Les polices autochtones captives d’un désaccord entre Québec et Ottawa

Ghislain Picard
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Ghislain Picard

Le gouvernement fédéral a annoncé, il y a environ deux semaines, le renouvellement du Programme de sécurité publique des Premières Nations (PSPPN), assorti d’une enveloppe budgétaire de 612,4 millions de dollars pour les cinq prochaines années à l’échelle du pays, soit environ 122 millions par an. Ayant dénoncé l’inaction du ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, une semaine auparavant sur la colline parlementaire, les leaders autochtones du Québec ont alors accueilli la nouvelle avec soulagement. Mais les réjouissances furent de courte durée.


Plan d’action


Selon M. Picard, il semble que la signature des 18 ententes tripartites entre les gouvernements fédéral, provincial et les Premières Nations soit compromise parce qu’Ottawa exige de Québec qu’il dépose un « plan d’action » en la matière avant d’aller de l’avant.


« L’engagement du fédéral semble conditionnel au dépôt de ce plan d’action. Je suppose donc que le gouvernement provincial est aussi surpris que nous pouvons l’être », juge le chef Picard. « Ce que je comprends, c’est que Québec ne semble pas disposé à rencontrer les exigences du gouvernement fédéral », note-t-il.


Pour y voir plus clair, il a demandé des explications par écrit aux deux ordres de gouvernement vendredi dernier. Il n’a pas reçu de réponse depuis.

 

Urgence et confusion


En vertu des articles 90 à 102 de la Loi sur la police, la très grande majorité des communautés autochtones de la province sont desservies par leur propre corps de police. Les ententes qui encadrent ces services policiers, financées à 52 % par le fédéral et à 48 % par le provincial, sont renouvelées en moyenne tous les deux ans, sans trop de problèmes, souligne M. Picard. « On est aussi confus que vous pouvez l’être. On pensait que tout était décidé, mais on réalise que ce n’est pas du tout le cas. »


« Devant l’urgence, on se serait attendus à ce que le gouvernement provincial fasse des démarches auprès de son interlocuteur fédéral et ce qu’on comprend, c’est qu’il y a eu peu de contacts entre les deux niveaux de gouvernement », ajoute-t-il.


Si les parties ne s’entendent pas d’ici à la fin du mois, le chef de l’APNQL craint de « durs lendemains ». « Ça voudrait dire qu’on n’aurait plus de services policiers. Et il n’est pas question que la Sûreté du Québec vienne patrouiller dans nos communautés », tranche Ghislain Picard, frustré de voir que Québec et Ottawa minimisent l’importance des services policiers autochtones. « On soustrairait au moins 250 personnes qui ont la responsabilité de la paix et de l’ordre dans les communautés. Connaissant le contexte social dans certaines d’entre elles, ça pourrait très facilement dégénérer. »


Le ministère de la Sécurité publique du Québec n’a pas rappelé Le Devoir.

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