La France a des relations distinctes avec Ottawa et Québec

Le premier ministre français Jean-Marc Ayrault en compagnie de Stephen Harper jeudi à Ottawa.
Photo: La Presse canadienne (photo) Fred Chartrand Le premier ministre français Jean-Marc Ayrault en compagnie de Stephen Harper jeudi à Ottawa.

À peine arrivé en sol canadien, le premier ministre français a été contraint de s’immiscer dans le dossier de l’unité nationale canadienne. Visiblement mal à l’aise, Jean-Marc Ayrault s’est montré prudent, même s’il s’est permis d’aller un peu plus loin que ne le faisait le gouvernement précédent de Nicolas Sarkozy.


De passage à Ottawa jeudi, le premier ministre français s’est fait souligner que le communiqué de son ambassade annonçait sa visite au Canada « et » au Québec. La question a été accueillie de rires nerveux, M. Ayrault demandant ensuite, aux côtés de son homologue canadien, « vous voulez que je réponde le premier ? ». Quelques instants plus tard, il a entamé la lecture de la réponse toute diplomatique qui lui avait été préparée. « Le gouvernement français s’inscrit dans la continuité, concernant le Canada, le Québec », a-t-il réitéré.


« Il ne s’agit pas, je le précise, de relation triangulaire. Il s’agit de deux relations d’amitié réelle, fondée sur des liens humains, culturels et linguistiques, qui se concrétisent par des partenariats tournés vers l’avenir et qui se renforcent mutuellement. […] Et la France fera tout pour que ces deux relations demeurent excellentes à l’avenir », a poursuivi M. Ayrault.


Or, cinq minutes plus tard, Stephen Harper répondait en parlant quant à lui au contraire de « la relation triangulaire avec la France, le Canada, le Québec ». « Évidemment, la relation entre la France et le Québec est privilégiée, spéciale […], on le respecte et à notre avis c’est naturel », a-t-il néanmoins souligné.


Si les propos du premier ministre français témoignent bel et bien d’une continuité dans la relation qu’entretient l’Hexagone avec Québec, ils s’éloignent quelque peu du dialogue diplomatique des dernières années. Depuis presque le début de son règne comme premier ministre, M. Harper faisait face à une France dirigée par Nicolas Sarkozy, qui avait tourné le dos à la politique de « non-ingérence, non-indifférence ».


En réitérant publiquement, devant le premier ministre et dans l’enceinte parlementaire, que la France entretient deux relations distinctes avec le Canada et le Québec, M. Ayrault est venu tourner cette page, de l’avis d’un ancien sous-ministre québécois aux relations internationales. « Sarkozy n’aurait jamais affirmé cela. […] Ça confirme la fin de la parenthèse Sarkozy », a commenté Jacques Vallée au Devoir.

 

Avec Pauline Marois


À Montréal, en soirée, c’est plus d’économie que de diplomatie que les premiers ministres québécois et français ont parlé. Certes, Pauline Marois a salué une « relation d’une solidité à toute épreuve » qui a « traversé le temps » et, quittant le texte de son discours, Jean-Marc Ayrault a utilisé une fois l’expression «pays du Québec».


Mais les deux chefs de gouvernement ont surtout bs;parlé de réduction des déficits et de croissance des exportations dans le contexte de la crise de l’euro qui s’éternise. « Dynamiser nos échanges économiques est un impératif pour sortir de la crise, a déclaré Jean-Marc Ayrault. Le développement de nos échanges est en effet une nécessité face à la crise qui, depuis 2007, a fait chanceler les Bourses, ébranlé les États et plongé des millions de familles dans la pauvreté. »


« Le développement nordique [du Québec] est un autre chantier prometteur et nos entreprises sont disposées à y apporter tout leur savoir-faire, en particulier dans les secteurs de la valorisation des sites miniers, de la couverture numérique ou des infrastructures », a-t-il pousuivi.


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Le C-17 reste au Mali, mais Harper ne veut pas de mission de paix

La France a beau vouloir céder sous peu sa mission au Mali aux forces africaines et réclamer une opération de maintien de la paix des Nations unies, le Canada n’a pas l’intention de s’en mêler. Stephen Harper a annoncé jeudi que le C-17 qui avait été prêté aux troupes françaises en janvier restera à leur disposition « aussi longtemps que l’on croit qu’il y a un besoin ». En coulisse, les conservateurs parlent de semaines, et non de mois. Mais pour le reste, M. Harper n’a pas détaillé l’aide supplémentaire qui pourrait être apportée au pays d’Afrique de l’Ouest. « Nous ne cherchons pas un rôle de mission militaire de combat pour le Canada », a-t-il réitéré. Outre cela, « nous serons là pour aider le développement et afin de fournir de l’aide humanitaire », a-t-il tranché, en évitant de commenter la mission de paix que Paris espère voir votée bientôt au Conseil de sécurité de l’ONU.

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