Français dans les entreprises fédérales : tout va bien, conclut Ottawa

Le ministre Christian Paradis
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Le ministre Christian Paradis

Ottawa – Le rapport sur l’état du français comme langue de travail dans les entreprises de juridiction fédérale au Québec aura été déposé quinze mois plus tard que promis, mais ses constats suffisent au ministre de l’Industrie Christian Paradis pour conclure que tout va bien dans la province. L’opposition qualifie cependant le tout de « simulacre de comité » qui a fait un travail « bâclé ».

Confiée à trois de ses sous-ministres, l’étude commandée par le gouvernement fédéral conclut que « le français demeure la langue de travail de la majorité des travailleurs du Québec », que « les employés peuvent, en général, travailler en français » et que « leurs outils de travail sont le plus souvent offerts » dans la langue de Molière.


Pour mener leur analyse, les sous-ministres ont examiné le recensement de 2006 ainsi qu’une étude de l’Office québécois de la langue française publiée en 2012. Les fonctionnaires ont également consulté 12 entreprises privées de juridiction fédérale - sur les quelque 1780 que compte le Québec -, de même que cinq associations patronales et cinq associations syndicales.


Pour cette seconde partie de leur étude, les fonctionnaires se montrent cependant avares de détails. Le compte rendu des consultations cite ainsi ses observations en ne parlant que de « la vaste majorité », de « la plupart des entreprises », ou de « certains employés ». Impossible de savoir combien d’entreprises ont donné quelles réponses aux questions des fonctionnaires.


Pas de recommandations non plus de la part des sous-ministres. « Ce n’était pas le mandat donné au comité. On s’est toujours gardé la marge de manoeuvre pour tirer notre propre conclusion », a expliqué le ministre Paradis en point de presse vendredi matin pour présenter son rapport.


Peu de crédibilité


« Qu’est-ce que vous feriez si vous étiez un sous-ministre recevant une commande de votre ministre, dont vous savez pertinemment la conclusion à laquelle il veut arriver ? », a ironisé le néodémocrate Robert Aubin, qui accorde « peu de crédibilité » à « un simulacre de comité ».


Un avis partagé par son collègue bloquiste, André Bellavance, qui estime que le tout était « arrangé avec le gars des vues » et que c’est un travail « bâclé ». « Quand on regarde l’essence même du rapport, on se rend compte que finalement on n’apprend rien de plus que ce qu’on savait déjà. »

 

Une étude discrète


Le comité consultatif sur la langue de travail avait été promis à l’automne 2011, à la suite de la nomination par le gouvernement conservateur d’unilingues anglophones aux postes de Vérificateur général et de juge à la Cour suprême, et tandis qu’on apprenait que la Banque Nationale avait embauché à Montréal l’unilingue John B. Cieslak comme vice-président. Depuis, chaque fois qu’il était interrogé sur la composition du comité ou l’avancement de ses travaux, le ministre Paradis évitait d’indiquer que l’étude avait débuté, déclarant simplement qu’il souhaitait une analyse « sérieuse et réfléchie ».


Quand on lui a demandé vendredi pourquoi ne pas avoir mené une étude moins discrète, M. Paradis a rétorqué qu’il ne voulait « pas politiser la chose pour tomber dans cette trappe-là et raviver un débat linguistique qui aurait pu prendre des proportions non souhaitables, non souhaitées ».


Or, plaide M. Aubin, il y a matière à débat sur les droits des travailleurs au Québec. « Le jour où il y a un problème avec un travailleur francophone qui travaille dans une entreprise de juridiction fédérale, quels seront ses recours s’il ne peut pas les appuyer sur des droits ? », a demandé le député, qui a déposé en octobre 2011 un projet de loi pour faire appliquer la loi 101 dans ces entreprises. À la suite des conclusions de son rapport, M. Paradis juge que la mesure n’est pas nécessaire.


Le comité a entrepris ses travaux l’automne dernier - un an après l’annonce de sa création. Les consultations et la rédaction du rapport ont été menées en décembre et janvier, à temps partiel.

7 commentaires
  • Jacques Boulanger - Inscrit 9 mars 2013 05 h 15

    Fédéraliste et jovialiste

    Fédéraliste et jovialiste jusqu'au boutisme. Faut-il s'attendre à autre chose ? Avec Maxime Bernier, ce gars-là représente un mystère ou plutôt, leur électorat représente un mystère.

  • Gilles Bousquet - Abonné 9 mars 2013 08 h 09

    Oui, Madame la Marquise...

    Tout va très bien, tout va très bien, mais seulement il faut que l'on vous dise qu'on déplore un tout petit RIEN...le français se consume au Québec et ailleurs au Canada.

  • Franklin Bernard - Inscrit 9 mars 2013 09 h 19

    Christian Paradis n'a aucune crédibilité...

    ...en ce qui concerne la protection de la langue française au Québec.

  • Bernard Dupuis - Abonné 9 mars 2013 09 h 42

    Les promesses de Jack

    Je me souviens de cette fameuse promesse faite par Jack Layton lors du débat des chefs. Le NPD présentera, disait-il, un projet de loi qui permettra d’appliquer la loi 101 aux institutions sous compétences fédérales. À l’objection de Gilles Duceppe faisant valoir que cela ne sera pas possible puisque le NDP-NPD ne sera pas au pouvoir, Jack Layton de répondre que grâce à la «bonne entente» fédérale, il réussira à convaincre le gouvernement d'adopter ce projet de loi. On constate les résultats réels aujourd’hui. Le gouvernement fédéral refuse de regarder la question de manière intelligente.

    Quand nous disons que l’élection du NDP-NPD ne s’explique que grâce à une mystification du chef charismatique Jack Layton, c’est à ce genre de promesses complètement incroyables faites par celui-ci que nous faisons référence. Comment se fait-il que les Québécois se soient laissés mystifier de la sorte? La mystification est un phénomène bien naturel dans l’histoire des peuples. Attention, les Québécois n’en sont pas à l’abri.

    Bernard Dupuis,
    Berthierville

  • Stéphane Martineau - Abonné 9 mars 2013 09 h 51

    Au secours

    Qui nous libérera des conservateurs?....et du Canada!