette !), pour moi, plus tard bien entendu !

      Oui, l'ADQ, aussi ridicule avec son chef Mario Dumont! Je n'ai jamais été de cette médecine pour fare reculer le Québec! Et cela ne me surprendrait que la CAQ prenne la relève ! Avec le genre Deltel!

    • Solange Bolduc - Abonnée 19 mars 2013 21 h 43

      Mme Lefebvre, selon moi, Maxime Bernier représente le plus ignorant des beaucerons, même le plus naïf qui s'ignore! Car il y a des gens plus intelligents que lui ! Regardez son comportement, et vous comprendrez qu'à part se présenter avec une jolie femme et oublier ses dossiers, il ne lui reste plus grand chose, excepté suivre Harper comme un imbécile qui se croit un grand politicien.

      Il n'est surtout pas représentatif des plus belles qualités chez les beaucerons qui n'en demeurent pas moins très attachés à leur pathelin,à leurs biens matériels et à leurs traditions! Ils n'évoluent que très lentement, à part le commerce ou les affaires qu'ils maîtrisent sans aucun doute !

      Le moins qu'on puisse dire c'est que les Beaucerons refusent d'être des perdants, c'est ce qui fait leur force mais aussi leur faiblesse.

      Maxime Bernier exploite cet aspect chez eux parce qu'il n'a rien de très enviable à démontrer. Il se sert d'eux pour se valoriser, mais c'est à leur détriment qu'il le fait, au détriment de la nation québécoise en général. C'est un bien petit homme, à mes yeux, qui les empêche de se reconnaître pour ce qu'ils sont: de la nation profondément québécoise qui pourrait faire avancer fièrement le Québec !

      Je ne le considère guère comme le plus fier des Beaucerons, bien au contraire ! Il est parmi les plus ignorants, les plus superficiels, les plus rétrogrades! Et vous voyez comment il se présente : comme un bien piètre personnage, croyant le contraire !

      Je crois que Chapleau, dans Gérad D. Laflaque, a très bien saisi le personnage sans envergure !

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 20 mars 2013 08 h 10

      Mme Bolduc, j'ai connu plusieurs Beaucerons dans ma carrière et j'ai toujours soutenu qu'on devrais annexer le Québec à la Bauce, ils n'ont peur de rien ni de personne. Bon, ce ne sont pas tous des 100 watts, mais ils n'ont pas froid aux yeux ! On aurait tous besoin de leur frondeur pour nous guérir de nos pissous qui n'osent pas se révolter et de prendre charge ! Oui, j'ai entendu parler en masse du «Yâbe» ;)))

    • Solange Bolduc - Abonnée 20 mars 2013 09 h 49

      C'est vrai. M. Lefebvre qu'ils n'ont pas froid aux yeux, ces Beaucerons, nos jarrets noirs!...

      Mais c'est du côté paternel que je trouve qu'ils sont les plus francs ! Il faut dire que ce sont presque tous des musiciens, des gens où l'entraide dans la famille passe avant l'accumulation de biens! Des gens de coeur et d'esprit, pouvant être très drôles car la moquerie est un de leurs traits de caractère. Des gai-lurons, de bons vivants! Quand on travaille on travaille, mais quand on fête, c'est jamais à moitié, et "un ptit coup avec ça!" Des gens entiers dans tout!

      Parfois leurs façons de s'exprimer peut paraître durs (parce qu'ils parlent fort et avec grande énergie), mais ce sont des gens de coeur, et leur franchise est sans équivoque ! Mais la religion a été une nuisance dans leurs comportements, car je croyais qu'elle allait à l'encontre de leur instinct, et j'ai vu ça surtout du côté maternel.

      Les femmes que j'ai connues étaient très fortes et contrôlantes en Beauce, côté maternel surtout! Mais elles sont tellement débrouillardes, travaillantes et créatrices ! Cela me fascinait de les voir faire tout avec rien! Elles ont été un modèle pour moi, en ce sens! Et qu'est-ce qu'elles ne faisaient pas pour aider leur famille, les voisins, à condition de suivre leurs règles (Moi j'étais assez mouton noir, pas très obéissante !) Se rebeller n'aidait pas à faire partie du clan maternel surtout, alors du côté paternel ils étaient plus marginaux !

      C'est dommage qu'ils ne soient pas majoritairement indépendantistes, on l'aurait notre pays ! Oui des pissous il y en a trop pour l'obtenir, même les beaucerons ont leur côté pissou! La peur de perdre leur sécurité est très présente aussi ! Rien n'est parfait!

      J'ai rêvé un jour que mon grand-père paternel épousait ma grand-mère maternel (que j'admirais plus que son mari): un couple qui probablement nous aurait donné la sagesse de construire notre pays du Québec !

  • Gilles Bousquet - Abonné 19 mars 2013 06 h 46

    Premières nouvelles...

    Qui s'en était apperçu au Québec, à partcles traducteurs d'Ottawa ?